Déc 2020: Mopelia, Bora, Tahiti.

Atoll de Mopelia (Maupiha’a en polynésien) dans l’archipel des îles sous le vent.

Découverte d’un lieu de Paradis pour OXYGEN et son équipage !
Nous quittons Raiatea à l’aube du dimanche 23 nov pour Mopelia, ou Maupiha’a en polynésien.

Oxygen dans la passe étroite de Mopelia
Motu de l’atoll de Mopelia

Le minuscule atoll visé est excentré et donc peu visité du fait de son éloignement.
Il est situé à 500 km de Tahiti, l’étroitesse de l’unique passe conjuguée à l’absence d’aérodrome en fait un atoll du bout du monde presque inhabité…
L’île la plus proche est Maupiti, qui se trouve à 100 Miles (185km) au vent, soit à l’est.
Le point le plus haut de Mopelia ne dépasse pas 2 mètres au-dessus du niveau de la mer (sans compter les cocotiers), et le nombre d’habitants, est aujourd’hui de 17 âmes.
Ce sont ces aspects hors du temps que nous recherchons sur Oxygen !
Il nous faudra une journée + une nuit afin de rallier ce récif corallien.

Carte de Mopelia

Oxygen s’invite dans la très étroite passe « Taihaaru Vahine » (la femme qui pêche) en milieu de matinée le lundi 24 nov.
20m tout au plus séparent les 2 bords de la passe et un mascaret extérieur souligne un courant sortant, pratiquement tout le temps installé dans ce sens, plus ou moins fort.
Quelques instants « suspense » suffisent à franchir les 200m de passe et nous voici dans le lagon turquoise ! Ouf.

Oxygen dans la passe de Mopelia

Le lagon est vaste et dégagé, des patates de corail sont signalées çà et là donc toute navigation implique une veille visuelle attentive.
L’un des atouts de Mopelia réside dans les 4 zones de mouillages distinctes.
Ainsi, selon les vents, une protection correspond forcément pour mouiller.
Et on peut ajouter qu’on traverse le lagon en voilier en 2h max, donc surveiller la météo quotidiennement apporte l’assurance de pouvoir anticiper et dormir tranquille et à plat.
Bien entendu, cela est vrai hors risque cyclonique…
Nous mouillons sous le vent d’une île fourmillant d’oiseaux marins de toute sorte, l’éclosion des milliers d’œufs de sternes, fous de Bassan et frégates vient d’avoir lieu…

Ballade sur un motu où de nombreuses espèces d’oiseaux nidifient (Sternes, Frégates, Fous)

Quelques requins pointe noire surveillent l’enfouissement de l’ancre d’Oxygen.
Visitant un îlot face au mouillage, nous faisons la connaissance du kaveu (prononcez kavéou).

Crabe Kaveu en ballade… pas longtemps avec Cap’tain Syl …

C’est un sympathique crabe de cocotier dodu et muni de redoutables pinces.
Il se nourrit de coco et, s’il sait les ouvrir et les déguster, il n’a aucun problème, contrairement à votre serviteur, à grimper les décrocher…
Si les spécimens sont souvent de taille moyenne, il existe aussi des gros pépères…
Les attraper est un sport dangereux en ce sens qu’on peut y laisser des doigts…. mais une fois sorti de la cocotte-minute, la récompense est là…. un délice !

Festin de Kaveu à bord d’Oxygen

Puis, grâce à Gilles du bateau Boreas, nous avons la chance de tester sa méthode de pêche à la langouste de jour à pied sur le bord pierreux corallien de l’atoll, balayé par les vagues…
Il s’agit de parcourir acrobatiquement ce platier glissant et truffé de cavités et pièges à pieds ou plus si affinité…

Cap’tain Syl sur le platier dés 5h30, paré pour traque aux langoustes…

Dès qu’une cavité se fait jour, s’agenouiller, éventuellement y jeter un coup d’œil équipé d’un masque de plongée, y enfouir les mains afin de déceler si une langouste niche en ce lieu insolite.

Leçon de traque aux langoustes par Gilles…

Si la vague à l’affût ne vous submerge pas, si une murène ne vous bouffe pas la main, la langouste peut surgir des ténèbres humides entre vos doigts…

Les vagues venant du large ne laissent pas de répit aux chasseurs de langoustes…

Euh ? Que dire de cette pratique ?
A la loyale, sportive, pêche réservée aux esprits jeunes et motivés, surtout ceux munis de quelques chevilles et poignets en spare…

Enfin, une copine langouste débusquée !!

Et je souligne que, à l’aube et bien chaussé, la ballade à pied sur le platier est féérique.

Muréne et Mouss’Isa sur le platier

Plongée dans la passe de Mopelia

Nous avons aussi la chance de réaliser plusieurs apnées dans la passe étroite. Le dinghy en laisse, nous nous laissons dériver au gré du courant sortant, soit de 3 à 5 nds. Le spectacle est au rdv avec des dizaines de requins, de beaux barracudas, raies Manta, deux napoléons et des milliers de carangues… en sortie de passe, au bord du platier, on découvre les restes de l’épave du fameux Seeadler….
Cette épave, aujourd’hui presque totalement rongée par les caresses de la houle du pacifique, révèle une aventure étonnante, celle du comte Felix von Luckner, qui ne fut ni pirate ni corsaire…

Felix von Luckner à coté du canon du Seeadler, parc Bougainville à Papeete en 1940

Que les curieux se précipitent sur le lien https://fr.wikipedia.org/wiki/Felix_von_Luckner car l’aventure vaut franchement le détour…
Pendant la 1ère guerre mondiale, ce fameux Seeadler a parcouru Atlantique et Pacifique et coulé près de 20 navires sans jamais faire une seule victime (!!!), une curieuse façon, et un exemple non suivi, pour ce commandant allemand de faire la guerre !
Surtout que le personnage mourra dans son lit en Suède à 84 ans… de quoi rendre curieux, à vos recherches !!!

L’ancre, vous aviez deviné !!, du Seeadler

Nous changeons de mouillage pour le sud-est du lagon et notre très faible tirant d’eau nous autorise à côtoyer les tendres fonds de sable de moins d’1m. C’est ainsi que nous profitons des eaux turquoises de cet endroit paradisiaque pendant plusieurs jours !!!

Tandis que les îlots sous le vent sont épars et disjoints, la bande de terre au vent est soudée et forme un long croissant de 8km de long. Il y a un chemin qui le parcourt. Nous l’empruntons à pied et parcourons 4km puis retour, l’occasion de faire connaissance avec les quelques locaux principalement occupés à la récolte du coprah. Après un échange respectant les mesures barrières (…), Rava et Terai nous invitent spontanément à déjeuner pour le vendredi suivant, nous acceptons avec joie.

En compagnie de Terai et Rava, chez eux

De part et d’autre du chemin, les milliers de cocotiers laissent place à quelques habitations précaires mais bien entretenues, certaines avec de superbes potagers comme chez Albert et Dona qui nous offrent des tomates et des concombres de leur jardin !!!

Avec Dona et Albert

Ils disposent en outre de citrons, mangues, papayes, haricots verts, bananes, uru et même d’un beau poulailler clôturé avec des pondeuses !
Je souligne aussi que Dona adore cultiver les plantes décoratives, notamment des plantes grasses, elle dispose religieusement de nombreux pots et les surveille quotidiennement, de quoi rendre Isabelle jalouse, car Isabelle en goguette à l’autre bout du monde quasi tous les 4 mois ne parvient pas à entretenir ses jolies plantations de St Hilaire sur Yerre !
Noter que ces aménagements sont le fruit d’années d’entretien et peuvent disparaître au moindre passage cyclonique…
Nous sommes admiratifs de la façon dont la vie s’organise en presque totale autarcie sur cet atoll reculé et dépourvu de tout, Maupihaa.
Précisons qu’à une exception près, aucune maison ne dispose de réfrigérateur ni congélateur.
Bien entendu, l’atoll est dépourvu d’électricité et de téléphone, même de réseau mobile.
L’usage d’un frigo nécessite une installation parc batteries et panneaux solaires onéreuse.
Toutefois, en cas d’accident grave ou d’urgence médicale, un élu parmi les locaux dispose d’un téléphone satellite Iridium mis à disposition par le gouvernement polynésien.
Si nécessaire en urgence, seul un hélicoptère peut venir depuis Raiatea pour evasaner (C’est un raccourci de évacuer-sanitaire!) le malade. Chose très rare, ces polynésiens sont trop fiers pour faire appel à ces mesures coûteuses pour le territoire département et ils préfèrent partir en bateau à Maupiti au dispensaire.
Il convient de rappeler qu’un speed boat de Mopelia vers Maupiti met 6h avec une mer dure et des secousses peu agréables en général et insupportables pour un blessé/malade…
Une partie de la Polynésie est dans ce constat : un peuple digne, habitué et prêt à souffrir pour mériter le paradis sur terre.
Quelques jours passent et nous quittons ce mouillage vers le nord de l’île ou nous rencontrons Adrienne et sa fille Faimano qui sont les piliers de Mopelia.
La famille de Marcello et Adrienne a reçu tant de plaisanciers tous unanimes pour décrire la chaleur et la gentillesse de leur accueil et la plénitude des séjours passés en leur compagnie.

Adrienne et sa fille Faimano, leur cochon Gourmet.

Vendredi fait jour et nous nous rendons chez Rava et Terai pour le déjeuner.
La plage est propre et les abords de leur jolie maison sont soignés, pas une feuille tombée ne vient entacher ce lieu tout préparé pour le festin préparé ou Mā’a local.
Nous avons apporté des boissons et le fameux gâteau au chocolat d’Isabelle !
Nous leur donnerons aussi quelques denrées usuelles d’épicerie type pates/ris/café…
C’est le bon vieux troc que l’on pratique beaucoup entre gens de bateau et les locaux polynésiens…
Ces derniers apportent leur aide, savoir-faire, les fruits et les conseils, aussi du poisson, des langoustes, sans oublier un accueil hors du commun…
De notre côté, nous sommes à même de les dépanner pour les produits de première nécessité puisque nous côtoyons plus aisément les épiceries en voyageant.
De leur côté, le barbecue de langoustes pêchées la nuit précédente sur le platier est prêt.
La cuisson des langoustes est une spécialité de Terai et il prend soin de les ébouillanter avant le BBQ, excellente méthode, sans parler de la sauce de cuisson… tout un art culinaire que nous apprécions énormément.
Nous dégustons ces mets de Roi accompagnés de salade verte du jardin, de riz et de poisson cru au lait de coco, nous passons un moment délicieux et les papilles sont au top !!!

Reception chez Rava / Terai avec les voisins Angélique et Terehau…

En parcourant l’unique chemin balayant l’île du nord au sud, nous avons dit à qui voulait bien l’entendre que nous étions friands de poissons pélagiques. En effet, les poissons de lagon présentent un risque de ciguatera que je ne souhaite pas prendre, compte tenu de l’éloignement et des antécédents médicaux.
Il va sans dire que par ci par là, nous en consommons dans les occasions nombreuses qui nous sont données de déguster le fameux poisson cru au lait de coco, c’est suffisant…
En revanche, une consommation quasi quotidienne de poissons de lagon est risquée.
Ainsi, nous précisons que les poissons du large, qui ne consomment que peu de poissons de corail, sont nos préférés.
Il s’agit de la famille des thons, thazars, dorades coryphènes, marlins, espadons… bref tout ce qui se ballade loin des îles dans le bleu !!!
Ainsi, un matin tôt, Albert passe nous voir à bord et nous propose de nous emmener à la pêche à la traîne autour de l’atoll pour taquiner les thazars et plus si affinité…
Nous acceptons bien volontiers et regrettons de n’avoir eu la délicatesse de provisionner un peu d’essence pour participer à la sortie…

Sortie de pêche avec Albert et ici remonté d’un thazar

A l’heure dite après le déjeuner, Albert passe nous récupérer et nous voilà partis pour une sortie d’une bonne heure avec comme récompense quelques beaux spécimens dont un se fera proprement cisailler par un requin à quelques mètres de la barque lors de la remontée de la ligne !

Les poissons n’ont qu’a bien se tenir avec une équipe pareil …

En nous raccompagnant, Albert prend la peine de nettoyer les poissons et en conserve deux filets pour Dona et lui puisque pas de frigo pour conserver plus d’une journée.
De notre côté, notre frigo dispose d’un compartiment freezer qui est l’unique congel du bord et qui nous est fort utile !!!

Frénésie des requins pointe noire et gris quand on jette les bas morceaux de thon et thazar…. Fait pas bon aller se baigner….

Cela fait bientôt trois semaines que nous sommes sur Maupihaa, le temps passe très vite lorsqu’on côtoie le Paradis et il va falloir songer à rallier les îles sous le vent pour passer Noël avec Jane et Marc, nos amis de Deauville, voici 30 ans.

Les habitants de Mopelia à bord, ce fut un grand moment….

Avant de partir, nous organisons un Mā’a à bord d’Oxygen et convions les amis rencontrés lors de ce trop court séjour.
4 familles locales accompagnées de Gilles et Christine, nos amis de Boreas.
Ainsi, nous sommes 12 à bord et pour s’accoutumer aux repas de fêtes à venir, nous composons un menu comportant des mets introuvables et rares sur Maupihaa : viande rouge et foie gras… et bières fraîches à volonté !!!
Mā’a à bord d’Oxygen à Maupihaa :

Apéritif et salés
Toasts Foie gras (pain frais Boreas)
Salade de choux du jardin Adrienne
Poisson cru du lagon Rava/Terai
Viande grillée New Zealand
Gratin pomme de terre signé Isa
Riz Angelique/Terehau
Salade verte du jardin Rava/Terai
Mousse Chocolat Isa
Crêpes chocolat Angelique/Terehau
Accompagnés de :
Jus de Coco frais
Bière & Vins fins
Cafés

Cap’tain Syl et gilles en pleine cuisine…

Le Mā’a est fort apprécié et nous quittons la table à 17h…
Certains auront beaucoup apprécié la bière fraîche à volonté, et le reste !
Avant de lever l’ancre le lendemain, nous passerons dire un au revoir, à bientôt l’an prochain à nos amis et les remercions de tant de générosité et de gentillesse.
Dans un an, nous serons là c’est certain !
Du reste, Albert nous a promis de nous apprendre à pêcher le varo… vivement demain !

Par ici la sortie…. A bientôt Mopelia !!!

Notre séjour à Mopelia ou Maupihaa, a été riche en rencontres, expériences et joies !
Le retour vers l’Est est naturellement contre le vent dominant. Dans ce cas on est au près et devons tirer des bords, c’est le vocabulaire marin. Le profane dirait : faire des zigzags mais Cap’tain Syl ne le permettrait pas à son bord. Sacrilège !!
L’adage dit que dans ce sens, c’est « deux fois la Route, trois fois le Temps, quatre fois la rogne »

Trace de nos navigations : en bas la route aller et en haut la route retour en zigzag…

Nous rejoignons les copains Tao à Bora Bora pour quelques jours afin de partager nos découvertes respectives.
Ainsi nous arrivons vers 2h du matin par une nuit sans lune… La passe est large et bien marquée par les marques latérales rouges et vertes en théorie…. Finalement contrairement à souvent tous les feux étaient bien là et en service. L’atoll de Bora est fortement lumineux du fait des infrastructures touristiques et quelques bateaux de croisière y circulent même la nuit. Du coup il m’a fallu un peu de temps pour distinguer les feux spécifiques de la passe du lagon…. mais tout va bien et nous prenons une bouée face au yacht club. C’est une zone accessible depuis la passe sans danger de hauts fonds !!
Dès le lendemain Tao et Oxygen décident d’aller prendre une bouée devant le fameux restaurant Bloody Mary, une institution ici… Mais c’est fermé pour toute la semaine, et heureusement car finalement on apprend que la prestation a bien changé et n’a d’excellence que sa renommée…. de plus le mouillage n’est pas confort en raison des revolins, vents engendrés par le relief pour le moins escarpé.
On les appelle vents catabatiques, rafales soudaines et violentes désagréables.

En rando, sur la très belle Bora

On se consolera par de belles randonnées sur les hauteurs, une soirée au Yacht Club toujours très sympa et correct côté culinaire/accueil… et un dîner à l’hôtel Intercontinental avec spectacle de danses polynésiennes. Belle prestation même si ça paraît plutôt surfait dans un hôtel avec des spectateurs popaa (terme désignant les personnes non polynésiennes, ça veut peau brûlée et non pas peau pâle comme communément pensé !) plutôt que vécu au sein d’un festival fait par les Polynésiens pour les polynésiens au cours duquel ils se lâchent complet et sont « pur jus » si je puis dire.

Entouré de la la troupe des danseurs polynésiens à l’Intercontinental
Subtil dégradé de couleurs de Bora….

On passera 5 nuits à Bora puis à la faveur d’un bienvenu vent de nord, nous levons l’ancre samedi 19 décembre pour Raiatea.
Et là c’est la nav de rêve, trop courte.
Pas de mer, vent nord de 15 nœuds, bâbord amure, allure travers : on a envoyé toute la garde robe d’Oxygen, grand voile et solent. Oxygen s’est exprimé allègrement en filant, presqu’en volant, à 10 nœuds … on a mis 3 heures pour arriver à la passe Paipai.


Oxygen sous voiles entre Bora Bora et Raiatea

On retourne au mouillage Aïto face à Uturoa pour faire des emplettes…
On invite Jane et Marc à déjeuner à bord le dimanche et pour faire honneur à ces invités de marque Oxygen se pare du grand pavois !!

Oxygen sous grand pavois : ça en jette !!!!

Mais il faut déjà songer à retourner au ponton du chantier CNI. En effet les fêtes de fin d’année constituent la principale période de vacances en Polynésie car ici c’est l’été et donc comme en France en août beaucoup d’entreprise ferment.
Ainsi du 20 décembre au 11 janvier il n’y a aucune prestation dans la zone chantier !!
Une place au ponton est libre mais ne peut être garantie quand le staff est absent.
En effet un ponton est comme une place de parking en ville, physiquement rien n’empêche un bateau de s’y amarrer.
On décide donc de mettre Oxygen au ponton dès le lundi 21 décembre, tout se passe bien, et du coup on a le temps tranquillement de préparer notre départ prévu le vendredi 8 janvier de Papeete pour Paris.
On s’organise : travail à bord le matin et ballade/repos/copains l’après-midi.
En tout cas cette période n’est pas propice à la diététique !!
Réveillon et déjeuner de Noël chez Marc et Jane…Admirez notre Père Noël !!

Oxygen aussi a droit à sa déco de Noël…

Idem pour le Réveillon du Nouvel An auquel se joignent les Tao.

Réveillon du Nouvel chez Jane et Marc en compagnie de Nathalie et Michel de Tao

Par ailleurs on a pris le temps de faire le tour de Raiatea, 99km, avec Jane et Marc en 3 jours avec 2 nuits à la pension Te Maeva dans le sud-est, PK23. Oui c’est une particularité des îles polynésiennes, il n’y a qu’une route périphérique et les adresses sont indiquées par leur position par rapport à une borne PK0 définie dans le chef-lieu, donc à Uturoa pour Raiatea, au nord de l’île. Ensuite il y a les PK Est quand on tourne dans le sens horaire et Ouest pour le sens anti horaire.
C’est le même principe à Tahiti aussi par exemple, avec le PK0 situé à la cathédrale de Papeete.

Rando sur Raiatea

Ainsi on a pris le temps de visiter le parc botanique, enfin c’était un peu humide car une belle pluie tropicale nous a surpris et nous avons dû rester à l’abri un p’ti bout de temps.

Roses de porcelaine du parc botanique

Le clou du spectacle de cette virée étant Taputapuatea : LE Mara’e sacré et de premier ordre dans les traditions polynésiennes. La légende dit que c’est par la passe sacrée et sur l’emplacement actuel du Mara’e que les premiers polynésiens ont touché terre… tout est sacré ici. Pour des « ignorants » comme nous 4, faire une visite sans guide ne revient qu’à voir des vieilles pierres volcaniques bien rangées… donc Syl s’est mis en quête d’un guide (ce n’est pas le Louvre ici, aucun guide n’est proposé…).
Mais il ne faut pas mourir de faim non plus, mais j’ajouterais en accord avec Jane qu’avec Marc et Syl c’est chose impossible !!
On va donc déjeuner à l’hôtel Apiapiti. On y fait la connaissance de la propriétaire de ce bel établissement de 8 bungalows, contigu au Mara’e : Marie Claude Rigaud. Elle est arrivée il y a 24 ans, est passionnée de culture polynésienne et a fait des recherches poussées concernant les vagues successives et circuits de peuplement de toute la Polynésie : île de Pâques, Nouvelle Zélande, Fidji, Hawaï etc etc et bien sûr est une spécialiste du Mara’e. Elle fut la seule femme et unique popaa associée au conseil des sages pour monter le dossier d’instruction pour l’inscription du Mara’e à la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Elle ne fait plus guide ordinairement mais exceptionnellement c’est elle qui nous en fera la visite : encore un coup de force de Cap’tain Syl….

Site du Mara’e Taputapuatea

Avec Marie Claude, chaque pierre du site a un vécu et est révélé à nos yeux même si elle ne nous raconte qu’une infime partie de la culture polynésienne…. Elle a aussi ses convictions personnelles et libre à vous de les partager ou non, tout comme de nombreux chercheurs…mais elle est honnête et argumente sérieux…
Par le passé, toutes les îles du triangle polynésien (pas seulement les archipels français actuels) envoyaient une délégation à une célébration rituelle périodique sur ce site sacré polynésien nommé Te Po « là où les dieux résident ». Mais une année les festivités ont mal tourné et un prince a été tué. Les sages ont donc décidé de punir toutes les communautés d’interdiction de revenir sur le Mara’e sacré.
Ainsi les sages l’ont renommé Taputapuatea.
TAPU veut dire interdit d’y aller, interdit d’en parler (c’est d’ailleurs de là que vient le mot TABOU qu’on emploie en français, le U se prononce toujours OU et le P est équivalent au B). Le fait de répéter 2 fois enfonce le clou : Formellement interdit !!
Et ATEA fait référence AUX PERSONNES EXTÉRIEURES.
Donc Taputapuatea : Formellement interdit aux personnes étrangères à l’île de Raiatea.
Pendant des décennies ce lieu est resté interdit puis les sages ont récemment levé ce tabou et des délégations des 4 coins du triangle (énigme géométrique…) ont recommencé à venir célébrer les ancêtres il y a environ 10ans. Marie Claude a pu observer ces célébrations et peut témoigner que la foi est encore vivace et très suivie.
Les habitants d’Opoa, village où se trouve le Mara’e, sont comme des « gardiens » de ce dernier et de ses traditions. Ils sont tenaces et peuvent s’opposer aux décisions administratives avec forces et démonstrations comme couper les oreilles des chiens en signe de déclaration de guerre !!
Il est impossible de tout vous raconter tant c’était dense et riche d’instruction et en plus on n’a pas enregistré !!
Les neurones ont chauffé !
Du coup on a déjeuné une seconde fois à Atiapiti et c’était encore très bon, Marie Claude est aussi au fourneau !

Ponton de l’hôtel Atiapiti dans les eaux cristallines

Pour finir, évoquons le tour de l’île: la route est belle, bordées de mille crotons multicolores et en second plan la pleine nature exubérante reprend ses droits, c’est très beau, tranquille. Les gens disent tous bonjour quand on passe et quand on se balade à pied ils s’arrêtent spontanément pour vous prendre en stop !!
Pour finir en beauté, Syl se tort la cheville gauche au chantier le lundi 4, béquilles/crème/bandage : le trio classique. Et comme d’habitude ça tombe mal car nous avions décidé de partir dès le lendemain, mardi 5, par le premier avion pour Tahiti et ainsi y passer 4 jours de découverte avant notre vol pour Paris.
Donc chaise roulante et vahiné à l’aéroport … etc etc

Les exploits de Cap’tain Syl !!
Depuis la piscine du restaurant Le Belvédère avec Papeete en contrebas et Moorea au loin
Feu quotidien des feuilles du jardin sur la plage de sable noir de la maison de Annie et Claude

A Tahiti, Annie et Claude du bateau Moemiti, un sistership d’Oxygen, nous accueillent dans leur belle maison en bord de mer au sud de Papeete. C’est par l’intermédiaire de Jane et Marc que nous les avons rencontrés à Huahine dernièrement et bien sûr le fait d’avoir le même bateau crée des liens… Ils nous consacreront gentiment beaucoup de leur temps à nous faire découvrir Papeete qu’ils connaissent par cœur puisque Annie y est née et Claude est en Polynésie depuis 40 ans….
Papeete est une vrai fourmilière pouvant paraître anarchique. Architecturalement, Haussmann n’est passé par là ! Mais on s’y repère très vite.

La belle cathédrale de Papeete

Bien sûr on fait le tour des shipchandlers, magasins de jouets pour les gens de bateaux. C’est une nécessité mais aussi un grand plaisir pour Cap’tain Syl.
On forme 2 groupes : Claude/Syl aux ship et Annie/Mouss’Isa aux tissus…. trop cool cette fois-ci !!
Je vous rappelle que Syl est en béquilles: trop simple !!
Tous les polynésiens parlent des embouteillages monstrueux de Papeete mais je vous assure que c’est très vivable par rapport au périf parisien !!

Superbes StreetArt dans Papeete…
Carte de Tahiti

On fait aussi tout le tour de Tahiti Nui et Tahiti Iti.
Et quelques 10km au nord et au sud de cette grande ville tout redevient calme et presque champêtre.
Quant à Tahiti Iti « la presqu’île », c’est encore plus tranquille !!
Le relief empêche la route d’en faire le tour complet.
Au nord Tautira est la dernière bourgade et au sud la route s’arrête au spot de surf mondialement connu de cette communauté de beaux gosses à mèches blondes, peaux hâlées portant short Billabong : la vague Teahupo’o.
Ce gros tube de glisse réputé mais aussi redouté car dangereux…
D’ailleurs elle a été désignée par le comité d’organisation des J.O. de Paris en 2024 pour les épreuves de surf.

La VAGUE Teahupo’o (photo dénichée sur internet)

Lors de notre passage, le temps était calme et la houle pas assez conséquente pour lever cette fameuse vague Teahupo’o, on y retournera !
Pour notre dernière nuit on décide de rester sur Tahiti Iti dans une pension de luxe.
Et là patatras : Mouss’Isa loupe une marche avec le plateau du p’ti déj. Salto avant, double axel et récupération sur les mains… dans le verre brisé : Résultat 3 points de suture à la paume gauche par le toubib du patelin voisin pratiqué presque sur la table de la cuisine. Super, ainsi pas besoin de passer à l’hosto.
Mais nous sommes déjà le 8 janvier et notre vol pour Paris nous ramène en France.
Vu notre état de délabrement temporaire, on se surclasse en business, trop cool !!
Maintenant il va falloir dompter le décalage horaire et surtout thermique….
A très bientôt pour de nouvelles aventures !

2 réflexions sur “Déc 2020: Mopelia, Bora, Tahiti.

  1. RENOU 1 février 2021 / 19:11

    Superbe voyage, paysages sublimes agrémenté de commentaires toujours aussi captivants.
    Merci pour ces belles images en ces temps quelques peu moroses.
    La fin du périple a été plus difficile pour Syl.
    Grosses bises

  2. Josée 1 février 2021 / 10:11

    Bonjour Sylvain et Isabelle
    Merci pour ce magnifique reportage..
    Portez vous bien et continuez à nous faire rêver.
    Avec toute mon amitié
    Josée

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