Juillet/Aout 2022: Makemo, Katui, Takaroa, Toau, Rangiroa

La magie du matin…

On se retrouve pour la suite des pérégrinations de Oxygen et sa team de choc composée de Cap’tain Syl et Mouss’Isa.
Rappelez-vous, on s’est quitté à la sortie de l’atoll de Tahanea, cap sur l’atoll de Makemo.

Atoll de MAKEMO
De passe à passe à vol d’oiseau il y a 65mn dans l’Est, face au vent dominant. Vous connaissez désormais la chanson, Oxygen est au près, tire 4 bords et du coup la distance parcourue double, soit 130mn…

On a convaincu une belle petite bonite à ventre rayé de monter à bord d’Oxygen !!

Une journée de navigation avec pour récompense une belle bonite à ventre rayé qui nous fait l’honneur de mordre à l’hameçon et c’est Mouss’Isa qui l’a sortie avec le nouveau moulinet de compétition, fastoche !! Vulgairement c’est un thon rouge très prisé des locaux car c’est la meilleure chair pour les sushis et sashimis. A cette fin, je découpe le poisson en 8 filets pour 2/3 personnes chacun et direction le congélateur. Congeler un poisson fraîchement pêché permet bien sûr de le conserver sur plusieurs jours au lieu de manger 5 jours de suite la même chose… mais aussi d’en tuer d’éventuelles bactéries (dixit Cath’ de Moea Piti) et de le trancher facilement très finement avec un bon couteau pour les sushis/sashimis alors qu’il est encore congelé.

Pour varier les plaisirs, chaque bateau à ses préférences. Sur Oxygen nos recettes de thon préférées sont :
– En mi-cuit : tranches épaisses de 2 à 3 cm à faire mariner dans de la sauce soja 1/2h puis revenir 2mn/face dans une poêle extra chaude avec des graines de sésame.
– En sashimi : tranches extra fines accompagnées d’un ramequin de sauce soja de gingembre et wasabi.
– Cru au lait de coco : en cubes de 1 à 2 cm de côté à mariner dans du jus de citron (pas plus d’1/2h sinon le poisson sera cuit), puis ajouter lait de coco (frais c’est mieux, sinon on en trouve en petite brick en épicerie), tomates, concombres, carottes en petits dés, sel, poivre. A consommer bien frais.

Oxygen et Bright Star au mouillage du village / Fleurs / Jeunesse de Makemo

Mais revenons à Makemo. D’abord il y a un phare, ce n’est pas si courant dans les Tuamotu. La passe Arikitamiro est franche, droite, bien signalée avec un alignement au 147°9. Si le courant sortant parait fort avec une belle marmite, on peut le contourner par bâbord, au-delà de l’alignement. Il va sans dire : à ne pratiquer que de jour, par belle lumière avec moteur(s) fiable(s).

Le village de Pouheva se trouve sur le motu ouest de la passe et la zone de mouillage se situe après le quai. Ce n’est pas le mouillage de rêve car les fonds descendent très vite à 10m et recèlent de nombreuses patates de corail. J’ajoute que par 8 m de fond il y a une épave de petit ferry…

Les rues du village avec le phare en bout / Le bureau de poste jaune / La mairie


Quelques chiffres : en surface c’est le 3ème atoll des Tuamotu avec ses 854km² de lagon (après Rangiroa 1446km² et Fakarava 1153km²) s’étalant sur 65km de long par 5 à 8 km de large… le tout agrémenté de 2 passes profondes (Arikitamiro et Tapuhiria) et d’innombrables hoa (Dénomination polynésienne pour les hauts fonds séparant le lagon de l’océan permettant le renouvellement des eaux mais pas assez profond pour les bateaux ni même les barques des pêcheurs) sur toute la côte Sud et Est. Il y 850 habitants concentrés principalement au village, 1 collège avec internat car il accueille les ados des atolls environnants, la mairie qui représente aussi 10 autres atolls alentour (Haraiki, Marutea, Katiu, Tuanake, Hiti, Tepoto, Raroia, Takume, Taenga et Nihiru), boulangerie, 4 épiceries, quelques snacks, dispensaire, La Poste (dénommé OPT en Polynésie mais toujours jaune comme en métropole…), poste de Police, aérodrome à 15km du village (2 vols hebdomadaires de Tahiti, durée 1h30), quelques pensions. La population vit du coprah, la pêche et quelques emplois de fonctionnaires. Il n’y a pas beaucoup de tourisme car aucun paquebot de croisière ne s’arrête ici. Il faut venir par ses propres moyens en voilier ou en avion de Tahiti… Il y a aussi un parc d‘éoliennes mais qui n’ont jamais fonctionné : quel dommage. Gaspillage de l’argent public & pollution environnementale et visuelle…


Je précise à l’adresse des voileux qui veulent faire escale à Makemo : les épiceries sont très bien pourvues. Nous avons pu acheter en quantité légumes et fruits à notre grande surprise… En fait cet atoll est le dernier visité par les goélettes de ravitaillement pour les Tuamotu Ouest. Ainsi les produits frais ne le sont plus à l’arrivée car partis depuis 2 bonnes semaines de Tahiti. Imaginez l’état des tomates / concombres / courgettes etc … du coup les légumes arrivent par avion, c’est cher mais c’est frais… (épicerie / bricolage / garage Jean Claude Muller).
Nous sommes en juillet, c’est donc les vacances et de nombreux jeux, compétitions et fêtes sont organisés. C’est comme un centre aéré géant à l’échelle du village avec danses, lancé de javelot, volley ball, baignade, pétanques, basket auquel participe tout le monde. Bien sûr il y a des buvettes/snack installés temporairement, dénommés roulottes ou baraques, décorés de palmes de cocotiers tressées et tissus colorés. On peut y manger et boire mais il n’y a aucun alcool : Tapu Tapu : Strictement interdit !! et c’est scrupuleusement respecté.
Notre visite du village se passe forcément bien, les gens hyper souriants et accueillants… Les rues propres et fleuries… Un concentré de Polynésie !

En compagnie de Faimano, Tominico et leur beau bébé

Par bonheur, nous revoyons Faimano, la fille aînée de Adrienne et Marcello de Mopelia, qui habite désormais ici avec son compagnon Tominico et leur bébé de 4 mois.

Oxygen au bout du lagon : turquoise, sable blanc coté lagon et coquillages coté océan


Mais Makemo ne se résume pas au village de Pouheva, et décidons d’aller à l’extrême Est du lagon. A signaler de nombreuses patates de corail à fleur d’eau dans tout le lagon qui n’est bien sûr pas cartographié. Alors ouvrez l’œil et le bon… Superbe mouillage turquoise, bien protégé des vents dominants, fonds de sables blancs. On mouille par 1.3m de fond, c’est le privilège des bateaux calant très peu comme Oxygen (80cm). On a pied sous le bateau… c’est toujours impressionnant ! Belles balades sur le motu coté lagon et coté océan : un must ce mouillage !

Cap’tain Syl sur le superbe platier rosé de Makemo… avant la chute…

Le platier de corail rosé est superbe et nous profitons de la marée basse pour le parcourir et voir s’il ne recèlerait pas des cachettes de langoustes. Il faut toujours être vigilant car une vague a vite fait de vous déstabiliser et trainer sur le corail…. Et voilà mon Cap’tain Syl, 4 fers en l’air …. Casquette et chaussures en vadrouille… Résultat des courses : dos et cuisse en sang, index retourné. Je vous la fait courte, il va mettre des semaines à se remettre de cette chute. Les blessures par coraux sont très longues à guérir car c’est un organisme vivant qui continue à vivre sa vie dans l’épiderme. Syl a fait une réaction allergique etc etc. Je vais tout de même arriver à le trainer dans un dispensaire 3 semaines après à Fakarava, antibiotique, antihistaminique : la totale …
Puis à la faveur de vents NE décidons de traverser d’Est en Ouest Makemo pour explorer 2 mouillages. Le premier se situe face à l’ancien village Punaruku désormais inhabité, protégé derrière une langue de hauts fonds. Après 2 tentatives on mouille par 8m de fond, énormément de corail, compliqué… c’est beau mais pas notre préféré loin de là… On y passe 2 nuits et partons pour le second mouillage à la passe Tapuhiria, encore un peu plus dans l’Ouest. Naviguer d’Est en Ouest dans un lagon se fait idéalement en fin de matinée car le soleil est haut et derrière donc une lumière optimale pour déceler les patates de corail… mais c’est pétole aujourd’hui, entendez par là : aucun vent et par conséquent mer d’huile : un vrai miroir. Même avec une lumière au top on ne décelait rien… et ce qui devait arriver arriva… juste à 3 mètres devant nous une énorme patate de corail impossible à éviter car aperçue trop tard… on est passé dessus à la vitesse de 6nds !!! Oxygen n’a pas touché, je ne sais pas par quel miracle. Sans doute qu’elle était à 90cm de profond et Oxygen calant 80cm, on est passé… Nous ne sommes pas passé loin de la correctionnelle !!!

Oxygen sur un lagon miroir

On a cherché de part et d’autres de la passe un endroit simple pour mouiller : pas facile avec, encore une fois, de trop nombreux coraux et de forts courants liés à la passe. Finalement on capitule et piochons au milieu des patates à tribord de la passe. De suite allons vérifier à la palme qu’il y a assez d’eau au-dessus des coraux pour l’évitage d’Oxygen même à marée basse.
Après 1 nuit nous quittons cet atoll par la passe Tapuhiria. La météo a été très mauvaise dans le sud Pacifique ces derniers jours engendrant une énorme houle qui a parcouru presque toute la Polynésie. Dans l’archipel des Tuamotu la houle a atteint 3 à 4m et donc l’eau de l’océan est passée par-dessus les motus (îlots) occasionnant des dégâts dans les cocoteraies et les villages. Les lagons se sont remplis de façon extraordinaire. Ensuite durant 2 à 3 jours les lagons se vident mais l’excédent d’eau ne peut sortir que par les passes. Ce phénomène engendre de très forts courants sortant. Ainsi Oxygen est sorti de l’atoll de Makemo de façon express à 13nds (4nds de vitesse propre à Oxygen + 9nds de courant). Semblable à l’expulsion d’un bouchon de champagne…
Et nous voilà de nouveau en navigation mais pour une courte durée puisque notre destination est l’atoll de Katiu à 30mn (environ 50km)…


Atoll de KATIU
Cet atoll est particulier car la fin de la passe Pakata est peu commode, étroite, peu profonde et pas franche du tout. Ainsi un quai a été construit sur la rive ouest avant le petit labyrinthe final et les goélettes (bateaux ravitailleurs) ne vont pas plus loin. Et les quelques voiliers qui passent à Katiu font de même pour la plupart. Avant de partir de Makemo Cap’tain Syl a appelé la mairie de Katiu pour signaler notre arrivée. Bien lui en a pris car on a appris que justement la goélette de ravitaillement Cobia était à quai jusque midi environ. Nous faisons donc tout pour ralentir Oxygen et prendre la place encore chaude au quai après le Cobia…
Nous avons à bord un émetteur récepteur AIS qui permet de connaitre la position, cap, vitesse des bateaux alentours (obligatoires pour les bateaux de pêche, cargos, paquebots etc mais pas pour la plaisance. C’est très pratique pour les zones de navigations très fréquentées comme le détroit de Gibraltar, n’est-ce pas Liliane !).
Ainsi nous avons pu constater sur l’AIS que le Cobia avait une vitesse de sortie de 13nds dans la passe ce qui nous a paru excessif pour un tel bateau dans une petite passe… Cap’tain Syl le contacte par VHF pour connaitre l’état de la passe. Et là, tout de go, le pilote nous dit qu’il nous sera parfaitement impossible d’arriver jusqu’au quai car le courant sortant est réellement trop trop fort. Déjà eux même n’y sont parvenus qu’après 3 essais alors que le Cobia est un cargo de 45m équipé de gros moteurs…

Oxygen devant la passe de Katui / le flux du courant / le Cobia

Et effectivement 1/4h plus tard, à notre arrivée devant la passe, on a bien compris qu’Oxygen ne parviendrait pas à contrer le courant sortant.
Et maintenant que faire ?
Partir pour un autre atoll mais le problème serait le même car tous les atolls voisins ont besoin de se vider, engendrant un très fort courant sortant.
Ou bien tenter de mouiller à proximité de la passe et attendre qu’elle soit praticable… mais combien de temps : 12h ? 24h ? 36h ?
Après avoir bien observé le flux sortant, les abords de la passe et la cartographie du lieu, Cap’tain choisit la seconde solution. Nous nous approchons précautionneusement du récif à l’écart du courant principal et mouillons par 8m de fond sur ce qui parait un fond rocheux parsemé de petites patates de corail. Les 30m de chaîne sont parfaitement insuffisants au regard du courant mais nous voulions nous assurer que l’ancre ou la chaîne ne risquait pas de rester coincée par le corail… ainsi je suis allée à l’eau pour m’assurer des fonds et vérifier qu’on pouvait passer à 50m de chaîne. Pour assurer ma sécurité Cap’tain Syl avait disposé plusieurs bouts à l’eau pour que quelle que soit ma position autour du bateau je me tienne toujours à un bout au cas où le courant m’entrainerait et que je ne parvienne pas à le remonter même à la palme… et que de recommandations !! Après ce bain un peu sportif nous augmentons à 50m de chaîne.
Notre ami autrichien Franz sur son catamaran Bright Star est aussi là, nous communiquons par VHF pour échanger nos sentiments quant à la passe, le courant, faisons des projections et croisons les données météo mais le soir arrivait et toujours aucune possibilité de franchir la passe… Le lendemain Cap’tain avait décidé de tenter aussi tôt que possible. Dès 6h30 on relève l’ancre sans problème, c’est déjà une victoire !! Puis les 2 moteurs à fonds, soit une vitesse de 7.5nds, on attaque la passe. Le courant sortant nous ralenti énormément puisque nous avançons péniblement à 0.5nds (donc 7nds de courant sortant). Mouss’Isa à la cartographie (MaxSea sur l’ordinateur et Weather4D sur la tablette) et Cap’tain Syl à la barre… et le brave Oxygen parvient au quai du village…enfin !!!

Nous sommes soulagés… Franz arrive aussi 2h après. Par contre le quai est mal orienté car sur la rive Ouest de la passe et donc les bateaux sont plaqués au ponton par les vents dominants d’Est…

Oxygen et Bright Star au quai du village de Hitianau

Mais revenons à cet atoll Katiu de 25km de long sur 12 comptant environ 400 habitants. Pour cette fois nous n’en verrons que le village principal de Hitianau mais c’est là que se concentre la plupart des habitants. De plus nous sommes en juillet et comme à Makemo et partout en Polynésie c’est une période de festivité au village avec danses, jeux et concours appelé Heiva.

Vélo électrique équipé local ! / Poupées adorables de Katui / Les uru (fruit de l’arbre à pain qui est en fait un légume à cuisiner) ne sont pas aisés à cueillir !!

Durant notre attente devant la passe Pakata, nous avions remarqué que plusieurs personnes venaient sur les murets face au large et faisaient des signes… nous répondions donc à leurs sollicitations que nous avions pris pour des Bonjour, Bienvenue… mais en fait ils tentaient de nous prévenir que des baleines tournaient autour d’Oxygen… et, du bateau, nous n’avons jamais remarqué le groupe de baleines à bosses… c’est seulement à la rencontre des habitants le lendemain que nous l’avons appris, dommage !!!
Le village, assez concentré, possède 2 épiceries, une école primaire, un bureau de poste, une mairie annexe (cet atoll dépend administrativement de Makemo), un aérodrome à 6km du village, plusieurs lieux de culte pour satisfaire toutes les communautés. Il y a assez peu de voitures mais une flopée de vélos électriques…

L’église et son intérieur coloré / détail des lustres et guirlandes tout en coquillages…

Au menu du Heiva :
Ping Pong, Pétanque, tressage de feuilles de cocotiers et pandanus, confection de couronnes de tête de fleurs/feuillages, Volley Ball, danses, Triathlon (version polynésienne : Natation, course à pied, Pirogue Va’a), Haga Gora, Timau Raau, Patia Fa…

6 concurrentes pour la confection de couronnes de tête végétales, environ 1 heure de travail.


Explications des 3 dernières disciplines :
Haga Gora : Lancé de coco. Consiste à envoyer des noix de coco dans un fut de 200 litres placé à 7m pour les femmes et 10m pour les hommes.

Timau Raau : Porteur de fruits. C’est une course de vitesse où les participants portent sur les épaules des régimes de bananes ou des noix de coco : 10kg pour les femmes et 20kg pour les hommes. Malheureusement nous n’avons pas assisté à cette épreuve !

Patia Fa : Javelot. Viser une noix de coco fixée en haut d’un poteau avec un javelot. La coco est à 6m de haut pour les femmes et 9m pour les hommes, distances de lancé : 12m pour les femmes et 15 ou 18m pour les hommes.

Ces lanceurs de javelot sont ceux de Makemo

Pour les spectacles de danses, il y a 4 groupes à Katui, tous dans un style différent mais avec le même sérieux. Nous avons assisté aussi à des répétitions, parfois elles se passaient même au quai juste devant nous… La qualité, l’originalité et la confection des costumes de danses nous a bluffé pour une aussi petite communauté avec si peu de moyen.

Superbes prestations de danses et répétitions juste devant Oxygen et Bright Star !!!


A Tahiti, il y a aussi le Heiva, c’est une manifestation d’une toute autre importance. Les places sont à réserver et payer des mois à l’avance, c’est très professionnel et sans doute très impressionnant à voir. Nous n’en avons jamais eu l’occasion mais les copains Cath et Willy du bateau Moea Piti ont pu y assister cette année et c’est grandiose nous ont-ils confié !! Mais faire le heiva dans un petit atoll, dépourvu d’enjeu financier, simplement partager des moments de convivialité, bon enfant, avec la population a été un grand plaisir.


Après ces quelques jours nous partons pour Takaroa à 130 miles nautiques (environ 240 km).


Atoll de TAKAROA

La passe de Takaroa et son fameux virage…

Après 1 jour de navigation nous arrivons en vue de Takaroa, tournons la pointe sud ouest, affalons la grand voile, rangeons dans la soute à voile le code 0 light et démarrons les moteurs pour longer la côte nord jusqu’à la passe. Sincèrement on espère bien pêcher un beau thon ou une dorade coryphéne, sortir un poisson quand on est au moteur c’est tout de même beaucoup plus simple et moins risqué qu’à la voile… et voilà, le moulinet joue de sa petite musique. Mouss’Isa se précipite dessus et Cap’tain Syl ralentit le bateau et ça mouline et ça mouline … suspens … et à 2 mètres de la coque je vois se profiler une ombre sous l’eau d’environ 3 mètres …. Et plus rien… d’un coup le moulinet ne force plus, on a perdu le poisson. Cap’tain Syl aussi a vu cet énorme poisson avec un rostre. Conclusion un gros marlin est venu manger notre poisson sous notre nez…
Takaroa est un atoll tout à fait dans le nord des Tuamotu et constitue avec son voisin Takapoto (un atoll sans passe) les îles du Roi Georges.
La passe Teauonae est toute en longueur avec un super virage à bâbord au final, et pas très franc… mais il n’y a pas de houle, un peu de courant sortant, tout va bien.
On voulait s’amarrer au quai du village situé juste au début de la passe, malheureusement pour nous il y a déjà un gros bateau scientifique, le Alis, bien centré sur le quai.
On décide donc de mouiller après la passe quelques jours au plus près du village principal de Teavaroa pour le visiter.

La mairie, Oxygen au mouillage du village et le Maire (tee shirt rayé)

Par le passé Takaroa a fait l’objet d’une grosse exploitation de la nacre et il y avait beaucoup de fermes perlières mais le lagon est très fermé avec une seule passe et peu de hoa pour renouveler l’eau du lagon par l’océan. En quelques années le lagon s’est asphyxié et les fermes perlières ont presque toutes fermées il y a environ 10 ans. Cependant il reste encore beaucoup de leurs bouées et cordes dans le lagon ! En conséquence de quoi la population a diminué de moitié, passant de 1003 habitants en 2002 à environ 500 désormais, et l’économie de cet atoll s’est retourné vers le tandem classique Pêche-Coprahculture.

Les auvents communautaires décorés avec talent

Le village est assez étendu avec mairie/poste/école primaire, quelques épiceries, aérodrome à 3km du village, boulangerie à 5 km décorée de magnifiques peintures. Pour se divertir les habitants disposent d’un auvent avec 5 tables de ping-pong et un autre avec des tables à échiquier, regardez bien les photos, ils sont bien décorés de motifs peints ou constitués de coquillages collés.

Une épicerie / les murs extérieurs de la boulangerie magnifiquement décorés / Franz et nous en compagnie de la boulangère Sandra…

Il y a aussi 3 ou 4 lieux de culte : mormon, catholique, sanito, 7ème jour, adventiste, protestant… Nous n’arrivons pas à bien suivre sur ce sujet. Les polynésiens sont assez fervents et le dimanche est sacré pour la messe… mais par contre ils sont très tolérants et à priori il n’y a pas de querelles religieuses. On en a même connu qui changent d’église suivant les dimanches…

Les 2 églises Mormon de Takaroa / 2 missionnaires mormons à vélo et leurs sempiternelles cravates / Superbes maquette et croix de nacre dans l’église catholique

On en profite pour aller saluer le bateau scientifique Alis en mission sur Takaroa pour 10 jours. Elle consiste à juger de l’état du lagon suite à la surproduction perlière. Il sillonne la Polynésie durant 3 mois et ensuite retrouve sa base en Nouvelle Calédonie. A bord il y a 10 membres d’équipage et 8 scientifiques. Pour ce bateau c’est son dernier voyage, il a 40 ans et Ifremer a déjà son remplaçant !

Le bateau scientifique Alis au quai de Takaroa


De retour sur Oxygen, je vois sur la passerelle un maillon de chaîne tout rouillé alors ses voisins sont nickel. Ça m’interpelle et regarde de plus près : la soudure a lâché et donc le maillon est ouvert. Il est placé à 47m de l’ancre (sur 70 au total). A la réflexion nous pensons que c’est dû au mouillage de 24h effectué devant Katiu. Il y a eu de grosses et nombreuses embardées dues au courant, la chaine a été très sollicitée.

Le samedi, c’est rendez-vous au lagon bleu, à 20km de piste (soit plus d’une heure de voiture), à l’extrême est du lagon. Les familles s’y donnent rendez-vous avec au programme baignade, pêche, BBQ et picnic…

Lumière du soir sur lagon ultra calme

Franz en flagrant délit de peinture / L’aire de picnic du lagon bleu

Cet endroit est très renommé et parfaitement abrité du vent dominant d’est. Nous traversons donc tout le lagon avec Oxygen pour quelques jours sur site.
On en profite pour faire quelques menus travaux d’entretien avec révision de chaque maillon de chaines, reprises de peinture par l’expert Franz…

Oxygen dans le gradien de turquoise…

Il y a de belles zones sans corail par 2 à 3 mètres de fond, idéal pour mouiller. Par ailleurs la zone est très abritée, c’est un bon abri en cas de coup de vent.
Il y a de belles balades pédestres à faire coté océan et coté lagon avec d’impressionnantes épaves sur le récif et les quelques habitations échelonnées sont autant d’occasion de rencontres sympathiques.

La route en corail concassé… fait chaud !!

Ainsi le dimanche suivant dès 5h30 du matin avec le p’ti déj’ dans le sac à dos nous décidons de partir à pied en direction du village en se disant : quand on rencontrera des locaux en route pour le picnic du lagon bleu, ils nous prendrons en stop et on rejoindra notre point de départ. Au bout de 6km, nous n’avions toujours pas rencontré de voiture… Il serait plus raisonnable de faire demi-tour mais on continue tout de même en croyant à notre bonne toile pour croiser une voiture… Au bout de 13km toujours personne…. On rebrousse chemin et sur les 13km du retour toujours aucune voiture. Conclusion on a fait 26km (c’est une première pour Cap’tain Syl…) sur ce chemin de corail concassé sans arbre… et avons bien compris désormais que le dimanche matin est consacré à la messe, pas au picnic… Quand on a raconté notre mésaventure dans les jours suivants, les locaux étaient sincèrement désolés de ne avoir pu nous aider car pour eux faire 26km de marche est inenvisageable, absolument pas dans les mentalités. Ils se sentaient coupables de non-assistance à personne en danger !!

Maison de coprahculteur et séchage des noix de coco

Par contre pour la plongée c’est pas l’atoll de rêve, peu de poissons et de coquillages mais c’est la configuration de cet atoll très fermé sans grand échange avec l’océan qui en est la cause…

Ramassage de coquillages comestibles Maoa et leur casse au marteau par Titan / Crabe Tupa des plages / Epave d’un ferry

Notre prochaine destination est l’atoll de Toau…

Atoll de TOAU

Belles pêches, mais toujours du thon !!!

Il y a 2 passes : Otugi et Fakatahuna. Nous empruntons la première, plus large et plus profonde. Comme ailleurs il peut y avoir de forts courants mais sa particularité est qu’il est plus facile de rentrer dans le lagon que d’en sortir !!
En effet la rencontre des vagues du large formées par le vent dominant d’Est et du courant sortant engendre une très grosse marmite difficile à franchir dans le sens de la sortie de lagon.
Conclusion, il ne faut pas avoir d’impératif de planning car on peut rester bloqué plusieurs jours à l’intérieur du lagon…
A part cette particularité, c’est top !!

Oxygen et Bright Star au mouillage devant Otekareva

Oxygen est allé quelques jours face au motu Otekareva, mouillage sur fond de sable blanc, peu de corail. De plus ce motu présente une langue de corail presque jusqu’au reef. On peut très facilement y accéder même de nuit. Nous en profitons donc pour aller aux langoustes… mais une fois de plus nous revenons bredouilles !!!

Langue de hauts fonds jusqu’au platier

Le platier et ses trésors..

Puis nous testons l’extrême pointe Est, motu Otohorau, il y a des bouées récentes, solides et faciles à prendre.


Ce 14 août, plusieurs bateaux voulaient sortir du lagon, malheureusement ils ont dû renoncer après de multiples essais. Enfin le lendemain, après une nuit plus calme, on a de la chance, la passe est « praticable ». Oxygen en profite pour rejoindre l’anse Amyot.
C’est une particularité de cet atoll qui possède au nord ouest un abri extérieur au lagon : l’anse Amyot. Il est fort aisé de s’y arrêter même de nuit car large et balisé. En outre il y a une dizaine de bouées faciles à prendre, renouvelées en 2022. C’est aussi là qu’habitent Valentine et Gaston, très connus depuis des dizaines d’années pour leur hospitalité. Pour notre part, nous n’avons pas eu le coup de cœur. Ça arrive !!
Et nous voilà reparti pour Rangiroa….

Atoll de RANGIROA

Rangiroa, bizarrement nous ne connaissons pas encore et pourtant c’est le boss des atolls des Tuamotu puisque c’en est le centre administratif.

Cap’tain Syl et Franz coté océan / Cocoteraie / Darse et street art de Tiputa

C’est aussi le plus grand des lagons des Tuamotu avec 70km de long sur 20 de large… et le second au monde !
Il possède 2 passes, Tiputa et Avatoru, situées toutes 2 au nord et plein de choses merveilleuses à découvrir … mais voilà les dimensions du lagon sont telles qu’il faut 6 à 8 heures pour le traverser en faisant une veille attentive, donc en restant sur le qui-vive, debout sur le roof en plein cagnard… Et contrairement à Fakarava on ne peut pas ressortir au bout du lagon. Il faut impérativement refaire la journée de navigation en sens inverse. A ne faire que si vous envisagez d’y rester au moins une, voire deux, semaine. Et ce n’est pas notre cas car on a d’autres projets… On explorera donc les fameux sites du lagon bleu, des sables roses etc etc une autre fois. Par ailleurs les dimensions du lagon sont telles qu’en cas de mauvais temps, il n’y a pas vraiment d’abris commodes et le lagon lève comme en haute mer !!!

C’est dimanche…

Mais nous restons tout de même 4 jours au mouillage face au village de Reporepo, devant le très sélect hôtel Kia Ora Resort & Spa. Bon mouillage par 5 m de fond sans trop de corail, protégé des vents d’est & nord uniquement !
On fera à pied les 13km qui nous séparent du village de Avatoru où se trouve la seconde passe.
Ça a beau être la « capitale » des Tuamotu, la vie est tranquille ici avec ses 2600 habitants. Les locaux nous disent que les pensions et hôtels sont complets mais on ne voit pas beaucoup de touristes car en journée ils sont en excursions sur les motus et en plongées.
En effet les 2 passes sont réputées pour les grosses bêtes telles que raies manta, requins gris et marteaux, barracudas, dauphins, tortues. Nous avons plongé en apnée dans la passe Tiputa mais rien d’exceptionnel à observer. Nous en avons conclu qu’il faut impérativement aller plus au large par 30 à 40m de fond en plongée bouteilles…
Les nombreuses liaisons aériennes et maritimes avec Tahiti permettent un bon ravitaillement des épiceries en produits frais avec un large choix.
Depuis quelques années il y a des vignes sur le motu de Faurumai, le vin produit n’est pas exceptionnel (on a goûté le blanc) mais c’est plutôt courageux de s’investir sur ce type de production. Les vins sont dénommés Vins de Corail.
On repart par la passe Avatoru, toujours moins mouvementée que celle de Tiputa.

Nous espérons pouvoir nous arrêter à Makatea… Suspens… Y parviendrons-nous …

Suite au prochain article Oxygen !!

Et la lune apparut…

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