Mai 2019 : Les Tuamotu Est (Atolls de Hao et Amanu)

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Raie Manta dans l’atoll de Amanu

Kura Ura

 

Bonjour en Paumotu, la langue polynésienne parlée par le peuple éponyme natif des Tuamotu !
Nous quittons les Gambier le 22 avril pour l’archipel des Tuamotu.

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Ciel orange en navigation entre les Gambier et les Tuamotu

4 jours de navigation au mieux au petit largue. On slalome entre les atolls de Maria, Matureivavao, Fangataufa, Moruroa (atoll des essais nucléaires), Tureia, Vanavana, Vairaatea, Ahunui, Paraoa … interdits ou sans passe donc inaccessibles !
Pour l’instant, nous ne visiterons que les atolls de Hao et Amanu dans l’Est des Tuamotu. Cap’tain Syl prévoit de faire l’Ouest de cet archipel quand Oxygen ira des Marquises à l’archipel de la Société, soit en 2020 !

3 Map Tuamotu
Archipel des Tuamotu

Les Tuamotu c’est simple : 77 atolls parsemés sur une surface de 1500km de long par 600km de large. Mais les terres émergées ne dépassent pas les 900km². Et si on inclut la surface des lagons, on atteint glorieusement 13700 km².
Donc vous avez compris, c’est un océan de confettis plats et remplis d’eau en leur centre !
Seuls les cocotiers sont visibles car il n’y a aucun relief, tous ces ilots culminent à 2m au mieux.

 

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Un des nombreux requins de la passe de Hao

Les Tuamotu ont été les premières terres polynésiennes découvertes par les européens. C’est Magellan qui le premier, le 24 janvier 1521, note la position d’une île basse : Puka Puka au NE (il mourra 3 mois plus tard aux Philippines dans un guet-apens fomenté par des indigènes).
Mais il faudra 3 siècles pour que la totalité des atolls soit connue. Le dernier à être découvert est Ahe, au NO, le 6 sept 1839 par Wilkes.

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L’atoll  de Vanavana sur la route d’Oxygen

Cet ensemble d’atolls était appelé « L’archipel Dangereux » par les navigateurs de l’époque…
Pensez, la visibilité pour un homme posté en haut d’un mât ne permet pas d’apercevoir les cocotiers à plus d’une trentaine de km par bonne visibilité.
Et je ne vous parle pas de la navigation de nuit…
De ce fait, nombre de bateaux se fracassent sur les récifs de ces atolls.
Ensuite, les populations locales ne sont pas des plus accueillantes !!
Les polynésiens des Tuamotu, peuple Paumotu, défendent avec apprêté leur territoire et surtout leur ressource. Ils vivent de peu, pêche principalement, car il n’y a pas grand-chose qui pousse sur les bandes de terre émergées des atolls : elles sont gorgées d’eau salée !
Donc peu de fruits/légumes, pas de gibier terrestre … c’est très frugal !
Enfin, les guerres entre atolls rivaux sont très fréquentes, sans parler des cyclones réguliers…
Aujourd’hui cet archipel compte 15300 habitants dont 3700 âmes pour le seul atoll de Rangiroa, la « capitale » administrative.
La répartition de la population est très inégale : plus l’atoll est à l’est, moins il est peuplé.
Il y a des atolls non habités bien sûr, où seuls les coprahculteurs se rendent pour la récolte.
Voici Oxygen dans ses pérégrinations :

6 Atoll Hao
Vue satellite de l’Atoll de Hao

Atoll de Hao :
D’abord c’est de la peur, au moins de l’appréhension. J’ai lu tant de récits catastrophiques concernant l’entrée difficile dans les atolls par les fameuses passes étroites, alambiquées, parcourues de courants monstrueusement roublards, ourlées de dangereux récifs n’attendant que le faux pas pour déchirer les coques.
Et c’est vrai que c’est impressionnant mais en étant attentif, avec de bons moteurs, un bon cap’tain à la barre, un mousse qui calcul l’heure optimale de passage… bref, on a réussi, jusqu’à maintenant…
Pourtant, on a commencé par une des plus ténue, pour ce qui est du courant : la passe Kaki de l’atoll de Hao. C’est le 5éme plus grand atoll des Tuamotu avec une seule passe, autant vous dire que le courant peut se transformer en rapide : jusque 23 nœuds (plus de 40km/h). A titre de comparaison Oxygen à donf sur les 2 moteurs fait du 7 à 8 nœuds … on fait pas le poids. Il fallait donc compiler les récits de navigateurs, réfléchir aux heures des marées etc etc et j’ai proposé au Cap’tain de passer dans le lagon à 6h30 ce vendredi 26 avril. Soit 2h avant marée haute !!
Il y avait des vagues stationnaires d’environ 1.5m juste avant la passe, signe que le courant était sortant.
Un mètre cinquante de vague c’est rien, mais vu qu’elles sont très courtes et rapprochées, on se fait secouer comme un prunier !
Syl pousse un peu les moteurs et Oxygen franchit la passe à 3 nœuds de vitesse, donc un courant sortant de 3 nœuds. Ouf.
La difficulté dans cette passe se limite au courant, car en dehors de cet aspect, elle est très large, toute droite, balisée, c’est très aisé.

 

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Passe de Hao vu depuis la rive est

Pour cet atoll de Hao on compte aller au village, Otepa, où il existe une ancienne darse militaire. On veut s’y mettre à l’abri car il doit y avoir un p’ti coup de vent un peu méchant dans les prochains jours.
En plus il parait qu’il y aurait internet fibre 3G au village, un truc de ouf qu’on a pas vu depuis longtemps !

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Patate de corail à éviter impérativement avec Oxygen

Otepa est à 6 miles nautiques (10km) de la passe. Je me figurais que l’intérieur des lagons était parsemé d’innombrables méchantes patates de corail parmi lesquelles se frayer un chemin tient du miracle. (Je précise que nous avons pratiqué les 3 atolls du Belize en aout 2017, et la navigation y était très complexe, digne du labyrinthe de Dédale, c’était magnifique mais très stressant)
Mais ici, pas du tout, en tout cas naviguer dans le lagon de Hao fut très simple car il y a un chenal balisé et les patates sont peu nombreuses et très visibles !

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Darse de Otepa dans l’atoll de Hao

Nous n’étions pas les seuls à venir à l’abri dans cette darse : 10 bateaux (français, brésiliens, norvégiens, suisses, américains, hollandais …).
A savoir que Hao était la base avancée de l’armée française du temps des essais nucléaires de juillet 1966 à décembre 1995 (CEP : Centre d’expérimentation du Pacifique). Il y avait aussi une section de la légion étrangère …
En plus des environ 1000 habitants natifs de Hao, près de 3000 militaires ou assimilés y vivaient. Il y avait donc les infrastructures adéquates : logements et bureaux en préfabriqué, cinéma, dessalinisateur d’eau de mer, hôpital, laboratoire, route goudronnée de 20km, un aéroport avec une piste d’atterrissage de 3400m (protégée par une digue et utilisable comme piste de secours pour la navette spatiale américaine).
L’économie de l’île s’en est trouvée toute chamboulée, il y eu une manne financière énorme. Tous les locaux travaillaient directement ou indirectement pour l’armée et le coprah a été délaissé car beaucoup moins lucratif.
Mais vers 2000, après l’arrêt des essais nucléaires, tous les militaires sont repartis … et ce fut le chaos économique malgré les subventions !
Hao est devenue une île sinistrée : chômage, camions, hangars, casernes et bâtiments à l’abandon.
Seul l’aéroport est aujourd’hui utilisé !

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Fou de Bassan

Les terrains ont été rendus aux familles mais avec les bâtiments construits que les habitants ne peuvent exploiter car trop peu nombreux. Ces bâtiments, blindés d’amiante, se sont fortement détérioré avec le temps, la population locale ne peut les entretenir car ils n’ont ni les connaissances, ni les moyens, ni les matériaux pour le faire : et pourquoi le feraient-ils ? Ils n’en ont aucune utilité !
Et même s’ils démolissent les bâtiments que faire des matériaux, dans ce cas il faudrait évacuer les gravas par bateaux et c’est couteux bien sûr.
Bref, les bâtiments ont été dépouillés de ce qui pouvait servir aux habitations : tôles ondulées, lavabos, tuyaux de plomberie etc etc et le reste est resté en plan…
C’est pour cette raison que Hao a la réputation d’être sale, moche et inhospitalière. C’est ce qu’on peut lire dans les différents blogs et bouquins.
Mais à notre grande surprise ce n’est pas ce qu’on a trouvé, le bourg est assez charmant et les alentours relativement propres. Pas de carcasses de camions ni de squelettes de bâtiments.
En fait vers 2010 l’armée a nettoyé par elle-même et fait nettoyer par des entreprises sous-traitantes les terrains qu’elle avait occupés.
Même la centrale de dessalinisateur est actuellement en cours de démantèlement.

 

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Borne du 25iéme RGA dans la végétation, elle indique 17000 kms !!

Bien sûr je ne connais pas la nature du contrat de concession des terrains entre les familles et l’armée pour ces installations militaires datant des années 60. Mais quel qu’il soit, je suppose que les natifs n’avaient pas réalisé ce qu’ils signaient (Si il y a eu contrat !). Comment auraient-ils pu protester ou même faire respecter le contrat pour la remise en état des terrains ?
Vu de la métropole, ce fut une chance pour Hao, pour l’apport financier énorme, les emplois, le développement mais après le départ des militaires, que reste-il ?
Les atolls alentours furent même un peu jaloux de cette situation, Hao a été mis un peu sur la touche !
C’est comme de gagner la super cagnotte du loto. Si tu dilapide tout en 1 an, ensuite il faut se remettre au boulot, et c’est dur de s’y remettre, tu as perdu l’habitude de te lever tôt, la terre est basse.
Il n’y a pas eu de gestion, Hao n’a pas su profiter des retombées de la période militaire.
Ils remontent la pente actuellement mais c’est dur et long.
Mais comment leur en vouloir, à la rencontres des populations locales on tombe sous le charme. On les accuse toujours de faire la cigale et jamais la fourmi. Mais nos ancêtres respectifs n’ont pas vécu les mêmes choses. Dans nos contrées il a toujours fallu faire du bois pour l’hiver et gérer les récoltes pour avoir à manger tout au long de l’année.
Ici il n’y a jamais rien eu à prévoir, chaque jour est identique à la veille et au lendemain. En simplifiant, toute l’année les cocotiers font des cocos et le lagon fournit les poissons … Ce n’est pas dans la culture de prévoir ou gérer car ce n’était pas une nécessité.
Les populations ne sont pas bêtes ou inactives mais simplement ont développé des savoir-faire et des techniques autres. Par exemple les polynésiens étaient très en avance sur les européens en terme de navigation et de pêche. Par exemple ce sont des plongeurs apnéistes exceptionnels.
Les rencontres leur ouvrent désormais d’autres horizons depuis quelques années, mais peu ont la fibre commerciale par exemple.
Pour revenir à Hao, le village d’Otepa compte aujourd’hui environ 1200 habitants. Il y a un dispensaire, 3 épiceries, 2 boulangers mais dès 7h du mat il n’y déjà plus de pain…, un collège avec internat pour les enfants de tous les atolls des Tuamotu Est, et voilà !
A noter : on peut se procurer gasoil & essence, demander Bubu (le moins cher) ou Coco (le plus cher !).
Tout ça pour dire que c’est très paisible !

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Des bagnards dans le grand bleu

Pour ce qui est d’internet, le meilleur spot est devant la mairie à partir de 16h. Il faut donc s’installer par terre et prévoir d’amener sa bouteille d’eau… Pas envisageable pour Syl et ça m’arrange !
En cherchant un peu, on a tout de même trouvé Parua et sa femme Maïmiti, qui possèdent la pension Parua avec quelques chambres et une box internet !!
Nous nous installons donc à sa terrasse et le dédommageons en lui commandant des cafés, ou en organisant un déjeuner avec des copains voileux, il tient une agréable table d’hôtes.
Notons que cela ne vient à l’idée de personne ici de prévoir un endroit un peu cosy avec une box et faire payer l’accès à internet. Dommage car ça fonctionnerait du tonnerre, tous les voileux en sont avides.
Pensez-donc, après plusieurs semaines d’abstinence Internet, on a besoin de nos mails, mettre les applis tél/tablette à jour, alimenter les blogs, aller sur les comptes bancaires, télécharger les images satellites des prochaines escales : on peut passer 2 ou 3 jours non-stop sur internet.
Parfois même on y laisse même le soir nos portables/tablette/ordinateur pour que les téléchargements se fassent sur toute la nuit car la bande passante est faible …
Et puis ainsi on fait connaissance au fur et à mesure avec les habitants.

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Plongée dans la passe de Hao

Du coup nous allons avec Parua et sa famille jusqu’au Nake, motu situé à l’opposé de la passe du lagon, où se trouve l’ancien village. De ce dernier il ne reste plus que des trous à taro (fosses d’environ 6m*2m profondes de 1m dans lesquelles étaient cultivés les taros, légumes racine) et la tombe du dernier Roi.

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Tombe du dernier Roi de Hao, située dans l’ancien village au Nake

Il mesurait 7 mètres, la tombe n’en faisant que 4, il a donc été coupé en 2 pour son enterrement ! En fait il était invincible et Hao gagnait toutes les guerres contre les atolls voisins. Sans doute qu’au fur et à mesure de la transmission des récits épiques de ses exploits guerriers, la taille du Roi a été quelque peu « exagérée» !
Mais Parua m’a confirmé que le Roi mesurait 7m… Ces récits sont très imagés, mais sincèrement c’est très agréable de les écouter, c’est un peu la chanson de Roland.
On y a mangé façon Paumotu (nom du peuple du Tuamotu) sur le motu familial : poisson sur feu de bois de cocotier et pain au coco. Carrément délicieux.

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Motu de la famille de Parua

Avec les copains norvégiens, propriétaire d’un Outremer 45 « nouvelle génération », nous allons plonger dans la passe en se laissant entrainer par le courant. On peut ainsi observer cette faune spécifique des passes où les requins sont très nombreux et plus grands que dans l’atoll.
On va aussi à la chasse sous-marine avec Parua, il pose l’ancre de son bateau à moteur sur une patate de corail, se met à l’eau avec son attirail de chasseur (combinaison/masque/tube/palmes/arbalète et caisse plastique sur flotteurs) à l’affut, durant 2 h ! Il attend que les poissons convoités passent à sa portée. Dès qu’il en flèche un il le dépose immédiatement dans la caisse plastique flottante pour ne pas attirer les requins. Sinon, les requins bouffent les proies en 2 temps 3 mouvements. Frétillements de paniques et agonies des poissons fléchés attirent les requins. Voraces ces p’tites bêtes !!!
Les requins font la différence entre un plongeur avec un appareil photo et un autre avec une arbalète, et tous les poissons d’ailleurs. Ça parait incroyable mais leurs comportements changent du tout au tout.

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Un cousin des hippocampes

Nous avons rencontré Graziella, assistante sociale dans les collèges des Tuamotu, qui se déplace sur celui de Hao plusieurs fois par an. A cette occasion, elle loge à la pension de Parua. C’était passionnant de discuter avec cette jeune femme très vive. Elle nous a bien décrit les challenges à relever pour les futures générations. Tels que les problèmes d’accès à l’info, de diabète, d’éducation, d’alcool …
Nous avons aussi fait la connaissance du frère du Maire qui nous a longuement parlé des priorités comme impliquer la population dans le tri des ordures, installer une pompe à essence …

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Les musiciens et la conteuse du groupe de danse de Hao

Nous avons la chance d’assister à une soirée de danse locale.
Nous avons donc revu les danseurs de Hao qui s’étaient déplacé au festival des Gambier ! Avec d’autres danses, d’autres contes. La prestation était superbe, et particulièrement les danseurs solo.
Vidéo 18 soirée dansante : A venir ….
Pour info, en début de spectacle, quelques voiliers ont été invités à faire une démo de leur talent de danseur, dont Sylvain. Autant vous dire que les habitants de Hao ont bien rigolé !
Puis nous décidons de quitter cet atoll le 8 mai pour celui de Amanu, voisin de 20 miles nautiques.
La veille de notre départ Parua, Maïmiti et Grazziella se déplacent jusqu’à la darse pour nous dire au revoir à la polynésienne, c’est-à-dire avec des propos chaleureux, des embrassades et de magnifiques colliers de coquillages de leur confection. Je ne vous cache pas que c’était très émouvant …

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Vue satellite de l’atoll de Vanavana 

Encart Géologique :
Laissez-moi vous causer de la genèse des atolls, cet aspect est très intéressant, à mon gout en tout cas.
Je voulais comprendre la formation de ces îles bizarres en forme d’anneaux, désignées sous le nom d’atoll.
L’activité sismique de notre bonne vieille Terre engendre des montagnes, entre autre sous-marines, parfois si hautes que leurs cimes crèvent la surface des océans, ce qui fait des îles, qu’on appelle volcaniques ou hautes, je ne vous apprends rien !
Dans la zone de littoral de ces îles se développent au cours des millénaires des coraux, des algues, toute une vie aimant lumière et chaleur donc limitée à quelques dizaines de mètres de profondeur.
Avec le temps ce récif se consolide, se sédimentarise (pas sûre que ce verbe existe, désolée).
Ensuite 2 phénomènes se combinent pour l’évolution de ces îles et de leurs récifs.
• D’une part, l’activité sismique étant constante, même les montagnes les plus gigantesques, comme l’Everest, « bougent », du moins évoluent suivant les mouvements des plaques tectoniques (la plaque principale du Pacifique se déplace vers le NO de 7cm/an) et l’activité des points chauds… ce qui provoque parfois un enfoncement des îles (phénomène appelé Subsidence par les géologues) mais le récif lui continu à se développer juste sous la surface de l’eau. (théorie de Darwin, Encore lui !).
• D’autre part, les différentes glaciations et réchauffements ont eu un impact important sur le niveau des océans, jusqu’à 100m d’évolution.
Ainsi durant les glaciations le niveau des eaux baisse. Les roches volcaniques et les récifs découverts, donc exposés à l’air, s’érodent sous l’action du vent. Quand les réchauffements font remonter le niveau des eaux, les coraux se remettent à se reproduire, à pousser et donc les récifs anciennement au périphérique des îles rejoignent la surface. Mais la roche volcanique ne repousse pas et reste quelques dizaines de mètres sous la surface de l’eau !
Il en résulte un atoll constitué de l’ancien récif périphérique au raz de l’eau et plus d’île au centre.

 

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Hypothèse de formation des atolls

Pour aller plus loin, je vous conseille de lire « Le Monde vivant des atolls, Polynésie Française » une publication de la société des Océanistes du Musée de l’Homme N°28 Paris 1972, réédition 1990. C’est un petit bouquin très instructif pour les curieux. Cet ouvrage regroupe les travaux de divers scientifiques concernant la géologie et formation des atolls mais aussi la faune (oiseaux, poissons, coquillages…), la flore, les algues, les coraux. Enfin tout ce qu’on trouve sur et aux abords des atolls.

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Schéma des différentes formes de récifs

Je me permets de définir quelques termes souvent galvaudés :
Récif frangeant : borde les côtes des îles volcaniques. Ex. Pitcairn, la Martinique ou les îles des Marquises.
Récif barrière : situé à une distance plus ou moins grande du rivage et séparés de ce dernier par un lagon. Ex. Bora Bora ou les Gambier. En fait l’île volcanique s’est enfoncée mais pas encore complétement !
Atoll : récif en forme d’anneau plus ou moins circulaire sans île au centre. C’est en quelque sorte une bande de terre émergée large de quelques dizaines de mètres constituée d’un chapelet d’îlots bas coralliens. Si cet anneau émergé est continu, et donc ne permet que peu de communication entre océan et lagon, on parle alors d’atoll fermé.
Certains atolls fermés se comblent de sédiments et les coraux s’y développent intensément. Ainsi au fil du temps le lagon se réduit à peau de chagrin et finit par disparaitre. Ce processus est très avancé pour l’atoll de Niau et le lagon des atolls de Tikei et de Nukutavake est déjà comblé (soulignés en rouge sur la carte).
Lagon : la partie centrale de l’atoll. D’une profondeur pouvant aller jusque 50m, parsemé de nombreuses patates de corail, c’est la couleur turquoise de son eau qui fait rêver tout le monde. La faune le constituant dépend grandement du taux d’échange de ses eaux avec l’océan.
Hoa : chenal peu profond permettant un échange entre l’océan et le lagon. Mais ne permet pas à un bateau de rentrer dans le lagon.
Passe : Chenal, de largeur et profondeur variables, permettant l’échange permanent des eaux entre océan et lagon, en général situé sous le vent de l’atoll. Les bateaux peuvent l’emprunter pour entrer dans le lagon. Mais attention car les courants peuvent y être très forts. Le meilleur moment pour les franchir dépend de la marée et de l’ensachage. En schématisant, ce dernier est le remplissage du lagon par la houle, il faut donc tenir compte des conditions de mer et de vent des jours précédents. Le niveau du lagon est souvent supérieur à celui de l’océan, engendrant un courant sortant. Ne naviguer dans le lagon qu’avec le soleil au zénith pour y voir bien clair… ça fait beaucoup de choses à prendre en compte !
Motu : C’est le nom polynésien donné à chacune des îles basses coralliennes, ou îlots, formant l’atoll. Leur altitude maximum de 2 mètres fait craindre la disparition de beaucoup d’entre eux avec le réchauffement climatique engendrant la montée du niveau des océans, car le corail ne pousse pas aussi vite que la montée des eaux.

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Récif de Amanu

Pour info, il y a 400 atolls de par le monde, dont environ 300 dans le Pacifique, 100 en océan indien et 4 en Atlantique (1 au Mexique et 3 au Belize, rappelez-vous, on a eu le bonheur d’y naviguer en aout 2017).
Si on poursuit notre zoom : 136 atolls en Polynésie, dont 85 pour la Polynésie Française.
Et c’est l’archipel des Tuamotu le grand gagnant avec 77 atolls à lui tout seul (champion du monde avec l’archipel des îles Marshall en Micronésie).
Le plus grand atoll au monde est Kwajalein dans les Marshall, mais le second est Rangiroa, « capitale » des Tuamotu avec 88km de long et d’eau turquoise, ça laisse rêveur !
Conclusion : les Tuamotu et Marshall se tirent la bourre en termes d’atolls …
Comme toujours il y a quelques exceptions : l’atoll de Makatea culmine à 108m d’altitude, c’est le record mondial des atolls « surélevés ». Il a été soulevé par un plissement géologique dû à l’érection des îles de Tahiti et de Moorea, situées à « seulement » 230km.

 

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Vue satellite de l’atoll de Amanu

Atoll de Amanu :
Ce second atoll visité est un peu plus petit (30km par 8km) et possède 3 passes, mais une seule est praticable pour les bateaux : la passe Fafameru. De ce fait le courant est moins violent, mais celle-ci est assez étroite et surtout le récif de corail fait un coude, il faut donc virer franchement sur tribord juste avant de pénétrer dans le lagon !
C’est donc un autre genre de sport pour entrer dans ce nouveau beau lagon, mais tout va bien !
On a embouqué la passe avec environ 4 nœuds de courant contre nous. Et, à 11h du matin, par très beau temps, cela donne le temps de naviguer avec le soleil haut jusqu’au bout du lagon pour mouiller, seul au monde, face aux motus blindés de cocotiers, parmi les poissons multicolores et les innombrables requins …

 

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Oxygen au nake de Amanu,  photo drone

On se croyait seuls … mais en fait nous apercevons un jeune couple faisant du coprah sur le motu.

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Jeune couple travaillant le Coprah sur le motu familiale

Encart Coprah:

Je profite donc de cette occasion pour expliciter ce qu’est ce fameux Coprah (vient du Tamoul Koppara) dont on parle souvent :
Les polynésiens ont répandu le cocotier dans toutes les îles.
Les Tuamotu n’étaient que des bancs de sable arides où une végétation chétive survivait jusqu’à leur arrivée.
Lorsque les missionnaires sont venus en Polynésie pour évangéliser les populations, ils ont en même temps imposé la culture intensive des cocotiers.
Son exploitation économique commença au XIXe siècle, et les cocoteraies géantes transformèrent le paysage des Tuamotu.
Pratiquement toute autre végétation a été éradiquée au profit des cocos sur les îles et motus.
Me que faisait-on avec les cocotiers ?
Autrefois l’arbre cocotier était utile dans sa totalité, comme pour le cochon : tout est bon dans le cocotier.
On utilisait :
– ses racines pour des tisanes contre la dysenterie et comme colorant de teinturerie.
– son bois pour la construction des habitations, pour la sculpture des Tiki ou comme charbon de bois.
– ses feuilles pour couvrir les toitures, confectionner des balais, paniers, chapeaux, éventails…, en flambeaux pour la pêche de nuit, tressées pour les filets de pêche ….
– ses noix de coco étaient décortiquées : la bourre permettait de faire des cordages imputrescibles, des brosses, des sandales pour marcher sur les coraux acérés, les coques vidées fournissait divers plats et récipients, et il reste bien sûr l’amande, chair blanche savoureuse que nous connaissons tous.
C’est cette chair qui constitue le coprah.
Aujourd’hui seul le coprah est encore utilisé intensément. Les autres usages ayant été remplacés par des matières plastiques avec les tong, le PVC pour les canalisations ou le ciment et les tôles ondulées pour la construction.
Par contre on cultive toujours les cocotiers pour le coprah. Comment cela se passe-t-il ?
Il faut ramasser les noix de cocos au sol à la bonne maturation, ni trop tôt, ni trop tard !
Les ouvrir en 2 à la machette. Déjà pas facile sans s’entailler un doigt !
Les empiler et les faire sécher 2 jours de suite.

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Séchage du coprah avant extraction de la pulpe

Ensuite à l’aide d’un couteau courbe, séparer la bourre (enveloppe brune filandreuse) de la pulpe blanche.
La pulpe est mise en sac de jute par 25kg et la bourre est brûlée (sinon ce sont de parfaits nids de moustiques quand l’eau de pluie y stagne).
Ensuite les sacs de pulpe sont ramenés par bateau au village de chaque atoll.
Puis étaler la pulpe dans des séchoirs à coco avec souvent un toit coulissant pour couvrir en cas de pluie.

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Séchage de la pulpe récoltée en séchoir

Et quand ils sont bien secs, après 3 jours sans pluie, ils sont remis dans les sacs de jute.
Ensuite un gars du village assermenté par l’usine Huilerie de Tahiti pèse les sacs, les compte et en estime la qualité (étiquette verte pour la meilleure qualité ou rouge pour la moins bonne qualité)
La goélette (bateau ravitailleur) mensuel emporte tous les sacs à son passage.
Ce coprah est payé 140francs pacifiques/kg pour le bon et 65francs pacifiques pour le moins bon (soit 1.20€ et 0.55€ respectivement). Souvent il n’y a pas de transaction financière mais seulement du troc avec les marchandises du bateau (riz/huile/articles ménagers…). Aucune négociation n’est possible, il n’y a qu’un client pour tous les producteurs : Huilerie de Tahiti ! Le prix n’a pas évolué depuis des années.
Arrivé à Tahiti, l’usine transforme la pulpe de coco par broyage, chauffage, malaxage, pressage et raffinage. Il en résulte de l’huile pour l’industrie cosmétique (base du fameux monoï), de l’huile culinaire et du lait (vendu en boite de conserve, très consommé dans le Pacifique).

 

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Sac de coprah prêt à partir

Mais les cocoteraies ne sont plus si bien entretenues désormais et la production de Coprah diminue d’années en années.
Les Tuamotu fournissent plus de 80% de la production de coprah de la Polynésie, soit environ 6500t/an.
Mais c’est un secteur en crise. D’autres pays producteurs à la main d’œuvre moins chère sont de sérieux concurrents. Pour maintenir les populations aux Tuamotu, limiter l’exode vers Tahiti, le prix du coprah est subventionné. Exactement comme le blé ou le maïs en Europe !
Pour info, c’est aussi la production principale dans les San Blas, archipel panaméen, coté Caraïbes, que nous avons visité l’an passé (article).

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Bénitier aux lèvres bleues

On a passé 3 jours ainsi au bout de l’atoll à nager dans cette eau limpide et chaude. Autour des patates de corail, les bénitiers et les poissons rivalisent de couleur, les mérous et les murènes y gardent farouchement l’entrée de leurs grottes respectives et les bernard-l’ermites se cherchent le coquillage adéquat … tout ceci au son des palmes de cocotier fouettant l’air au gré du vent et des lourdes noix de coco qui tombent au sol de temps en temps !!

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Oxygen au pito de Amanu, photo drone

Puis nous quittons notre havre de paix pour Le Pito. C’est le nom d’une grosse patate de corail en forme d’aile de delta voile. Et comme elle est placé au milieu du lagon les habitants l’on nommé Pito qui veut dire Nombril ! C’est un mouillage atypique mais bien abrité pour 1 bateau, voire 2 maxi.
Bien sûr on fait le tour du Pito à la palme, accompagnés par des requins et … 3 magnifiques raies Manta.
Dans nos expériences photo aériennes, par 25nds de vent, on a perdu un drone, il est parti sans laisser d’adresse … il git donc par 50m de fond quelque part autour du Pito … c’était trop beau, sans doute n’a-t-il pas voulu partir de ce lieu magique !
Film Raie Manta.

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Maison traditionnelle

Après 2 jours de ce paradis du Nombril, nous rejoignons le village de Ikitake, situé sur la rive sud de la passe principale. Comme les fonds sont truffés de coraux devant le village, on mouille à un demi mile au sud derrière un banc de corail. C’est sympa mais pas très protégé. On va au village en annexe et demandons au maire la permission de mouiller dans la darse, naturelle, au sein du village. En effet cette darse constitue la piscine des enfants du village… Permission accordée et nous déplaçons donc Oxygen. L’entrée de la darse n’est pas très large, environ 9m, ce qui laisse moins de 1 m de chaque côté, mais Cap’tain a le compas dans l’œil !

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Oxygen dans la darse dans le village de Ikitake

Le village de Ikitake est très mignon avec une école primaire (25 écoliers), une épicerie, la poste (ouverte du lundi au vendredi de 7h30 à 9h du matin) et 2 églises et c’est tout !
Ici encore nous explorons la passe en plongeant surtout qu’on a la chance de la faire avant et après la renverse de courant. Ainsi pas besoin de remonter dans l‘annexe. Top Classe !
Coté internet c’est le minimum syndical, i.e. WhatsApp et parfois l’entête des mails sur le portable !
Nous avons encore fait notre petite distribution de pamplemousses et citrons des Gambier, ce qui nous a valu un grand succès bien sûr !! Une petite dame âgée nous a même récompensés d’un collier de coquillages chacun. Nous n’en voulions pas mais avons bien senti que nous la vexerions en les refusant … Et faut bien dire que ces présents me ravissent, je les porterai fièrement !

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Belle murène verte curieuse

Après 3 semaines passées aux Tuamotu, nous partons pour les Marquises.

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Fou qui a passé sa nuit sur le panneau solaire

3 jours de navigation pendant lesquels tout se passe bien, on slalome entre les grains sans se mouiller, entre bon plein et prés serré alors qu’on s’attendait à du travers, mais comme d’habitude !!
Je voulais rédiger le texte de cet article à propos des Tuamotu durant cette navigation mais je n’y arrivais pas : page blanche !
Il m’a fallu beaucoup de temps pour digérer toutes les émotions ressenties, les regards échangés, les rencontres. Cette manne de gentillesses, d’attentions de la part de ces habitants du bout du monde ne se prend pas à la légère. Ça vous retourne comme une crêpe, comme une déferlante sur le récif !
A très bientôt …

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Quand vous voyez ça au vent du bateau, c’est que ça va être humide !!!

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