Oct/Nov 2020: Huahine

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Nous voilà de retour sur Oxygen dès le 10 octobre 2020, au ponton du chantier CNI de Raiatea, situé dans l’archipel des îles sous le vent.
Tout va bien, Oxygen a été sage durant notre absence !
On reste 10 jours au ponton pour faire tranquillement les courses, faire plus ample connaissance de Raiatea au travers de longues randonnées pédestres mais surtout fréquenter nos amis Jane & Marc et leur carnet d’adresses bien fourni !
Ainsi nous rencontrons Christine et Gilles qui nous parlent amoureusement de Mopelia. C’est un atoll à l’extrémité ouest de la Polynésie Française mais Cap’tain Syl vous racontera tout ça en détail plus tard…

Rivage de Raiatea
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Les nénuphars poussent jusque dans les fossés..
Minuscule motu sur lequel vit une famille de pêcheur entre Raiatea et Tahaa !

Pour l’heure nous quittons le 20 octobre le ponton, non sans problème puisqu’on fait une mauvaise manœuvre et Oxygen va dans les bouts de bateaux amarrés sur le ponton d’en face !!! Mouss’Isa plonge immédiatement mais un bout est déjà bien coincé entre le safran babord et la coque : impossible de l’en dégager à mains nues. Nous voyant en mauvaise posture Taputu (salarié excellentissime de compétence et de gentillesse du chantier CNI) et des travailleurs du chantier Raiatea Carénage viennent prestement à notre rescousse. A eux tous ils dégagent Oxygen. Heureusement plus de peur que de mal, Oxygen est indemne !
Ainsi nous partons maussades pour une minuscule navigation de 10 miles nautiques (environ 18km) puisque nous voulons seulement aller au motu Moute situé dans l’est de Tahaa dans le même lagon que Raiatea, sur les conseils de Marc et Gilles.

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Oxygen dans le turquoise

Effectivement c’est superbe, on est dans le turquoise avec quantité de raies pastenagues qui viennent nous saluer. Sur le motu, il y a une minuscule pension, Pirogue Api, constituée de 8 bungalows. La pension a mis en place 3 coffres mais nous préférons mouiller sur ancre par 1.5m de fond.

Barge et ses travailleurs de force

Tous les jours ouvrés, une barge arrive à vide vers 6h avec 6 travailleurs à bord, à quelques 50m devant nous. Ils mouillent par 1.6m de fond et pellettent du sable jusque vers 11h et repartent…. En fait on a appris ensuite que ce sable blanc est utilisé pour la construction. Ainsi tous les jours les gars prennent 25m3 pelle après pelle…. Ce sont d’authentiques travailleurs de force car chaque pelleté de sable mélangé à l’eau doit peser son poids, de plus il faut les soulever au-dessus de la barge….

Chaque matin nous palmons 1 à 2 heures et faisons de merveilleuses récoltes de coquillages tous plus beaux les uns que les autres… mais attention certains sont dangereux tels les cônes qui ont un dard ultra rapide. En effet la vitesse de sortie de cette arme est supérieure à celle d’une balle de revolver, c’est dire. Et en plus le poison inoculé est très venimeux voire mortel, si si….

Les cônes : coquillages magnifiques mais dangereux

Heureusement c’est à peu près le seul danger, si on excepte les raies et leur dard ultra tranchants, les requins mais gentils ici et la ciguatera si on mange du poisson de lagon …..
Bref, vous n’avez pas idée comme on vit dangereusement !

Cote est de Tahaa sous les nuages !

Au bout d’une grosse semaine on se décide à bouger. Vaillamment on change de mouillage le 28 octobre pour le motu Aïto, juste en face de Uturoa, le chef-lieu de Raiatea.
Et c’est pendant cette navigation passionnante de 10 miles que nous arrive une aventure démentielle : Mouss’Isa fait une mauvaise manipulation. En ouvrant une bouteille de vin pour l’apéro j’ai posé le tire-bouchon au-dessus de la poubelle de mer mais il n’y avait pas le couvercle… Le tire-bouchon est donc porté disparu et git au fond du lagon entre les îles de Tahaa et Raiatea…. Oui car pour comprendre il faut savoir que nous avons 2 poubelles à bord. Une classique où nous mettons tous les déchets polluants et non périssables (plastiques, métal, emballages, verre…) et tout ce qui périssables va à l’eau (épluchures de légumes/fruits, papier, reliefs des repas) et c’est très facile car il y a dans le plan de travail de la cuisine, juste à côté de l’évier, un trou avec un gros tube PVC qui descend direct sous la plateforme du carré. C’est un système uniquement possible sur les catamarans bien sûr, mais seuls les Outremer Vintage en disposent. Toutes les copines de bateau sont à chaque fois estomaquées, voire carrément jalouses !
Mais cette perte ne nous arrête pas et nous mouillons, encore, par 1.5m de fond.

Poisson Diodon, toujours flegmatique…
A la poursuite d’une raie pastenague : elle gagnera la course !!

Ce mouillage entre le reef et le motu Aïto est tranquille même si parfois un peu encombré. En effet il est très pratique car proche d’Uturoa et ses commodités. Il est rare de pouvoir faire son avitaillement aussi facilement. A porté d’annexe, 0.8mn, il y a 3 p’tits supermarchés (Champion, U et Léogite), restaurants, banques, coiffeur, boulangerie… En bref : la civilisation !

Alignement des étals du marché de Uturoa

Mais surtout il y a tous les matins un joli marché dans une halle. Au rdc les légumes/fruits/fleurs proposés par les producteurs locaux, vendus exclusivement par des femmes. Les étalages sont superbement rangés, un vrai plaisir des yeux…. Et à l’étage il y a des stands d’artisanat comme travaux sur coquillages, paréos, robes/chemises, monoï…
A la Toussaint, nous sommes allés au marché et beaucoup de stands avaient été rajoutés à l’extérieur du marché. Tous étalaient profusion de fleurs et feuillages incroyable : coupées, en pot ou en composition. Depuis qu’on est en Polynésie, nous remarquons que la population est très attentionnée pour son jardin, la végétation en général. Ils font toujours quantité de boutures, des essais de plants potagers et ont développé tout un savoir-faire autour des fleurs/feuillages pour les couronnes/colliers, les costumes de danses et les compositions florales.
Mais les couleurs étaient si gaies, si fraiches qu’on a mis longtemps à réaliser que c’était la Toussaint. Ici il n’y a pas de Chrysanthèmes. Les tombes sont fleuries de rouge, jaune, vert tendre, rose….

Raiatea est le second pôle économique de Polynésie Française, après Tahiti bien sûr.
Uturoa, chef-lieu de l’île, est le centre administratif de l’archipel des îles sous le vent.

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En balade sur les beaux chemins forestiers de Raiatea
Rivage de Raiatea

Quelques chiffres concernant Raiatea : 12250 habitants, une seule route de 99km qui suit le rivage, 5 monts culminant à 1017m, écoles jusqu’à la terminale, 1 hôpital pour les urgences, 3 pharmacies, 3 dentistes et 2 bureaux de poste !
Mais surtout Raiatea est reconnue comme « l’île sacrée », berceau du peuple et de la culture polynésienne. Elle possède le plus grand site archéologique de Mara’e de Polynésie : Taputapuatea inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco sur 2125 hectares (un Mara’e est un site politique, cérémonial, funéraire et religieux témoin de la civilisation ma’ohi).

Voilà comment pousse les ananas à 50cm du sol

Le 2 novembre on se décide à quitter le lagon de Raiatea/Tahaa pour celui de Huahine : autre perle des îles sous le vent, à 30 miles nautiques. On lève l’ancre au lever du jour et après une navigation au près d’environ 8h, on franchit la passe Avaoma face au village de Fare, chef-lieu de Huahine. On poursuit dans le lagon jusqu’à la baie Avae à 8mn au sud. C’est là que nous retrouvons avec grand plaisir les copains des bateaux Mambo (Fabienne/Alain) et Tao (Nathalie/Michel que nous n’avons pas vu depuis Cuba !!). Oxygen pose sa pioche, l’ancre dans le jargon des plaisanciers, sur un beau sable blanc.
Huahine est constituée de 2 îles : au nord Huahine Nui (nui : grand en polynésien) et au sud Huahine Iti (iti : petit) reliées par un pont. Le lagon n’est présent qu’à l’ouest, au sud et partiellement à l’est.

Carte de Huahine
Le pont reliant Huahine Nui et Huahine Iti
Anguilles sacrées aux yeux bleus

On a loué une voiture pour en faire le tour avec nos copains Tao. C’est campagne et tranquille, un relief accidenté, une cote très découpée, des coqs, des poules, des chiens partout en liberté, et surtout on a pu observer les anguilles sacrées aux yeux bleus de la rivière Faie. Le village de Fare est tout petit avec quelques commodités (1 supermarché, 2 stations-service, la Poste (OPT en Polynésie), 1 banque, écoles et le Yacht Club où nous déjeunons. Mais il n’a du Yacht Club que le nom !!

Visite du musée du coquillage avec Tao

La visite du musée du coquillage (à côté de l’aérodrome) est incontournable, Franck le propriétaire, collectionneur passionné, est intarissable et sa collection vraiment fournie, c’est un puits sans fond de connaissance.
Sur cette île il y a beaucoup de culture de pastèques, melons, taros, bananes, ignames, tomates.

Il existe ici plusieurs ateliers de paréos. Tout le processus est artisanal : le tissu est tendu sur un cadre de bois, les contour des motifs dessinés à main levée puis peint et séché au soleil…. Tout un art. Chaque artisan fait suivant ses gouts, il n’y a pas de motifs imposé. Ce n’est pas une activité réservée aux femmes, on a rencontré aussi des hommes mais il est certain que dans ce cas les motifs sont plus marqués, plus durs, font référence aux tatouages masculins, aux requins/raies alors que les femmes peignent plus volontiers des fleurs et les coloris sont plus doux, plus pastels….
Le paréo est le vêtement de base de tous polynésiens, c’est un incontournable. Les femmes adorent ce tissu léger et coloré qui leur sert tour à tour de jupe, robe, foulard ou serviette de bain. Les hommes le portent en pagne.

Oxygen dans le coucher de soleil…
Une raie Léopard rend visite à Oxygen
Un requin pointe noire parade…

Huahine compte 6000 âmes et est surnommée « l’authentique », le rythme nonchalant de Fare donne l’impression que le temps s’y est arrêté !
Dans notre baie Avae, il y a le Mahana, un bel hôtel avec quelques bungalows qui accepte les voileux comme nous (Ce qui n‘est pas le cas de tous les hôtels….parfois nous sommes chassés sans même pouvoir boire un p’ti cocktail au coucher du soleil !!). Il y a un p’ti ponton pour les annexes, le bar et le restaurant nous sont accessibles, on peut confier son linge à la laverie et en mettant le bateau sur la bouée de l’hôtel, le tuyau d’eau est assez long pour faire les pleins d’eau potable moyennant un forfait. C’est bien la première fois qu’on a cette opportunité !!

Maison du bourg de Parea sur Huahine
Paysage de Huahine

Et juste à côté, le fameux restaurant Tara tenu par une famille originaire de l’île. Je dis fameux car il est très renommé pour sa cuisine traditionnelle polynésienne, son ambiance bon-enfant et surtout son déjeuner dominical autour du four polynésien.

Pour illustrer l’accueil et le partage des polynésiens, le lendemain de notre arrivée dans cette baie nous sommes allé déjeuner chez Tara à 6 personnes (Tao, Mambo et Oxygen). Comme nous avions des tas de trucs à se raconter nous n’avons pas vu l’heure passer et alors que tous les autres clients étaient déjà partis, nous étions toujours à notre table à discuter.
Vers 15h, ayant fini la cuisine et le nettoyage, le personnel et les patrons se sont assemblés autour de quelques tables car ils fêtaient l’anniversaire de l’un d’entre eux : Coco, 55ans. Pour l’occasion sa famille est venue et ils nous ont intégré à la p’tite fête, ils ont partagé le gâteau d’anniversaire avec nous, on a dansé. Tout s’est passé très naturellement et sincèrement c’était très chouette.

Coco fait danser Mouss’Isa
Capt’ain Syl bien entouré des tata de Coco

Bien sûr nous y sommes retournés plusieurs fois avec pour point d’orgue le fameux repas traditionnel polynésien du dimanche midi. Ci-dessous le déroulé :
Four traditionnel polynésien, le Ma’a Tahiti :
Il y a une grande fosse creusée à même le sol dont le fond et les parois sont tapissés de pierres volcaniques. C’est un restaurant donc la fosse est très grande, environ 4m*2m par 1.5m de profond, mais les particuliers ont aussi ces fosses dans leur jardin d’une dimension plus modeste.
Le samedi, ils disposent au fond de la fosse un lit de morceaux de bois puis une couche de pierres de corail réfractaires, des bouquets de fines tiges de bois sont disposés verticalement pour permettre l’allumage du feu.
Le dimanche, à 2h du matin, ils allument ces fines tiges de bois qui transmettent le feu à la couche de bois inférieure. En brûlant, le feu rougit les pierres de corail. A 8h on vient poser un grand panier métallique de la taille du trou sur les pierres de corail chauffées à blanc. Ce panier contient les aliments à cuire. Le tout est ensuite recouvert de feuilles de bananiers, de grandes tôles ondulées (traditionnellement, il est recouvert de terre) et enfin de plusieurs épaisseurs de sacs de jute. Le four est ouvert à 11h00 précise et les clients sont invités à y assister.
Les aliments à cuire rassemblés dans le panier se présentent sous différentes formes : des poissons enrobés dans des feuilles de bananiers, des grandes cocottes en fonte ou en aluminium dans lesquelles se trouvent divers ragoûts (du Poulet fafa : feuilles de taro, genre d’épinard, du Pua’a chou : cochon de lait et chou…), des morceaux de potirons, des patates douces, des uru (fruits de l’arbre à pain), des Fei (banane plantain rouge-orangé) emballés dans des paniers tressés en feuilles de palmes, et aussi du dessert, du poe, morceaux de fruits broyés (papaye, bananes, potiron), mélangés avec de l’amidon, enveloppés dans une feuille de bananier avec une gousse de vanille. Une fois cuit, cette pâte est arrosée de lait de coco et délité entre deux baguettes de bois avant de servir.

Retrait du panier du four tahitien !!!
Feuilles de bananier enveloppant les aliments

L’ouverture du four est une cérémonie importante. Les différentes couches sont retirées au fur et à mesure dans un grand dégagement de vapeur, par 5 ou 6 hommes…qui se brûlent les doigts !
Le grand panier métallique est ensuite sorti du four et tous les ingrédients sont disposés sur un grand buffet magnifiquement décoré de fleurs et de palmes en tous genres. Le contenu des cocottes est versé dans des umate, des soupières traditionnelles en bois absolument magnifiques. Le buffet est prêt vers midi.

Magnifique buffet chez Tara

On trouve aussi sur le buffet du Ipo (pain banane) et du pain coco, du poisson cru mariné au lait de coco, des bénitiers (coquillage de récifs) à la sauce curry, et des fruits tropicaux en plus du poe. Bref, une quantité de nourriture incroyable, prévue pour de très nombreux convives. Ici, les gens sont très attachés à la famille, au sens élargi, cette dernière comprenant parents, enfants, grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, etc…Ce repas traditionnel est prévu pour nourrir tout ce monde-là qui se réunit le dimanche midi pour manger et chanter accompagnés par quelques ukulélés.

Musiciens au restaurant Chez Tara
Nous sommes bien accompagné !

Pour finir j’ajoute que tout le monde s’habille sur son 31. Les femmes portent de sublimes robes aux motifs chatoyants, colliers de coquillages, perles et bien sûr couronnes de fleurs odorantes. Les hommes ne sont pas en reste. Mais le plus important est leur sourire et leur sens du partage…
Huahine fut une très belle escale, on y reviendra forcément…
Pour l’heure on décide de repartir pour Raiatea, faire découvrir à Tao nos bonnes adresses à terre. Ainsi, le 16 novembre, nous remontons tout le lagon au moteur (pétole) et sortons par la passe Avapehi. 3h de navigation tranquille et nous voilà devant Raiatea et plus précisément la passe Te Ava Moa. Cette dernière est très spéciale car c’est la passe Sacrée. C’est via cette passe située au SO de Raiatea que sont arrivés les premiers polynésiens, en tout cas, c’est la légende.
Bien elle sûr elle est située juste en face du plus grand et fameux Mara’e polynésien.
Puis on mouille juste à bâbord de la passe par 2 mètres de fond, tranquille !! Tao en fait autant à 100m de nous. On fait de belles plongées d’exploration, les fonds de la passe sont superbes, le corail est multicolore et fourmille de poissons, murènes, raies, coquillages dont de magnifiques grosses porcelaines. Par contre on y voit aucun requin, c’est très surprenant surtout pour une passe.

Ferme perlière dans le lagon de Raiatea/Tahaa
Madame la Murène est curieuse !!

Puis le 19 nov on retourne au Motu Aïto face à Uturoa.
On a quelques emplettes à faire en prévision de notre prochaine navigation et séjour sur l’atoll de Mopelia que Christine et Gilles du bateau Boreas ont la gentillesse de nous faire découvrir.
Mais je laisse soin à Cap’tain Syl de vous en faire ultérieurement le récit….
A très vite….

Némo vous dit à bientôt…