Janvier à mars 2025 : Fatu Hiva, Tahuata

Oxygen dans la sublime baie des Vierges de l’île de Fatu Hiva

2 janvier
À la St Sylvestre se sont réunis un joli bouquet de marins afin de célébrer cette nouvelle année ainsi que notre changement de latitude puisque nous mettons le cap vers les Marquises.
La météo semble complaisante. En effet, dès demain, nous toucherions du vent du Nord plus favorable à notre progression que les vents dominants. Profitons !

Navigation un peu musclée… Preuve qu’on ne se dore pas toujours la pilule au soleil…
Oxygen quitte Moorea

Moorea
Musclée et ventée fut cette première étape de notre périple vers les Marquises !
La météo avait omis de préciser ces 30 nds de vent établis et rafales à 35 !
Oxygen surfe à 12 nds par mer très formée et de travers…
Nous avons géré et rallié Moorea avec une belle moyenne de 8,5 noeuds !
Bonne reprise en main des habitudes avec atterrissage de nuit dans la passe Opunohu et au mouillage.

Oxygen sur une bouée de la marina Taiana, Tahiti

Graff de Papeete / Déjeuner à bord d’Oxygen avec Capt’ain Syl, Didier, Mouss’Isa, Willy, Evelyne et Cath.

7 janvier
En escale à Tahiti afin de compléter les appro, nous rencontrons brièvement nos amis Annie et Claude du Moemiti et réalisons notre dîner d’au revoir avec Cath et Willy de Moea Piti en compagnie de Didier et Evelyne de Mintaka.

On surplombe la marina Taina avec ses bouées alignées et au fond Moorea dans les nuages…

Quelques photos de notre belle rando sur le mont Marau, on a eu une bonne de verdure avant la nav !

Mont Marau
Le lendemain à l’aube, nous réalisons l’ascension du Mont Marau. Une rando musclée de 18km avec 1000m de dénivelé, sympa même si le sommet est nuageux.

La nuit arrive avec la pluie, Oxygen file à 9 noeuds

Les dauphins nous accompagnent, fidéles à Oxygen.

Fakarava
Le mooring de la marina Taina est largué et cap est mis sur Fakarava distant de près de 240nm.
Un vent N à NO nous attend….
Ce passage se révèle agréable côté météo et nous naviguons en escadre avec le voilier copain Mintaka.

Oxygen dans le turquoise du lagon, toujours magique !

Nous nous réfugions au nord de Fakarava pour laisser s’exprimer une dépression tropicale qui nous arrose copieusement. Les pleins d’eau sont dûment complétés !

Le turquoise c’est pas tout le temps, parfois ciel bouché et lagon au diapason !!!

15 janvier
Nous levons l’ancre en direction de l’Est : Atoll de Hao, ou Makemo ou encore Raroia…
Autant de minuscules crottes de mouche sur la carte que nous aurons plaisir à retrouver !

Oxygen seul au mouillage du village de Makemo, le paradis !!

Makemo
C’est finalement Makemo qui nous accueille pour trois nuits.
L’entrée de l’atoll se fait contre courant et Oxygen franchit lentement au moteur la passe tourmentée de gros bouillons et d’un joli mascaret.

Makemo est un des rares atolls à posséder un phare, en vrai et en graff !

Le bateau ravitailleur Marie-Stella au quai / Hoa, chenal naturel entre le lagon et l’océan

Nous trouvons refuge devant le village et posons notre ancre parmi une multitude de patates de corail plus ou moins hautes ou dispersées.
Ces récifs coraliens foisonnent dans les lagons et parfois affleurent à la surface, presque invisibles à l’œil, pour constituer un réel danger pour la navigation.

Trésor rare dans un atoll : un régime de bananes. On le suspend dans la douche pour la navigation en attendant que les bananes murissent sous 3à 4 jours

L’Archipel Dangereux !
C’est ainsi que les cartographes du 18ème siècle ont nommé cette vaste zone d’une superficie largement supérieure à celle de la France et parsemée de 70 atolls difficiles à apercevoir.
Autant d’écueils pour des navigateurs de passage, autant de pièges pour les locaux inattentifs.

Un beau bénitier aux lèvres turquoisespoissons demoiselles et bagnardsétoile de mer sans branche

Le GPS a révolutionné l’accès à ces bourgades éloignées.
Aujourd’hui, à quelques mètres près, un navire connaît sa position. Aussi, la navigation facilitée semble mieux sécurisée.
Cependant, le GPS ne résout pas l’équation des courants parfois violents rencontrés aux abords des passes.
Naviguer dans les Tuamotu reste à risque, un art réservé aux initiés, joueurs.

La rue principale proprette du village

Afin de gagner les Marquises, nous quittons ce splendide atoll de Makemo dans l’archipel des Tuamotu.
Dans notre sillage, nous laissons ces Paumotu sur leur mince lagon d’apparence bien fragile et au milieu de rien.
Vaste Océan Pacifique…
Se comptant par centaines, ces autochtones sont ici par choix. Chacun a eu l’occasion au cours de sa vie, de rallier Tahiti, l’île mère par bateau ou en avion, pour raisons d’études ou soins médicaux.
Chacun a pu peser le pour et le contre de demeurer sur son bel et pur atoll isolé ou s’installer dans la grande ville bruyante, voire d’aller étudier ou travailler en métropole.
Ceux qui restent ne voudraient à aucun prix déserter leur atoll !
Makemo est un vaste atoll au sein duquel Paris pourrait tenir une dizaine de fois !

L’église catholique et son couvent
La cour de l’école primaire

Le bourg est modeste.
Les infrastructures, école, collège, mairie, aéroport, jetée, dispensaire, bureau de poste sont soignés, léchés.
Les paumotu y sont très attachés puisque ce sont leurs uniques liens avec l’ailleurs, avec cette civilisation dont ils ne veulent pas au quotidien mais sur laquelle ils comptent en cas de nécessité…
La vie au quotidien est douce ici.
Rythmés selon les rayons du soleil, les jours s’égrènent tantôt à la pêche, tantôt à la récolte de cocos.
Quelques rares et heureux fonctionnaires se partagent des mi-temps et font tourner l’administration.
Les écoles sont fraîchement repeintes et bien aménagées. Les collégiens des petits atolls alentour viennent ici, pensionnaires…

Une des tables d’exposition du fare (maison) de l’artisanat, tout est en coquillages et fibre de coco.

Le village est très propre et les fluettes habitations sont ouvertes au passage.
Ici pas de verrou ni cadenas, pas d’alarme non plus.
Ici, tout le monde se connait et chacun respecte l’autre pour la simple raison que ce dernier sera demain et après-demain sur son chemin
Meublées succinctement, les maisons sont tantôt de bois, de tôle, parfois de parpaings…
Peu de mobilier, les intérieurs se devinent à travers de larges ouvertures et laissent entrevoir les lits habillés de tifaifai, splendides patchwork polynésiens à motifs fleuris, cousus main.
Au dehors, la cuisine et le bric à brac… les outils, les machines à laver le linge, les vélos électriques chinois, parfois le véhicule…
L’église, les temples et les croyances associées sont omniprésents.
La foi permet l’évasion, la découverte de soi.
C’est la vie des îles…

La navigation hauturière est souvent peinarde… sur Oxygen !
Coucher de soleil en nav. mais pas de rayon vert pour ce soir !

Navigation hauturière.
Voici 30h que nous sommes partis, cap au NE vers les Marquises.
470nm (850km) nous séparent de l’île Marquisienne de Fatu Hiva.
Un voilier de croisière ne va guère plus vite qu’un vélo…
Nous prévoyons de 3 à 5 jours selon orientation et force du vent.
La première journée est agréable.
La mer est suffisamment maniable pour pêcher et nous mettons nos lignes en action. Soudain un survol d’oiseaux marins m’interpelle, j’informe Mouss’Isa que nous pourrions bien avoir de la visite… et cela ne tarde pas, la ligne crisse et nous remontons un joli thon rouge de 10kgs environ.
Aussitôt dépecé et débité en parts pour deux personnes, nous le stockons moitié au frigo et moitié au congel, sans oublier de nous régaler à déjeuner avec un super sashimi !

Photo un peu gore, mais je vous assure que cette bonite rayée était succulente !!
Passager clandestin pour une nuit…

Puis, la nuit approche. La météo prévoit du vent fraichissant jusque 20/25 nds et quelques grains.
Nous sommes au près serré et je redoute une mer formée… nous prenons un troisième ris afin de diminuer la voilure en prévision.
La nuit se passe et ce n’est qu’au petit matin qu’Eole décide de muscler la bataille avec un vent moyen de 25nds et des rafales à 30.
Evidemment, la mer se forme très vite et devient forte avec des creux de 3.5m déferlants.
Le bateau se comporte parfaitement et nous avançons sous 3 ris à 5/6 nds au près. Le vacarme causé par la mer et le vent est assourdissant et fatiguant.
Vers 11h, cela se calme un peu, le vent s’établit à 20nds.

Ilot de Tepoto à l’abri duquel on a pris le 3éme ris de la GV
Zoom sur la station relais de l’îlot, pas de 4G mais du réseau pour les SMS… C’est mieux que rien !!

Traversant une zone nommée « îles du désappointement » comprenant l’atoll de Napuka et l’île de Tepoto que nous frôlons. Pas question de s’arrêter car il n’y a pas de passe, encore moins de mouillage. 54 personnes habitent sur ce caillou isolé…
C’est au beau milieu de… rien.
Nous profitons d’un abri de la houle temporaire en frôlant l’îlot pour ariser. C’est à ce moment que la civilisation se rappelle à nous par le biais du téléphone qui émets des bips de sms ! Le réseau est actif ici ! Je profite de cela pour informer Marc et Jane de notre dernière position, sécu.
Puis nous remettons Oxygen en route pour cette seconde nuit au près serré qui sera ponctuée de trois grains humides avec rafales à 33nds.
Moins agréable… que fais-je donc ici?

Voyez sur l’horizon ce cargot : seul bateau croisé. Il va de Panama à Hong Kong, d’après les infos AIS.
On ne s’en lasse pas…

Troisième jour de navigation
La mer reste agitée. Nous progressons au près lorsque le vent Est refuse pour s’installer Nord Est. Donc pile dans la direction où nous allons… Euh, la météo avait dit Est sur trois jours !?
Comme souvent en voilier, le moral est affecté car cela implique un écart significatif et remet en cause notre destination. Mais c’est ainsi.
En soirée, youpi, le vent bascule Est. Le crépuscule est magique.
Vénus vient très tôt nous illuminer. La nuit s’annonce délicieuse.
A 4:30, le jour point.
Oxygen file 7/8 nœuds sous 2 ris
Atelier pain, gâteau.
Et nous poursuivrons notre route pour atteindre Tahuata jeudi au petit matin.

Parcours d’Oxygen totalisant 1200 miles nautiques, soit 2200km à la vitesse d’un vélo…
Les Marquises au relief pour le moins tourmenté…

Nous voilà au Paradis.
Les Marquises
Depuis notre premier passage, il y a 6 ans, Oxygen a séjourné de nombreuses fois et parfois longtemps, jusqu’à 5 semaines d’affilées au même mouillage. Nous avons donc noué une forte complicité avec les habitants.
Les Marquises sont formées de 9 îles, dont seules 6 sont habitées, divisées en 2 groupes distincts : celui du Nord et celui du Sud.
Cette année nous nous cantonnons au groupe des îles Sud, aussi les plus à l’Est, comprenant : Hiva Oa, Tahuata et Fatu Hiva.

En ce moment c’est l’été en Polynésie, hémisphère sud oblige… Ici on l’appelle : saison d’abondance, et ce n’est pas peu dire !!
Les Marquises étant éloigné de tout, il n’est pas envisageable d’envoyer le trop plein de mangues, avocats, goyaves, papayes, bananes, caramboles, corossols, fruits de l’arbre à pain dans les autres archipels, à fortiori à l’étranger. Ça demanderait trop de temps par bateau et serait trop cher par avion…. Seuls les pamplemousses et citrons sont commercialisés à Tahiti car peu fragiles, ils supportent le voyage. Il est facile de les identifier sur les étals : la provenance est mise en avant. En effet leur gout est réellement meilleur que ceux provenant des autres archipels : plus doux, plus juteux… En un mot : exquis !!
Comme Cap’tain Syl l’a précisé auprès de certains d’entre vous, désormais Oxygen prendra ses quartiers d’hiver sur Hiva Oa au chantier MMS pendant que nous serons en métropole. En effet nous avons décidé de naviguer sur Oxygen exclusivement de novembre à mars, période cyclonique en Pacifique sud. Les Marquises étant hors zone cyclonique, on a décidé de s’y cantonner…

Banc de petites carangues / Poisson pierre: attention danger / Raie marbrée…

Les Marquises se démarquent des autres archipels aussi par l’heure : on ne s’explique pas pourquoi mais il y a 1/2h de décalage horaire avec Tahiti et tout le reste de la Polynésie, même avec les Gambier, pourtant plus à l’Est…
La langue aussi diffère, chacun des 5 archipels de la Polynésie à sa propre langue. Ce territoire est aussi grand que l’Europe, ainsi les Australes correspondent au sud de l’Italie et les Marquises à la Norvége, la langue ne peut être uniforme.
Mais les Marquises ont une spécificité supplémentaire. Elles possèdent une lettre en plus : le K. En effet le K ne fait pas partie de l’alphabet des autres archipels, il n’est employé que dans les Marquises…
Décidément les Marquises sont un K !!!
Concernant le câble acheminant la fibre 4G : il est bien arrivé aux Marquises sur toutes les îles habitées. Ce qui pêche parfois c’est la redistribution sur chacune des îles, quand aux mouillages c’est encore plus aléatoire… mais ça progresse…

TAHUATA
Une de nos îles favorites parmi ces majestueuses Marquises.
Nous y fréquentons les mouillages de :

Baie de Hanamenino avec Oxygen et les copains Kamiros, face au dernier refuge de Brel : Hiva Oa

Les chevaux sur la plage de Hanamenino et les chèvres en goguette…

Panorama sur 180° du mouillage de Hanamenino

-Hanamenino : C’est un beau mouillage au nord, en fait une double baie, fond de sable, très peu fréquenté mais un peu houleux du fait de la proximité du canal du Bordelais.
La vue de Hiva Oa depuis le mouillage est majestueuse.
Il n’y a pas de village ni d’accès à la route mais la végétation alentour n’est pas très dense, on peut donc crapahuter sur les sommets alentours, et on ne s’en est pas privé… C’est aussi le terrain de jeu de très nombreuses chèvres qu’on voit et entend du matin au soir et même de chevaux sauvages qui viennent jusqu’à la plage, faut préciser qu’ils ne craignent pas les nonos… eux !!
Par contre en terme de plongée ce n’est pas folichon, à part les raies pastenagues présentes en abondance…

Oxygen en Navigation le long de la cote sud de Tahuata / Plage de sable blanc de Hanamoenoa

Cote Est de Tahuata, avant la baie de Hanatetena

Barque à balancier de Hapatoni / Double baie entre Hanamoenoa et Vaitahu

-Hanamoenoa : la plage de sable blanc.
On y vient régulièrement mais sans rester longtemps car il est compliqué d’y débarquer en raison des rouleaux et il n’y a pas d’accès à des chemins pour randonner sauf à suivre les traces des chèvres et cochons… On l’a déjà tenté mais les broussailles sont denses et Capt’ain Syl avait dérangé sur un nid de guêpes… Ce n’est donc pas son meilleur souvenir !
Par ailleurs ce mouillage est très fréquenté car ce fut le premier avec réseau 4G et les voileux ont pris l’habitude de s’y rendre en nombre même si désormais la majorité ont le fameux StarLink !!

Baie de Hapatoni avec le village et Oxygen au mouillage, à droite de la photo

Avec ce bâtiment, pas de doute on est bien à Hapatoni… / On est pas chez Francky et Cathy à Théoule, mais ici aussi on joue aux boules !!

-Village de Hapatoni, cher à notre cœur.
A chacune de nos venues, nous passons du temps avec Tehina, Thierry, sa femme Marie Angèle, Cyril, Ronald, Tafeta, Piu, sa femme Linda, Ernest … Tous ont de multiples activités de pêche (à la traine, aux cailloux ou sous-marine), chasse (chèvres et cochons), sculpture sur bois, os, voire dent de cachalot, taxi suivant les inclinaisons de chacun…
Et de fils en aiguilles on apprend leurs liens de parenté, leurs habitudes, on se fond dans le paysage…

Accueil des habitants de Hapatoni pour les touristes de petits paquebots (Orion, Aranui ou Gauguin d’environ 100 passagers) qui font une escale d’un jour / Mouss’Isa bien entourée par Cyril et Humu !!

Coté 4G, le village de Hapatoni est délaissé. On peut la choper à une table munie de banc le long du rivage, à 200m du village. Tous les habitants s’y rendent quand ils veulent une connexion. L’endroit est connu sous le nom de « bureau » !!! Notez bien qu’il y a déjà le mât d’antenne relais 4G mais… que le mât !! Enfin c’est prévu pour la fin d’année… mais laquelle ?? En effet ça fait 3 ans qu’on attend la 4G à Hapatoni !!

Le fameux bureau de Hapatoni, tout le monde rêve d’un bureau pareil !! Attention le bruit des flots sur les galets peuvent déconcentrer…

Pléthore de randos, toujours avec de belles rencontres… vaches, chèvres, abeilles, chevaux voire cochons…

Depuis Hapatoni nous marchons beaucoup en empruntant la « route ». Je mets des guillemets car on est loin de nos départementales. Précisons que c’est au mieux un ruban de béton de 3 mètres de large, au pire une piste de terre et cailloux. Aux Marquises avoir un véhicule signifie avoir un 4×4, sinon c’est peine perdue car les dénivelés sont importants et la piste glissante quand il pleut !!

A la pêche aux cailloux avec le copain Tafeta. Il attache des petits poissons sur un caillou qui plombera sa ligne. Arrivé au plus bas son nœud savant se détache d’une légère secousse. Ainsi l’appât se trouve à portée des gros thons à 150m de fond / Tortue au coté d’Oxygen au mouillage de Hapatoni

Donc par cette unique route, en partant à droite, on accède au village de Hanatetena au bout de 14km de marche avec 830m de dénivelé. Si fatigue, on peut faire du stop, toutes les voitures vont s’arrêter pour nous prendre, c’est certain. Mais le problème c’est qu’il n’y que 2 ou 3 voitures par jour sur ce parcours car Hanatetena est un cul de sac !!! Mais le paysage est si beau, si envoutant que la fatigue passe au second plan…
Après cette belle rando en générale on mange chez Pierre et Kua, respectivement Taxi et institutrice de Hanatetena, sur leur terrasse surplombant le village avec une splendide vue sur la baie… Hors de question de repartir à pied sous le soleil, Pierre nous ramène en faisant escale chez Casimir et Viviane pour acheter œufs du poulailler et légumes du potager….

Vue depuis la terrasse de Pierre et Kua / Fleur du potager de Viviane

Le potager de Viviane et Casimir avec cueillette de potas, semblable aux blettes.

Si au départ de Hapatoni on part à gauche, et après 7 km et 500m de dénivelé, on accède au village de Vaitahu : « capitale » de Tahuata avec sa sublime église de pierres volcaniques et bois, son snack tenu par Jimmy et sa belle Rosa, son dispensaire, école primaire, musée, atelier de tatouage… Il y a aussi une belle baie pour mouiller mais il y a un tel relief qu’il y a des vents catabatiques de folie, c’est à des dires rafales brutales extrêmement désagréables en bateau et qui maltraitent les lignes de mouillages. Par ailleurs il y a bien un quai pour débarquer à terre mais la houle le rend très peu praticable voire dangereux !!

Derniers km de rando avant la baie de Hanatetena

Brume au col à 500m d’altitude / Capt’ain Syl au premier virage au dessus de hapatoni pour accés 4G !

Baie de Vaitahu / Baie de Hapatoni et Hanatefau avec Oxygen

En poursuivant on arrive, après 13km et 400m de dénivelé supplémentaires, à Motopu, le dernier village… Ici on est au nord, face à la grande Hiva Oa, au bord du canal du Bordelais. Le paysage est plus sec fait de broussailles mais il y a aussi beaucoup de fruitiers tels que pamplemoussiers, citronniers, goyaviers, manguiers, bananiers. Les habitants font sécher au soleil les bananes épluchées et coupées en deux dans la longueur durant 10 jours. Ensuite ces bananes sont empaquetées par 5 bien serrées dans des feuilles de bananiers avec des liens d’hibiscus séchés. Elles se gardent ainsi durant des mois…

Dernier déjeuner à Hapatoni chez Tehina avec son neveu Thierry et sa femme Marie-Angéle.
Au menu frites de Mei (Uru, fruit arbre à pain), poulpe coco et poulpe cumin, poisson cru coco…

FATU HIVA

La baie des Vierges au soleil couchant

C’est la toute première île que les voiliers rencontrent depuis les Galapagos, soit après environ 1 mois de mer !!
Officiellement ils ne peuvent pas s’y arrêter car on ne peut y faire les papiers d’entrée sur le territoire polynésien, mais dans la pratique…
Ainsi déferlent chaque année de avril à juin les « TransPac », entendez par là les voiliers qui ont traversé le Pacifique depuis l’Amérique centrale, principalement le Panama, ou Amérique du Nord, Californie… Toutes les nationalités s’y donnent RdV, de la coquille de noix monocoque de 6 mètres de long au gros catamaran de 55 pieds (17m) hightech. On rencontre des navigateurs solitaires, des familles avec 4 enfants, des retraités fraichement marins, ou des équipiers en bateau-stop…
Et tout ce petit monde va dans la seule baie protégée de cette petite île, au doux nom de « Baie des Vierges ». Tout un programme !!!
Attention aux yeux, c’est une baie sublimement belle aux eaux bleues sombres car profondes mais au soir le soleil couchant projette ses rayons oranges sur les pics de basalte noir du rivage et d’un coup vous êtes scotchés !! Ajoutez à cela les chèvres qui crapahutent sur les reliefs escarpés et qui bêlent à se décrocher la glotte…

Baie des Vierges en journée / Chèvres à l’assaut des phallus de basalte

Alors pour la petite histoire, sachez que la dénomination de cette baie a bien évolué dans le temps :
En fait les pics de basalte sont plutôt phalliques, ainsi le nom marquisien de cette baie se traduit par « Baie des Verges ».
Les premiers européens au XVIIIéme siècle et en particulier les missionnaires n’ont pas apprécié, j’sais pas pourquoi ?, du coup il ont préféré « Baie des Cierges », plus convenable…
Ensuite sont venus les géographes et topographes qui finalement ont portés sur les cartes « Baie des Vierges », sans doute que les marquisiennes n’y sont pas étrangères…

Baie des Vierges vue depuis la route / Gamins de Hanavave à la recherche des crabes

Attention ce n’est pas la baie de Cannes, c’est petit. Quand il y a 20 bateaux c’est le maximum, ensuite faut être expert en mode Tetris… Les premiers arrivés, plus chanceux, posent leurs ancres dans le sable par 7m de fond. Après certains mouillent par 25m dans ???? en espérant que l’ancre ne se coincera pas dans des roches…
Au fond de la baie il y a le petit village de Hanavave et son quai à peu prés praticable, prévoir tout de même de maintenir l’arrière de l’annexe par un grappin.

Le fond de la Baie des Vierges avec son quai et le village de Hanavave

Le plan de mise à l’eau des barques / Eglise catholique : A la sortie de la messe dominicale

La visite du village peut être rapide car petit mais comme les habitants sont très attachants, à chaque rencontre on passe du temps et finalement au bout de 4 heures on arrive au bout… Les polynésiens en général sont plutôt réservés voire timides. Ils vous observent, remarquent les détails mais ce ne sont pas des commères derrières leurs rideaux… La façon de faire en Polynésie est de dire bonjour à toutes personnes, connues ou non. Si on dit bonjour, Kaoha en marquisien, sans s’arrêter et sans marquer le regard, ça ne prend pas de temps. Par contre un regard appuyé, un pas ralenti et hop, c’est parti pour un petit échange cordial : tu viens d’où ? tu vas à la chasse ? tu restes longtemps ici ? tu sculptes plutôt le bois ou l’os ? t’as des enfants ? T’es d’ici ou d’une autre île ? on échange les prénoms etc etc… Et là c’est déjà un léger problème, souvent les gens ont 2 prénoms : un prénom chrétien genre Simon ou Sabrina et un autre polynésien et là ça se corse sévère : Tehina ou Sopi (facile) ou Tei Hei-tui (Glups…).

En compagnie de Simon et Sisi / Capt’ain Syl avec Marc Barsinas, sculpteur sur os et coquillage casques

Baie de Omoa / Paysage derrière Hanavave

Hanavave : environ 100 habitants, une église, une école primaire, une épicerie, un bureau de poste et …voilà !
Sur Fatu Hiva il y a un second village : Omoa, un peu plus grand avec 200 habitants et 2 épiceries… Déjà voyez on double…
L’île n’a pas d’aéroport. En cas d’urgence médicale il faut partir jusque Hiva Oa en bonitier (bateau de pêche au thon en bois très inconfortable surtout pour un malade), environ 5h suivant les conditions de mer. Pour un voilier compter 12h.
Pour une grosse urgence les Marquises possèdent depuis peu un hélicoptère…

Accueil des touristes du cruiser Orion avec des colliers de fleurs odorantes comme il se doit …

Pour le passage du bateau Orion et ses 100 touristes américains : Démonstrations de Tapa et confection de couronnes de fleurs / Capt’ain Syl avec Henry à l’exposition d’artisanat…

L’artisanat est constitué comme ailleurs aux Marquises de sculpture sur os et sur bois, de composition de bijoux en graines mais il y a une grande spécialité sur cette petite île : le Tapa !! Il s’agit de retirer de l’écorce de certains arbres (muriers, arbres à pain, aîto, Toau..), de la plier et la taper avec un manche de bois sur une pierre. A force l’écorce diminue d’épaisseur pour gagner en largeur… Au final l’écorce est si mince qu’elle est souple comme un tissu. Ce tapa constituait auparavant le vêtement dans toute la Polynésie. Désormais il est amidonné, séché à plat et enfin décoré à l’aide d’encre de tatouage avec des pinceaux fait de cheveux. Les motifs peuvent être les tatouages traditionnels, la carte des iles des Marquises ou des dauphins stylisés suivant l’inspiration de l’artiste. C’est une activité spécifiquement féminine. Les outils se transmettent de mères en filles.

Désirée, Jacques et Sissi exposent leurs Tapas

Avec Sissi et sa fabuleuse couronne constituée de racine de vétiver / Les amis Léa et Sopi (et son collier !!)

Ici aussi on connait beaucoup d’habitants et nous passons du bon temps en partageant quelques-unes de leurs activités :
Pêche à la traine et chasse sous-marine de nuit aux langoustes avec Jacques
Four marquisien chez Sopi et Léa
Recette de cuisine avec fruit de l’arbre à pain et lait de coco avec Simon

Retour de pêche avec Jacques : 4 bonites et 2 thons / Leçon de kaku avec Simon qui presse la pulpe de coco pour obtenir le fameux lait de coco

Simon à l’œuvre dans son atelier, et son chien… / Témo nous présente ses sculptures sur bois

On tente de les dépanner suivant leurs besoins. Ainsi les couteaux de sculpture de Simon étaient en bout de course… Capt’ain Syl a commandé 7 outils par internet (car il y a la 4G à Hanavave…) chez un fournisseur français avec livraison chez notre ami Willy du bateau Moea Piti, qui se trouvait en février au ski dans les Alpes …. Car il prévoyait de revenir sur son bateau resté à Tahiti fin février et d’ensuite naviguer jusqu’aux Marquises en mars. Même si Willy ne va pas jusque Fatu Hiva, il pourra déposer les outils à une connaissance de Simon à Hiva Oa qui les fera transiter par une cousine ou un oncle par bonitier… Voyez on est loin de nos facilités : ici, y a pas Amazon !!! d’ailleurs à Tahiti non plus !!
De plus il faut savoir que les frais de douanes sont importants, La Polynésie étant un territoire autonome, il y a des taxes d’importation et vu qu’il n’y a pas beaucoup de production sur le territoire, ces taxes sont une part importante du budget du gouvernement polynésien ! Trump n’a rien inventé !!

Paysage de l’intérieur de Fatu Hiva, Pour randonner, une météo couverte c’est mieux !!
La mer en ligne de mire entre les reliefs de basalte

Hanavave et Omoa sont reliés par une route / piste de 15 km comportant un dénivelé de 700m. C’est une belle rando à démarrer tôt le matin en raison du soleil. Les paysages sont magnifiques. Le plus sympa est de faire un sens en marchant et l’autre en barque par la mer pour admirer les falaises noires plongeantes…

Falaises verdoyantes de Fatu Hiva

HIVA OA
Finalement on a passé tant de temps sur Fatu Hiva et Tahuata que nous n’irons à Hiva Oa qu’au tout dernier moment pour sortir Oxygen à sec au chantier.
Je cause Je cause mais Cap’tain Syl va encore me dire que mes articles sont trop longs… Mais il y a tant et tant de choses à dire de ces belles Marquises…
A bientôt…