avril et mai 2018 : Caïman, Providencia et Panama

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Toucan au Panama

Cette halte sur Grande Caïman était sympa, divertissante, elle nous a permis de refaire un bon avitaillement en produit frais notamment (…même du camembert Président…au lait pasteurisé !!), faire les pleins d’essence et d’eau et un bon dessalage du pont !
Nous avons fait le tour de Grand Caïman en bus, en dehors de la capitale Georges Town, il n’y a que des cactus, des acacias, des lagunes. Aucun relief.

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Lézard minuscule dans le jardin botanique de Grand Caïman

Puis au bout de 4 jours, à la faveur d’une fenêtre météo, Oxygen est parti plein sud.
Après 450mn nous arrivons sur l’île de Providencia. A noter que nous sommes passé au-dessus de la faille appelée des Caïman, profonde de 7686m !!

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Grand requin dormeur dans la barrière de corail de Providencia

Pour tout vous dire la distance entre Caïman et Providencia est seulement de 300mn (48h environ). Mais en raison de récentes attaques de piraterie en face du Honduras Cap’tain Syl a préféré faire un grand détour vers l’est. En effet les pêcheurs honduriens pratiquent la pêche très loin vers l’est car il y de nombreux bancs de corail très au large des côtes honduriennes, les fonds y sont très peu profonds. Parfois certains pêcheurs désœuvrés s’attaquent aux plaisanciers. Ce n’est bien sûr pas systématique mais ce n’était pas la peine de prendre le risque !! Sur les derniers mois il y a eu quelques attaques, jusque 1 semaine avant notre passage. Sans arme à feu, mais ils ont tout de même dépouillé tout le bateau pour rechercher d’éventuelles caches d’argent. Alors se retrouver sans moyen de communication (plus de PC, téléphones, tablettes donc sans
météo…), sans $, CB…..ça compromet vite un voyage même si on est sain & sauf physiquement, et le moral doit être bien atteint !!

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Baie de Santa Isabel, Providencia

Mais revenons à Providencia : Arrivant à la tombée de la nuit et ne sachant pas si l’entrée de la baie était bien balisée, on a préféré mouiller au nord, Low Cay, à l’abri de la barrière de corail, juste sous le phare. Petite plongée le lendemain matin, eaux  turquoises, très beaux fonds, de nombreux grands requins nourrice, raies, super.
Puis direction Santa Isabel, obligé de s’ arrêter avec un nom pareil !
Les militaires nous ont abordé en mer, on a dû affaler les voiles, mettre les pare-battages….un vrai commando : présentation des papiers, fouille du bateau sous les matelas, sous les planchers, dans les équipets etc etc… En fait il cherchent
principalement la drogue, faut pas oublier que Providencia est une île colombienne…..Comme ils n’ont rien trouvé (!!)  on peut reprendre notre navigation….au moteur pour le peu qu’il restait !!!

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Centre de la bourgade Santa Isabel

En arrivant tout est super balisé avec signalisation lumineuse pour la nuit et tout et tout, aussi bien que l’entrée du canal de Panama !! On a jamais vu ça sur une si petite île…
A terre, c’est cadré aussi. Pour faire les papiers douanes, immigration : pas le choix on est obligé de passer par un agent, et il n’y en a qu’un : Bush. Aucune concurrence. Et c’est relativement cher.
Dans les rues il y a des poubelles publiques avec le tri sélectif !! Par contre pour internet c’est moins gagné…
L’île est très campagne, nature, mignonne, petites maisons colorées, cocotiers à gogo….Face à Santa Isabel il y a Santa Catalina, petite île reliée par un pont piéton flottant en bois aux couleurs vives…Le flibustier/pirate/corsaire Morgan se serait
caché un temps sur ce caillou….en tout cas nous n’avons pas trouvé son trésor, dommage !!

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Au sommet de El Pico, Providencia

Providencia est une île d’origine volcanique, avec donc beaucoup de relief et en grands montagnards que nous sommes nous avons entrepris de bon matin l’ascension de El Pico (The Peak) haut de 360m !! Là encore le chemin était très bien balisé, avec des escaliers en rondins de bois pour les endroits trop raides. On a croisé des lézards gris, verts, bleus, voire très très bleus…des vaches, oiseaux….La vue depuis le sommet est magnifique, on peut admirer la barrière de corail qui est très étendue au nord et à l’est de l’île.

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Lézard trés trés bleu (donc c’est un mâle), Providencia

Depuis Oxygen, un matin notre regard est attiré par de rapides mouvements d’eau, on perçoit et on entend des remous à quelques 50m d’Oxygen. Mais en un instant on comprend la situation : un très gros requin est en chasse dans la baie. La vitesse
de déplacement est fulgurante, l’aileron fend la surface de l’eau à la vitesse de l’éclair en zigzaguant. On l’imagine à la poursuite de quelques gros poissons. Mais pas un de ces requin dormeur, pépère, non c’était une belle bête genre requin citron, pas toujours commode….En tout cas c’était très impressionnant, nous n’avions jamais assisté à ce spectacle. Nous n’aurions pas voulu être le poursuivi !

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Joyeux déchargement du ferry à Providencia

Le lendemain c’était le passage du petit cargo/ferry hebdomadaire qui vient de la Colombie, en passant par Saint Andrew (une autre île colombienne mais dédiée au tourisme, blindée d’hôtels et duty free, à 60mn au sud). Il livre toutes marchandises
commandées par les îliens, autant vous dire qu’il y avait de l’animation, c’est à qui mieux mieux pour récupérer qui son frigo, qui sa palette de parpaings ou la commande de l’épicerie locale contenant soda, riz, couche-culottes, poulet congelé (quant à
la chaîne du froid !?!…)…..

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Entrée du canal de Panama avec la marina Shelter au fond (on voit les mâts des bateaux)

Au bout de 3 jours nous filons vers le sud, direction Panama, distant de 250mn. Nous nous arrêtons d’abord à l’entrée du canal pour visiter la marina Shelter Bay car nous souhaitons y laisser Oxygen durant quelques mois pour notre retour en France.
Cette marina est vraiment à l’entrée du canal, dans la rade, bien à l’abri derrière les brises lame et adossée à la jungle. Il y a 5 bons pontons, un chantier, une zone de stockage à sec, tout semble parfait, cher mais parfait. On reste 2 jours pour faire
connaissance avec Franck, panaméen, premier contact puisque c’est lui prend les amarres à l’arrivée, très gentil et dur à la tâche (quand le vent déhale le bateau du ponton faut pas mollir des biscotos !), John le boss américain des pontons, Edwin le
boss panaméen du chantier, le personnel du resto et la fameuse Laura qui s’occupe de la laundry (laverie), pas méchante mais tout de même faut la jouer fine/tactique…..sans oublier la piscine…..C’est ainsi qu’un après-midi on a vu un grand crocodile de 3m nager tranquille entre les pontons D et E ! Et personne n’était surpris….c’est normal il vient tous les jours et il a des copains !
Par ailleurs on a rencontrés des texans à bord de leur trimaran qui sont resté quelques jours à sec au chantier pour réaliser des travaux et ils ont 3 chats à bord. A un moment un de leurs chats miaulait vigoureusement, ils sortent du carré et que voient-ils ? une panthère sur la coque, montée par l’échelle, ambitionnant sans doute de croquer à belles dents le matou….les voyant la panthère est redescendue aussitôt. Mais sachez qu’elle a refait une tentative quelques heures plus tard…..Finalement les matous sont sains et saufs….Mais je pense que vous avez compris que la jungle ne rigole pas au Panama, c’est pas le bois de trousse Chemise de l’île de Ré !

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Ancienne cathédrale de Portobelo, le christ y est noir

On décide de mettre les voiles sur Portobelo.
Au XVIe siècle cette baie avait été choisie par les conquistadores pour en faire un port d’embarquement des trésors & richesses à destination de l’Espagne. Il y a encore les forts de défense mais Portobelo a perdu de sa superbe, c’est désormais une petite ville endormie sur son passé, des bâtiments coloniaux en ruine, une forte communauté descendant d’esclaves du Congo et donc le Christ de l’église (ancienne cathédrale) est noir !!

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Un beau spécimen de diablo !! ça claque !!

C’est à Portobelo qu’on voit pour la première fois les fameux Diablos : bus de passagers sillonnant le Panama en tous sens. Généralement bondés, décorés de peintures délirantes aux couleurs éclatantes, équipés de moteurs surpuissants, aux pots
d’échappements démesurés et chromés (on en voit le bout sur la photo), sans oublier les petites lumières vertes, bleues, rouges qui s’allument à la nuit tombée, je ne sais pas comment ils discernent les clignotants, ce sont de vrais sapins de Noël….Ils font un barouf d’enfer, puent mais c’est tout un spectacle de les voir passer. Je pense que les chauffeurs doivent passer un temps fou à faire briller les chromes (on se voit dedans…) et laver la carrosserie qui se salit à vitesse grand V car les nids de poule des routes panaméennes sont autant d’occasion d’éclaboussures…
On continue vers le nord-est pour s’arrêter à Linton Bay pour jauger une autre marina. C’est sur le chemin des San Blas, autant donc la tester ! Mais on a vite compris que ce n’était pas digne d’Oxygen !

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Singe de Puerto Linton

Face à la marina, il y une petite île privée mais inhabitée, lorsque vous allez vous balader à terre vous attirez de grands curieux : des singes. Ils mesurent environ 1.25m, sont fins, au pelage noir, se tenant naturellement debout comme vous et moi en terrain découvert (malheureusement je n’avais pas l’appareil photo à ce moment-là…)….Mais il faut être vigilant car ils auraient mordu plusieurs personnes !
On profite de ce passage à Linton Bay Marina pour un RdV avec Mike Barker, néozélandais et gréeur de son état. On souhaite changer les haubans, la martingale et l’étai. En effet ils ont 16 ans d’âge, et, à part la martingale, on ne peut juger de leur état
(faudrait démonter l’enrouleur pour accéder à l’étai, déposer les haubans et les passer au scanner car c’est du kevlar)…..le pronostic serait à peu près aussi cher que de changer de suite….et de toute façon la prudence nous recommande de le faire avant le Pacifique. Déjà que les gréeurs et fournisseurs de gréements sont rares dans les Caraïbes, alors que dire du Pacifique !
Après sa prise de côtes, le temps d’avoir le devis, de commander la fourniture à Miami, la fabrication, la livraison etc etc on a largement le temps de flâner aux San Blas, paradis des plaisanciers, parait-il….
C’est donc gais et fringants que nous abordons les San Blas.

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Oxygen dans les San Blas (ici à Bonedup)

Les San Blas : archipel de 350 îles et une bande côtière qui s’étire sur la côte nord-est du Panama jusqu’à la frontière colombienne, sur environ 230km de long avec une densité moyenne de 15 habitants/km². C’est une comarca indigène, c’est-à-dire une région autonome, gérée par les indiens de l’ethnie Guna (ou Kuna) depuis 1925 à la suite d’une guérilla d’indépendance appelée « Revolucion Guna » ! Leur gouvernement s’appelle le Congresso.

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île dédiée à la production de noix de coco

Depuis toujours ce peuple vit de la culture des cocotiers, ils vendent, sous forme de troc, aux bateaux colombiens leurs récoltes de noix de coco. Ainsi la majorité des îles sont blindées de cocotiers, le sol en est entretenu méticuleusement, ils brûlent les branches et palmes mortes tombées au sol etc etc. Sur la côte il y a en plus quelques cultures de bananiers, avocatiers, yuccas (on mange la racine, c’est très bon préparé comme des frites par exemple !) et autres pour la consommation courante.

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3 Gunas dans un canoë (appelé ulu) creusé dans un tronc de cèdre

Bien sûr les Gunas pêchent aussi, à bord de canoës creusés dans un tronc de cèdre (appelés ulu) et parfois une toute petite voile faite de tissus usés et rafistolés. Bref c’est tranquille.
Sur les 350 îles, seules 35 sont habitées. Dans ce cas l’île est non plus blindée de cocotiers mais de huttes, on peut parler de surpopulation….les allées et les habitations sont très propres, le sol de terre battue est balayé quotidiennement mais le pourtour des îles habitées est jonché de déchets, bouteilles plastiques, papiers d’emballage etc etc…..c’est désolant !

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Femme Guna

Les hommes n’ont pas de tenu particulière.
Par contre les femmes portent des perles multicolores (appelées weeni) sur toute la longueur des mollets et des avant-bras, un tissu à motif sur fond noir en guise de jupe, un foulard souvent jaune et rouge sur la tête et les cheveux coupés courts lorsqu’elles sont mariées. Et elles arborent un corsage aux couleurs vives orné de Molas. Mais qu’est-ce ?? une superposition de tissus formant des motifs géométriques ou représentant des animaux, c’est un mélange de broderie et patchwork assez savant. Ça mesure 40*30cm, et elles cousent un mola devant le corsage et un autre dans le dos, mais les 2 molas ont le même motif. J’imagine que sinon ce serait une faute de goût !
Pour info, il est très difficile de photographier une femme Guna, bien sûr on demande l’autorisation, mais elles ne veulent jamais ! Sauf si on donne des $, alors perso je ne peux comprendre. Refuser de se faire photographier pour des raisons de capture d’image, de personnalité, de croyance en somme je veux bien mais pas que ce soit balayé pour quelques $ !!
Physiquement les Gunas sont petits, minces, aux cheveux raides & noirs corbeaux, la peau mate….comme Levi-Strauss décrivait les indiens dans ses explorations de l’Amérique centrale et du sud…
Bien sûr il y a un dialecte Guna, la lettre la plus utilisée dot être le U, il y en a partout, parfois 3 dans le même mot !! mais la plupart des Gunas parlent au moins un peu espagnol, et on a rencontré 2 Gunas qui parlaient anglais.

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Oiseau rencontré aux San Blas, un genre d’Ibis, vu le bec recourbé ??

Sur la bande côtière les rivières, nombreuses, permettent de pénétrer en canoë dans la jungle épaisse mais il n’y a aucune route. Seuls une quinzaine d’aérodromes permettent de se déplacer sur toute la côte.
Les Gunas ne pratiquent pas la propriété terrienne, ils ne peuvent qu’être propriétaire des cocotiers qui poussent sur une terre.
Pour naviguer aux San Blas il faut s’acquitter d’un paiement au Congresso, gouvernement Guna : 60$ pour le bateau et 2 adultes, soit, on comprend.
Ensuite à chaque île, un Guna vous demande aussi 10$, voire 15$ à Ustupu, pour le mouillage malgré le premier paiement au congresso ! En général il donne un reçu officiel, mais parfois pas moyen de l’obtenir…

En règle générale les Gunas rencontrés dans les îles habitées ne sont pas souriants, répondent peu à nos bonjours, sauf les nombreux (très nombreux…) enfants. On a du mal à communiquer. L’échange se limite à récupérer le « droit de visite » !
Les pêcheurs sont les plus accessibles, ils disent spontanément bonjour, proposent du poisson mais sans insister du tout, cool.

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Transport de chèvres aux San Blas !

Nous avons sillonné les San Blas en nous arrêtant sur :
– Chichimé Cays, beaucoup de bateaux, très touristique.
– Tiadup sur Bandero Coco, quelques touristes hébergés par les Gunas, mais on a bien observé que les 2 communautés ne se mélangent pas du tout.
– Aridup sur Cayos Ratones, île de cocotiers gardés par 2 Gunas sympa, content d’avoir du monde avec qui discuter.
– San Ignacio de Tulipe, île village de huttes, surpopulation, pourtour sale, pratiquement aucun contact avec les Gunas.
– Ustupu, île village de huttes aussi, même remarques que Ignacio !
– Iguana, île de cocotiers. Très beau fond avec de très grandes raies, mais peu de poisson..
– Pinos, l’île la plus à l’est au bout des San Blas, la seule avec du relief avec un point culminant à 140m. Joli village de huttes et cocotiers. On y a vu des crocodiles dans la rivière !!!
– Mulatupu, île village de huttes relié par un pont à la côte. Encore surpopulation et peu de contact…
– Bonedup sur cayos Holandesas, eaux superbes, on est resté durant 1 semaine….là aussi il y a des crocodiles, une française a été attaquée il y a quelques temps dans ces eaux.

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Village  Guna de huttes

Autant vous dire que la navigation est à vue, à l’est de St Ignacio il n’y a plus aucune cartographie !! La seule source d’info est un guide nautique anglais réalisé par Eric Bauhaus, mais très fiable d’après nos observations (way point, vues aériennes…).
Et pour corser, toujours à l’est de St Ignacio, il n’a plus de réseau internet mais même plus de téléphone non plus !
D’ailleurs les villages ne sont pas électrifiés, certaines huttes ont un panneau solaire sur un mat devant la porte et c’est tout. Autant vous dire que le soir il n’y a ni lumière, ni musique : rien !
Les épiceries des villages ne proposent que riz, gâteaux secs, sodas, farine de maïs, couche culotte, mais jamais de fruits & légumes frais !! On pense que chacun à un lopin de terre sur la côte ou bien troquent avec les colombiens contre des noix de coco.

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barque « épicière » aux San Blas

Nous avons pu acheter une seule fois des végétables à une barque « épicière » qui se déplace sur les mouillages pour fournir les plaisanciers. Cette barque faisant 12m de long, avec 3 gars à bord : ananas, avocats, courgettes, aubergines, riz, carottes, mangues, noix de coco……avec la balance pour tout peser : Un vrai plaisir !
En plus pour tout vous dire, nous avons sans doute acheté des paquets de pâtes avec des œufs de charançons, on ne sait où ni quand. Mais en tout cas on s’est retrouvé avec une invasion de charançons à bord et avons dû jeter aux San Blas nos 10kg de pâtes et riz par-dessus bord. Coté charançon ce fut tout de suite réglé, mais coté cambuse nous étions un peu court sur les appro !!
Par contre pour votre info, les étoiles de mer adorent les spaghettis !

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Eaux cristallines des San Blas

En résumé, nous sommes contents d’avoir découvert les San Blas, tant de monde nous en ont parlé. Mais ça ne restera pas une destination de cœur pour nous. Peut-être trop loin de nos repères ou bien n’avons-nous pas été à la hauteur de ces rencontres, pas disposés à celles-ci ??
Au bout de quelques 4 semaines nous retournons à Shelter Bay pour des histoires de prises de cotes avec le gréeur, puis on est un peu coincé en attendant le devis final, et enfin les pièces. Ce n’était pas super fluide notre affaire de gréement, pas grave mais fallait être patient !
Du coup on en a profité pour faire l’expérience du passage du canal du Panama sur un bateau copain.
En effet il y a obligation par les autorités d’être, en plus du capitaine, 4 personnes à bord de chaque voilier pour manœuvrer les bouts lors des passages des écluses. Donc les voiliers qui s’apprêtent à passer le canal cherchent souvent du monde, sinon les agents peuvent fournir aussi du personnel pour 100$/handliner (nom donné aux personnes qui tiennent les bouts).
Nous avions fait la connaissance d’un couple australien sur Cara, un Outremer 45 « nouvelle génération », lors de notre premier passage à Shelter. Comme ils cherchaient 2 handliners, nous avons embarqué avec eux.

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Anna & Graeme, nos copains australiens devant le pont Vinci pas tout à fait fini malgré 2 ans de retard, mais le Panama ne paye les factures. N’est-ce pas Pierrot ??

Mais commençons par le début : comment passe-t-on le canal de PANAMA ??
Le principe :
Le niveau des eaux du lac central de Gatun est plus élevé que celui de l’océan Atlantique et que celui de l’Océan Pacifique. A l’aide des écluses les bateaux montent et ensuite descendent. Il y a 3 écluses à l’entrée coté Atlantique appelées Gatun. Ensuite coté Pacifique il y 1 écluse nommée Pedro Miguel et 2 écluses nommées Miraflorés.
C’est ça que les français avec Ferdinand de Lesseps à la tête du chantier n’ont pas envisagé à la construction à la fin du XIX siècle. Ce n’est pas foutu comme le passage du canal de Suez. Ici il faut des écluses !
Vous faites tout ça avec forcément un pilote du canal à bord, c’est obligatoire.
Entre parenthèse nous avons visité le Musée du Canal à Panama City, très instructif mais beaucoup beaucoup beaucoup à lire (espagnol/anglais uniquement). Et pas seulement sur le creusement par les français, la finalisation par les américains, mais aussi la lutte des panaméens pour reprendre la gestion de ce fameux canal, et tant et tant encore !!!

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Cap’tain Syl en handliner sur Cara, voyez les remous d’arrivée d’eau dans l’écluse.

En pratique :
Tout d’abord il faut bien faire quelques paperasses (des pages et des pages), soit par soi-même par internet soit avec un agent local qui assurent la liaison avec les autorités du canal et du pays.
Ensuite le truc primordial du canal c’est de connaitre les dimensions exactes hors tout du bateau et donc ce dernier doit être mesuré par un pro, ou par l’agent qui est assermenté par les autorités !
Quand les papiers et les mensurations sont faites, faut payer : environ 1300$ pour un bateau tel qu’Oxygen…..ben oui c’est pas gratuit de changer d’océan !
Pensez que pour les cargos ça peut aller jusque 1 millions de $, c’est fonction du tonnage…..
A partir de là un numéro d’identification est attribué au bateau et une date de passage est proposée (environ 2 semaines plus tard suivant le trafic du moment).
La veille du passage vous récupérez des pare battages et 4 bouts, suivant vos besoins :
Pour les pare battages, c’est au cas où le bateau viendrait malencontreusement à frotter sur les côtés des écluses. Et aussi parce que les voiliers passent presque systématiquement à plusieurs de front, par 2 ou 3, et donc on dispose des pare battages
entre les bateaux. Si on ne veut pas salir à jamais ses propres pare battages (au propre comme au figuré !) on loue ceux du canal.
Quant aux bouts : au passage des écluses 4 gars du Canal se tiennent en haut des écluses nous prennent les bouts et les tournent aux bites le temps que les écluses se remplissent et se vident. A charge des 4 handliners à bord de choquer (relâcher) à la descente ou de reprendre à la montée les bouts pour maintenir les bateaux bien au centre de l’écluse !! Demandezà Cap’tain Syl, c’est un vrai taf…

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Les portes  énormes des écluses…

Ensuite il faut se rendre au flat, c’est une zone de mouillage exclusivement réservée au départ, c’est l’anti chambre du canal ! S’y retrouvent les bateaux qui vont passer ensemble. Le pilote du canal est déposé sur votre bateau par un bateau pilote, vous
devez être fin prêt à ce moment-là, on imagine pas une seconde retarder le passage des cargos….
On se dirige alors vers la première écluse, quelques 100 mètres auparavant les voiliers se mettent à couple par 2 ou 3, suivant les indications du pilote (sachant que chaque bateau à un pilote…).Le bateau le plus puissant étant en général au centre car c’est lui qui prend la main sur la navigation dans la progression dans les écluses…Vous imaginez que si sont couplés un catamaran de 15m + un monocoque de 6m + motor yacht de 30m c’est tout
de suite un peu délicat….
Dans les écluses montantes, il y a toujours d’abord un cargo et derrière un rang de bateaux de plaisance, dans la même écluse. Tout le monde se serre et les portes se forment. Les gars du canal du haut des parois de l’écluse envoient des petits bouts à
l’aide de pomme de touline, le handliner l’attrape (parfois il faut plusieurs tentatives..) et y noue son bout. Le gars du canal récupère le bout et le tourne au taquet. Ceci aux 4 coins de l’ensemble des bateaux de plaisance. Ensuite l’eau arrive dans l’écluse pour faire monter le cargo et les plaisanciers, ça va vite, il y a de gros remous dans l’eau, ensuite on change d’écluse etc etc.
Passées les écluses de Gatun, les bateaux de plaisance se « désaccouplent » et voguent sur le lac Gatun séparément suivant les instructions de chaque pilote à bord.
On passe sous le pont Centenario (pont du centenaire).
Ensuite c’est la même chose pour les 3 écluses descendantes sauf que le cargo est toujours derrière les bateaux de plaisance dans ces écluses.
Ensuite apparait le fameux pont des Amériques et vous êtes dans le Pacifique, MAGIQUE !!
Au total ça prend entre 12 et 20 heures suivant les programmations. C’est plus rapide que de passer le Cap Horn !

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On sent que ces 2 handliners  (dont Syl) sont concentrés pour choper la pomme de touline !!

J’ai passé quelques détails, comme :
– au niveau des horaires, il est possible que vous soyez programmé pour passer une partie des écluses de nuit, pas terrible !
– il ne faut pas mettre en retard toute cette organisation: si votre moteur tombe en panne par exemple, vous pénalisez le cargo et les autres plaisanciers, et du coup les autorités du canal vous mettent une amende…
– ne pas oublier de donner à manger au pilote : mais n’ayez crainte de toutes façons il réclame, à croire qu’ils ne mangent pas chez eux, par contre ils ne boivent pas d’alcool.
– Protéger les panneaux solaires avant le passage du canal, car les pommes de touline sont lourdes et elles risquent de les endommager en tombant dessus…
…..Bien sûr il y a 1000 petites histoires de canal qui se racontent sur les pontons de shelter Bay Marina…..
Voilou, vous savez presque tout sur ce fameux canal. En tout cas ça s’est très bien passé à bord de Cara avec les copains australiens. Durant ce temps Oxygen se reposait tranquille au ponton de Shelter Bay !
Ensuite nous sommes resté sur Panama City durant une semaine, retour à la vie citadine puissance 10 !

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Les grattes ciel en arrière plan du port de pêche aux bateaux rudimentaires…

Panama City, avec ses banques (c’est le Luxembourg de l’Amérique Centrale), son hyper centre blindé de gratte-ciels rivalisant en hauteur, en couleur, en forme….ses mall (grands centres commerciaux climatisés à l’américaine), son quartier Casco Antiguo
au charme incontestable (architecture coloniale du début XIX siècle, un peu délabrée, décatie mais en pleine restauration), ses embouteillages nombreux et persistants (de plus le conducteur panaméen aime le klaxon….), ses routes sur l’eau (il y a des rocades construites sur piliers parallèle au front de mer !), ses très nombreux taxis jaunes comme à New York.

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Quartier Casco Antiguo

A côté de cette vision ultra moderne, il n’y a pas de d’écoulement des eaux pluviales, et donc quand il pleut beaucoup, et c’est très souvent voire tous les jours, il y des rues entières non praticables, les voitures y sont emportées par le courant des eaux pluviales…De plus le réseau électrique fonctionnent bien mais il ne faut regarder les pylônes électriques : ça fait peur !
Et que dire du fameux marché aux poissons/crustacés, très moderne/propre dans le bâtiment officiel (construit avec la participation du Japon) et pour le marché « off » au pourtour du bâtiment c’est parfaitement imbuvable, voire insalubre….
La population est très cosmopolite, du fait de la position géographique du Panama et de la construction du canal qui a nécessité beaucoup de main d’œuvre, la population est originaire de 117 nationalités différentes.
Et jouxtant cette hyper ville il y a immédiatement la jungle, commençant avec le parc Métropolitain où vous pouvez observer des pic verts, singes mono titi, agoutis, coatis…..
Le Panama à sa propre monnaie appelée Balboa, indexé sur le dollar américain : 1 dollar = 1 balboa. Et dans ce cas pourquoi s’escrimer à produire des billets de banque : je vous le demande ?? Ben justement le Panama n’a pas de billets nationaux, vous n’y trouverez que les fameux billets verts américains. Pourquoi faire compliqué !

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La skyline depuis le parc Métropolitain, étrange contraste !

Panama City est l’illustration du mot contraste : à la fois moderne, à la pointe et en même temps c’est bricolage, à la vas comme je te pousse….
Mais le résultat est une ville attachante !

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Panama City n’a pas peur  des contradictions  !

Toujours en attendant notre fameux gréement nous sommes allés dans le Rio Chagres, juste à côté de l’entrée du canal. D’ailleurs c’est une des rivières qui alimentent le canal en eau, au bout d’environ 14 km de rivière il y a un barrage qui donne sur le lac Gatun. C’est une zone inhabitée régentée par les autorités du canal. D’ailleurs de temps en temps on entend un cargo donner un coup de corne de brume, ils sont à 4 km à vol d’oiseau !

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Oxygen dans le Rio Chagres : c’est vert !

L’entrée de la rivière n’est pas très commode car il y a des hauts fonds qui ne brisent pas toujours mais ensuite c’est très simple, on navigue au moteur au milieu d’une jungle épaisse avec constamment 10m de fond. L’eau est très verte, de chaque côté c’est très vert, bref tout est vert intense…..ça nous rappelle de Rio Dulce !
Nous mouillons presque à 10km de l’embouchure et y resterons 4 nuits, le temps d’écouter, de deviner, de reconnaître les bruits alentour……Tout d’abord les oiseaux : des jaunes, des noirs bleutés, des perroquets verts, des toucans noirs aux becs énormes multicolores, de minuscules noirs & blancs…..dès le premier jour certains cherchaient déjà à faire un nid en haut du mât !
Puis on reconnait bien sûr nos copains les singes hurleurs, il y en avait de tous bords à qui hurlerait le plus fort, un vrai concert !

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Singe hurleur observateur !

Ensuite vint le craquement des branches, le frottement des feuillages, signe que des singes se baladaient de branche en branche à proximité, on a observé longuement, notre vue s’est adaptée, et effectivement ils étaient là, eux aussi nous voyaient, c’était magique.

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Toucan, magnifique !

Plusieurs races de singes. On les a vu en train de manger, de dormir, les mères se baladant avec les petits accrochés au pelage….
Ce mouillage était un vrai régal.
Ensuite nous avons appris qu’il y dans la rivière des requins marteaux (ils ont une glande spéciale qui leur permet de s’adapter à l’eau douce), des crocodiles et des lamantins. Même si certains remous dans l’eau nous évoquaient de grosses créatures nous n’avons rien décelé de particulier. De plus on s’est baigné tous les jours !!!

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Mère et son jeune, quel privilège de pouvoir les observer….

A notre sortie de la rivière nous avons observé un beau spectacle : 2 grosses tortues en plein ébat amoureux. Je n’ai pas pris de photo pour préserver leur intimité (Pour être honnête j’ai surtout voulu les observer au maximum et ne pas perdre de temps à aller cherche le Nikon !). Nous n’avions jamais vu ça !
Notre gréement est enfin arrivé et retournons donc à Shelter Bay Marina pour les travaux qui dureront presque 2 jours. C’est toujours un peu stressant, on ne connaissait même pas l’état de l’ancien, se demandant donc si on avait bien fait d’entreprendre ce changement. Mais je vous le dit de suite : on a bien fait. L’étai était très abîmé, un des torons était cassé ! Idem pour la martingale. Quant aux haubans, sans scanner on ne peut connaitre leur état….
Désormais Oxygen est équipé pour les haubans et l’étai en câble 1*19 torons Dyform 12mm et pour la martingale en câble 1*19 torons classique en 14mm, le tout fabriqué par Sailing Services à Miami qui nous a paru très pro. Voilà vous savez tout !!

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Les perroquets sont aussi verts que les feuillages, pas facile à repérer. Par contre ils font beaucoup de bruit !

On a décidé de faire un petit galop d’essai jusque Portobelo pour tester le nouveau gréement, cependant il y a avait très peu de vent ce n’était donc pas très convaincant !!

Enfin nous devions laisser Oxygen à sec au chantier de Shelter, mais moins d’une heure avant la sortie Edwin, le boss du chantier, vient à notre ponton pour nous annoncer que le travel lift vient de tomber en panne et sans espoir de le réparer avant plusieurs jours !!
La poisse, mais pas dramatique. Oxygen reste donc au ponton pour nous attendre sagement. Le seul truc c’est que Sylvain a dû plonger dans la marina pour vidanger le circuit eau de mer du bateau (frigos, WC, évier) en risquant de rencontrer les fameux
crocodiles qui se baladent tous les jours entre les bateaux !!
Post Scriptum :

panama-carte Darien San Blas Canal
L’isthme du Panama

Pour vous donner une idée, la région du Darien est la partie Est du Panama de la coté Caraïbe à la Coté Pacifique jusqu’à la frontière colombienne. Il n’y a aucune route dans toute la région, même la fameuse Pan Américaine (en rouge sur la carte) s’arrête à Yaviza pour ne reprendre que bien au-delà de la frontière colombienne. Des courageux ont voulu traverser cette région, ils ont mis 2 ans pour parcourir 125km…C’est vous dire si c’est dense !!
Et pour finir, je vais faire tomber un mythe : le chapeau appelé Panama n’est pas panaméen !!
En effet ce sont les travailleurs venus d’Equateur pour la construction du canal du Panama, qui l’ont répandu. ce fameux couvre-chef est fabriqué avec de jeunes pousses de palmier dans la région de Montecristi en Equateur.
Et nous voilà de retour à Paris pour quelques mois
A très vite pour de nouvelles navigations….

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Chasseur sous marin Guna avec sa flèche  hawaïenne sling, en apnée bien sûr.

 

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