Nov 2021 : Maupiti

Partie sud du lagon de Maupiti avec la passe depuis le point culminant

Après 2 mois d’été indien en France, nous retrouvons Oxygen, toujours aussi beau et sage au ponton du chantier CNI sur l’île de Raiatea !
Pour ce nouveau séjour à bord, nous envisageons de retourner sur l’île de Mopelia tout à l’ouest de l’archipel des Iles Sous Le Vent. Rappelez-vous, nous y sommes déjà allés il y a 1 an. Cet atoll où vivent une quinzaine de personnes de la culture du coprah nous avait enchanté et avions prévu d’y revenir.
Mopelia fait partie de la commune de Maupiti même si c’est situé à plus de 100 miles nautiques (180km) et les concessions de cocotiers sont uniquement allouées à des habitants de Maupiti. Cependant, aucune goélette régulière ne dessert Mopelia et le bateau qui récupère les sacs de coprah n’y passe qu’environ tous les 18 mois !!!
Ainsi tous bateaux se rendant à Mopelia passe traditionnellement à Maupiti pour prendre en charge des colis que les familles des copraculteurs préparent.
Et comme nous ne connaissions pas encore Maupiti, nous avons décidé d’y faire escale une grosse semaine…

La fameuse passe de Maupiti

Encore faut-il que la météo soit de la partie, pas seulement pour la navigation, mais aussi pour entrer dans le lagon. En effet la passe de Maupiti est réputée pour sa dangerosité dès que la mer est un peu forte, surtout par houle de sud / sud-ouest. Rapide explication : Le lagon ne peut se vider que par cette petite passe ce qui créé un fort courant sortant. Quand il rencontre les déferlantes de la haute mer générées par un haut fond juste à quelques 150m devant la passe, la rencontre est explosive, il est alors suicidaire d’essayer de franchir la passe. Comme le dit le sketch : « y en a qu’ont essayé »… La passe de Maupiti est connue comme la passe challenge dans toute la Polynésie. D’ailleurs son nom, Onoiau, signifie en polynésien : Je te laisse entrer si je veux !!
Idéalement il faut franchir la passe au p’tit matin car ici la marée est solaire et non pas lunaire, c’est-à-dire que c’est marée basse quand le soleil est bas sur l’horizon, et c’est dans ce cas de figure que le courant de sortie des eaux du lagon est le plus faible.
Et par chance, les prévisions météo donnent peu de vent et de mer ! Nous quittons donc Raiatea vendredi 5 nov très tôt, 3h45, afin de franchir la passe en tout début d’après-midi et mouiller dans le lagon avant la nuit. La nav, 50mn, se passe très bien avec peu de vent.
Oxygen se présente devant la passe, un peu inquiet et soucieux, en tout cas super vigilant… Cap’tain à la barre et Mouss’Isa à la cartographie et vigie des bouées et alignements … Effectivement les déferlantes, déjà impressionnantes par petit temps, laissent un petit couloir. Il faut absolument suivre 2 alignements de suite, faire du rase coraux sur tribord, serrer les fesses et les coques et ouf… on est dans le chenal et d’un coup tout est calme. Même pas mal !!!

Ouf,Oxygen a franchi la passe, on est dans le chenal…… Oxygen mouillé dans le turquoise (entouré en rouge)

Ensuite c’est du gâteau, faut être vigilant sur les patates de corail mais c’est du classique. On va mouiller face au village de Farauru mais coté motu Tuanai dans 1.5m d’eau.
Quand on arrive dans une île inconnue, c’est toujours la frénésie car on a plein de chose à découvrir sur terre et dans l’eau et surtout les nouvelles rencontres avec les locaux ou plaisanciers alentour.
Mais cette fois c’est différent car en plus nous sommes en mission : contacter les familles de nos connaissances de Mopelia pour collecter les colis d’affaires et de nourriture… Maupiti couvre 12km² et compte 1200 habitants pour une île au relief tourmenté (point culminant à 372m) entourée de 5 motus en périphérie du lagon. Vous avez compris, retrouver les familles sera un jeu d’enfants !

Carte de Maupiti

Ci-dessous encart de Cap’tain Syl : Traffic de Tortues Marines mis à jour !

Une belle petite tortue marine si prisée malheureusement pour elle…

C’est via les news sur radio Polynésie que nous apprenons ce mardi 9 novembre l’arrestation d’un pêcheur local trafiquant de tortues marines : « Six tortues toujours vivantes ont été découvertes et saisies à Maupiti. Elles étaient enfermées dans un local. Le maire de l’île est scandalisé par cet acte de braconnage, pourtant sanctionné sévèrement. Les tortues font partie des espèces protégées »
Les îles fort éloignées telles que Maupiti ont eu coutume pendant des siècles de consommer l’excellente tortue marine. On parle de steak de tortue car la consistance et le goût sont comparables à la viande. C’est ce qui en fait l’intérêt sur des îles reculées, loin de toute civilisation, car chacun peut comprendre qu’on se lasse du poisson !
Malgré tout, depuis quelques décennies, notre chère Civilisation est parvenue sur la majeure partie de ces îlots et a apporté, faut-il s’en réjouir, sa cohorte de « progrès ».
Cela a débuté par les appareils électroménagers dont les frigos, congelateurs et autres clim… et puis tout le reste jusqu’au réseau téléphonique, téléphones portables, internet et réseaux sociaux…
Les habitudes ancestrales très tenaces dans de tels sanctuaires en ont été bouleversées.
Certaines coutumes telle que la consommation de tortues marines (les langoustes ne sont pas loin derrière…) sont violemment impactées par les décisions mondiales visant à protéger les espèces et l’interdiction de capturer, pêcher, consommer ces animaux marins est aujourd’hui partout appliquée. Nous nous en réjouissons.
Pourtant, cela crée une rareté et donc invariablement un trafic illicite…
Paradoxalement, ce ne sont plus les îliens isolés qui recherchent ces mets réputés mais une poignée d’inconditionnels fortunés souvent basés à Tahiti, Moorea ou Bora, et prêts à débourser 100000 francs pacifiques (850€) pour 1 tortue marine apte à nourrir 5 personnes lord d’un repas festif tels que les réveillons à venir !
Ainsi, les pêcheurs de Maupiti se rendent à Mopelia avant les fêtes pour faire une razzia de tortues et déploient des trésors d’astuces pour les acheminer à leurs clients (peu inquiétés je présume…).
Maupelia la petite, à 100 miles nautiques (180km) de Maupiti, étant sous la juridiction de Maupiti, le Maire souhaite faire cesser ce trafic qui perdure depuis des années et déstabilise l’économie de la pêche en plus de prélever une espèce protégée…

D’ou ce coup de filet !!!
Grand bruit médiatique, radio tv, mais aussi énorme buzz local lorsque mercredi matin vers 7:30, nous descendons de notre pittoresque promenade et pdj au sommet majestueux de Maupiti…
Dans la rue principale, nous trouvons les habitants et les employés municipaux tous frénétiquement penchés sur Le sujet et, chose très rare dans cette île de 1200 âmes, un individu est tenu en garde à vue dans le minuscule poste de police municipale jouxtant la mairie !!!
On est au cœur de l’action.
Les sanctions encourues pour un tel délit sont lourdes : 2 ans de prison et 17 millions de francs pacifiques d’amende (près de 150 000 €). A noter que la sanction est doublée en cas de récidive…
Plus tard, le pêcheur incriminé sera amené au quai pour être embarqué pour Tahiti par avion où il sera interrogé en version plus musclée…
Comme chacun peut l’imaginer, nul ne peut pêcher la tortue marine seul et ce pêcheur a sans doute de nombreux complices dans l’île, va t-il craquer et livrer ses complices?
Suspense très tendu ici car certains de ses confrères pêcheurs semblent inquiets et concernés. Dans tous les cas, l’image
de la pêche ici est écornée…
Nous avons droit au discours courroucés de certains pêcheurs « réguliers » qui s’offusquent du vacarme médiatique négatif autour de leur profession.

Avec le pêcheur Nounou, contrarié par la mauvaise publicité du trafic de tortues pour sa profession

Nous apprendrons le mercredi que le prévenu est le neveu de nos amis…
Dans une petite île, chacun est toujours le cousin de quelqu’un…
L’ambiance est morose mais chacun sait ici, sur une Maupiti ou tout le monde a déjà consommé de la tortue, que le trafic existe et qu’il convient d’y mettre fin un jour.
Saluons ici le courage de la municipalité dans cet engagement.

Merci Cap’tain pour ce récit.

L’incroyable camaïeu de bleu du lagon parsemé de nombreuses patates de corail

Des amis de Raiatea nous ont donné des contacts sur Maupiti : Josée et Gérald qui habitent sur le motu Tuanai. Une très belle rencontre, on aura passé beaucoup de temps ensemble. Ils aiment à partager leur culture et art de vivre. Josée est originaire de Maupiti et Gérald de Tahiti. Ils ont beaucoup voyagé et leur vie professionnelle a été bien remplie, leurs vies sont riches d’expériences… désormais ils apprécient grandement la vie tranquille sur leur motu. Par exemple on a passé en leur compagnie toute la journée du 11 nov sur leur bateau sur le lagon avec picnic à bord, plongée avec les raies (manta, léopard et pastenague) et recherche de coquillages. Josée en est très férue et m’a enseigné quelques-unes de ses techniques… j’adore !! Journée très fructueuse…

Belle journée sur le lagon avec Josée et Gérald à bord de leur bateau

Raie Manta de 5 mètres, ça parait pas sur la photo mais énorme !!

Le tour de l’île en randonnée pédestre par l’unique route, 10km, est un must et si facile. Un pur bonheur : population très accueillante comme dans toutes les îles que nous avons eu le bonheur de visiter en Polynésie, maisons et jardins soignés, peu de voiture et beaucoup de vélos, abords de la route très propres…

La plage de l’île principale de Maupiti

Production de vanille, sous haute protection…. et plage proche de l’aéroport


Par contre, ce n’est pas la peine de venir pour faire du lèche-vitrine ! Il n’y a que des épiceries avec le strict nécessaire : riz, pâtes, poulet congelé, sucre, huile etc etc mais pas de bœuf par exemple… et coté fruits et légumes c’est nada. Parfois les habitants disposent devant leur maison une table avec quelques fruits du jardin à vendre… Mais souvent on vous les offre avec un sourire en prime… ou alors il n’y a personne pour assurer la vente, dans ce cas, on prend les fruits sur lesquels le prix est marqué au feutre et le challenge consiste à trouver la boite où mettre l’argent… ou le glisser sous une porte avec un p’tit mot !!

Vente des légumes : une affaire de femmes ….

La queue quotidienne pour le bureau de poste, seule possibilité pour obtenir de l’argent liquide car il n’y a pas de DAB !!!………. et Mouss’Isa avec le Maire (Tavana en polynésien) de Maupiti.

Pour les légumes il y a un p’tit marché le vendredi matin à côté de la mairie, faut y aller tôt car dès 8h il n’y a déjà plus beaucoup de choix. En effet les polynésiens se lèvent très tôt, généralement vers 4h du matin !! Comme il y a trop peu de légumes par rapport à la demande, les gens passent commande dans la semaine et quand les marchandes arrivent, elles commencent par fournir ces précommandes et ensuite seulement on peut acheter les légumes mais il n’y a déjà presque plus rien. Finalement j’ai pu acheter 2 choux blancs, 1 pastèque et des poivrons…. Mais toutes les belles tomates, concombres, citrons etc etc me sont passés sous le nez…. Fallait commander !

Nounou livre les thons pêchés pour Gérald, fameux cuisinés par Josée…. et exemple des énormes leurres utilisés

Et le plus compliqué paradoxalement c’est pour acheter du poisson ! bien sûr il y a des pêcheurs qui vont au large pour le thon, le mahi mahi (daurade coryphène), l’espadon …. Mais il n’y pas de criée, encore moins de poissonnerie. Il faut donc être au quai pile quand ils arrivent et même dans ces conditions ce n’est pas gagné car souvent le poisson est déjà réservé pour les pensions, voire des hôtels de Bora Bora, voisine de seulement 22 miles nautiques (environ 40km). En résumé, le poisson est déjà vendu avec d’arriver au quai…. Mais c’est sympa d’aller à la rencontre des pêcheurs, de découvrir leurs bateaux équipés de moteurs in-bord de 200 à 350ch, les cannes à pêche avec les énormes moulinets Shimano qui valent une fortune, les lances à 5 pics avec ardillons et surtout les écouter raconter leurs techniques de pêche. Par exemple pour le mahi mahi, il faut une mer très formée avec des vagues de 2/3 mètres, repérer l’endroit où il y a un mahi mahi grâce aux oiseaux et aux petits poissons qui sortent de l’eau car chassés par le mahi mahi. Ensuite le pêcheur se met à la hauteur du mahi mahi, le poursuit, le colle au mieux et lance son pic pour le harponner, le laisser se fatiguer un peu et le remonte enfin sur le bateau. Je précise que les pêcheurs sont seuls à bord… Je peux vous dire qu’ils sont athlétiques, taillés en V !!

Le restaurant Tarona : avec Josée et Gérald …. et le p’tit salon détente du resto avec un fameux client : l’homme au bandeau est le champion actuel de coupe de noix de coco (discipline officielle des jeux polynésiens).

En résumé sur l’île il y a : une mairie, un bureau de poste avec des boites postales (le facteur ne fait pas le tour des maisons), écoles jusque la classe de 5ème avec cantine et bus scolaire, un dispensaire avec un médecin généraliste et infirmières, un hangar pompier, un poste de police municipale, une station-service au quai de déchargement, une boulangerie, un aéroport datant des années 80 situé sur le motu Tuanai, un restaurant (cuisine locale sans chichi mais fameuse, ouvert uniquement en semaine le midi), 22 pensions de familles pour environ 250 touristes au total mais pas d’hôtel, pas de banque et pas de DAB !

Depuis le point culminant à 372m

La descente par la crête Sud Est…. Le petit motu Paeao

Autre façon de profiter de Maupiti, pratiquer la randonnée jusqu’au point culminant. Nos on l’a fait 2 fois !! En fait on a voulu tester 2 chemins de descente, il a donc fallu monter 2 fois aussi…. La bonne technique consiste à partir dès 5h30 avec le p’ti déj dans le sac à dos, à la fraiche et pouvoir grimper léger. Le chemin est bon, bien indiqué, pas trop raide avec des cordes pour s’aider dans les parois rocheuses. La vue depuis le sommet vaut largement la peine. En plus il y a des rochers bien disposés qui permettent de s’installer confort pour prendre le p’tit déjeuner en contemplant le lagon et ses mille nuances de bleu, la passe, les motus… Sublime !
Et voilou une rapide présentation de Maupiti la Tranquille, juste un avant-gout, un teaser, pour nous donner envie d’y retourner plus longuement… Si la passe veut bien de nous !!
A bientôt pour nos retrouvailles avec Mopelia… Kiss Kiss

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