Mars 2019 : Archipel des Gambier en Polynésie Française

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Oxygen au mouillage d’Akamaru

Enakotu, Bonjour à tous, en polynésien mangarevien !

Oxygen est aux Gambier, la porte d’entrée Sud-Est de la Polynésie Française. Ben oui, fallait que ça arrive !

Les Gambier, géologiquement, c’est un petit archipel de 8 îles et îlots hauts formés il y a 5 millions d’années, le tout entouré d’un récif barrière discontinu d’une dizaine de motus au nord et à l’est.

Les Gambier appartiennent au même massif sous-marin que Pitcairn.

Sa forme est un genre de losange dont les diagonales font 15 milles nautiques (env. 25km).

Voyez c’est tout petit …

L’île principale est Mangareva, nom souvent employé pour désigner l’ensemble des Gambier, serait la contraction de Manga, qui veut dire montagne, et de Reva, une fleur des Gambier blanche aux fruits vénéneux qui a presque disparu.

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Carte de l’archipel des Gambier

Partis de Pitcairn 3 jours auparavant, nous arrivons donc le mardi 5 mars. Le récif barrière étant très ouvert, il y a l’embarras du choix quant à la passe d’entrée : SE, SO ou NO. On rentre par la passe SE bien sûr, il y a du fond et c’est sans contrainte quant à l’horaire. Profitons-en, ça ne va pas durer !

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Carangue, surnommée Jaqueline, qui  zone sous Oxygen. Voyez sa taille par rapport au safran…

On fonce direct sur l’île de Akamaru. Cap’tain Syl a hâte de revoir ses amis qui nous ont donné rendez-vous sur ce mouillage : Jane et Marc LUCAS du voilier Ratafia. Et moi aussi, depuis le temps que j’en entends parler  …

L’entrée de ce mouillage est un peu délicate. En effet il ne faut surtout pas suivre les indications de la cartographie car les coraux ont tant progressé dans la passe « officielle » cartographiée qu’elle en est impraticable pour les voiliers … Par ailleurs la passe « officieuse », non inscrite sur la cartographie (forcément, sinon elle ne serait pas officieuse),  n’est pas évidente car c’est un véritable labyrinthe à parcourir entre les patates de corail. Marc nous attend donc dans son annexe à l’entrée… Grâce à son guidage, on arrive en 5 minutes. On mouille par 1.5m de fond dans une eau turquoise où 3 carangues énormes batifolent, merveilleux.

Alors que ça fait 6 semaines que nous naviguons ou qu’on se trouve dans des mouillages mal protégés (Rapa Nui et Pitcairn) en termes de conditions de mer et de vent, pour la première nuit, on va dormir, ensemble, sur nos 4 oreilles sans se demander si on ne va pas déraper durant la nuit… le bonheur intégral !

On met tout de même l’alarme de mouillage, on ne perd pas les bonnes habitudes !

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Jane et Marc nous accueille avec une magnifique perle de culture

A peine la pioche est-elle dans le beau sable blond que Ratafia est à bord pour les retrouvailles. Et en guise de bienvenue Jane et Marc m’offrent une perle de culture montée en pendentif. Je n’ai pas de mots, c’est d’une grande gentillesse … et en plus elle est superbe, sans défaut aucun, de coloris foncé avec mille reflets !

Et comble de bonheur Ratafia a organisé une rencontre au sommet dès ce premier soir avec leur amis locaux autour d’un apéro dînatoire à leur bord. C’est ainsi que nous faisons connaissance de Louise et Rémi, perliculteurs sur le site d’Akamaru, et Lucie et Bertrand (Papa de Rémi) sur leur catamaran.

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Marc explique à Syl en faisant des plans dans le sable…

Nous avions décidé de rester avec Ratafia jusqu’à leur départ pour Tahiti vers la mi-mars. Et eux-mêmes avait prévu de nous faire partager les bonnes adresses de mouillage des Gambier qu’ils fréquentent depuis 20 ans …. C’est vous dire s’ils en connaissent les bons coins !!

Ainsi dès le jeudi 7 mars (Bon anniversaire Papa) nous partons pour Rikitea à 5 miles nautiques. On mouille par 15m de fond. C’est LE village des Gambier situé sur l’île de Mangareva, il n’y en a qu’un !

Pas le choix, il faut faire l’entrée officielle à la gendarmerie. On poirote durant 2h et c’est à nous. Gendarme athlétique au sourire charmant et charmeur, bienvenue en Polynésie !

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Marc et Syl à l’apéro sur Oxygen

Ratafia nous guide dans la visite de Rikitea : dispensaire (ça peut servir), 4 à 5 épiceries, la Poste (ici c’est OPT), LE Snack Jojo avec wifi (on est au moins connecté à leur routeur à défaut d’Internet derrière…), la mairie, la cathédrale St Michel (oui j’ai bien dit cathédrale et non pas église) : ben voilà, on est au bout !

Mais pour l’heure le générateur général de l’île est en panne, ils attendent des pièces par la prochaine goélette.

Du coup par d’internet, pas d’électricité, les supérettes ne veulent pas ouvrir les congélos et le snack est fermé !

On reviendra sur Rikitea plus tard…

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Copains rodant autour d’Oxygen
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Carte Pacifique

Encart Géographie :

J’ai pensé qu’un p’ti rappel de géo ne pouvait pas faire de mal. Perso j’aime bien une remise à niveau de temps en temps … Cap’tain Syl dit que ça va vous saouler et que l’article va encore être trop long !!! Mais j’suis têtue… Alors vous  lirez … ou pas !

On est dans le pacifique depuis  septembre 2018 et c’est immense.

Pour les cocotiers, le soleil, l’eau turquoise, c’est facile on comprend vite & bien…

Mais soyons plus précis :

Le Pacifique couvre 40% de la surface du globe et 57% des mers et océans.

Soit plus que les océans Atlantique et Indien réunis.

Dans cette immensité il y a 10000 îles environ, on n’est pas à 10 près !

Elles sont regroupées sous le « continent » appelé Océanie, de la plus grande Australie aux minuscules confettis comme l’atoll Oeno de l’archipel de Pitcairn. Seul les archipels proches de l’Asie en sont exclus (Japon, Philippines et Indonésie).

Je rappelle que c’est une approche géographique et non pas politique … situation nettement plus complexe dans laquelle je ne me hasarderai pas !

L’Océanie est elle-même redécoupée en 3 zones : Micronésie, Mélanésie et Polynésie.

L’Australie est à part tant elle est grande.

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Découpage du « continent » Océanie

La Polynésie au sens large s’inscrit dans le triangle Nouvelle Zélande / île de Pâques / Hawaï, soit un triangle de 10 000 km de côté.

Et dans ce triangle, il y a la Polynésie Française, Nous y voilà…c’est le sujet du moment !!!

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Détail des 5 archipels de la Polynésie Française

Cette dernière est constituée d’environ 130 îles et îlots totalisant quelques 4000km² de terre émergée (équivaut à un petit département) sur un ensemble maritime de 5030000km² (équivaut à l’Europe occidentale).

Cet espace, appelé Polynésie Française depuis 1946 (anciens Etablissements Français d’Océanie), est le territoire des Maohis (et non pas Maoris, originaires de Nouvelle Zélande) ainsi que se désignent eux-mêmes les habitants, environ 300 000 personnes (estimation 2010).

Géologiquement on y définit 5 archipels :

  1. Archipel de la Société, le plus connu avec Bora Bora et Tahiti. Très facile ! Papeete sur cette dernière est la « Capitale » de la Polynésie Française. 80% de la population polynésienne y réside.
  2. Archipel des Marquises, 11 îles montagneuses sous l’équateur, popularisées par Gauguin et ensuite Brel : Facile !
  3. Archipel des Tuamotu, champion des atolls. On en dénombre 76 dont le célèbre Moruroa qui a hébergé les essais nucléaires de l’armée française, ça vous parle, c’était là !
  4. Archipel des Gambier, Champion de la perliculture. Iles hautes situées au sud-est des Tuamotu. Souvent vague….
  5. Archipel des Australes, comme son nom l’indique le plus au sud, à cheval sur le tropique du Capricorne. Certainement le plus méconnu.

Si on superpose les cartes de Polynésie Française et d’Europe en plaçant Tahiti sur Paris, les Marquises sont à la hauteur de la Suède, les Gambier à Varsovie et les Australes à Rome !

On espère avoir le plaisir de vous décrire chacun d’eux au fur et à mesure de nos navigations !

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Préparation du ti’punch avec Marc et Edouard chez ce dernier

Le samedi 9 mars on suit Ratafia dans le sud de Taravai, mouillage appelé Patito par les intimes….mouillage par 15m au milieu de 10 bateaux, juste en face de la maison de Denise et Edouard.

Ratafia nous présente  ces derniers  ainsi que Nathalie et Philippe à bord de leur cata Nautitech 44 TAO. A ne pas confondre avec nos amis Nathalie et Michel du Catana TAO qui est actuellement quelque part vers les Bahamas.

Le lendemain c’est barbecue chez Denise et Edouard. Au menu poisson cru, gigot d’agneau cuit au four tahitien, gratin de papayes vertes (naïvement je croyais que c’était seulement un fruit), Baba au Rhum de Jane, pastèque. On ne se laisse pas abattre ici !

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Syl dans la verdure, en rando sur les hauteurs de Mangareva

Edouard nous fait visiter son potager et verger et Denise présente ses bijoux en coquillages. Mais attention ce ne sont pas des colliers de nouilles de fête des Mères. Non, c’est très beau avec de magnifiques coquillages, des Gambier bien sûr, nettoyés, polis, lustrés, parfois tranchés, agrémentés de liens en fibres végétales (cocotiers ou bananiers ??).

Et autour de la table les discussions vont bon train à propos de pêche, chasse, recettes de cuisine … Bref tout un univers qui nous est encore inconnu et qui semble insondable !

De retour à bord on a les jupes trop près des patates de corail à notre gout…..on bouge le bateau sur les conseils de Tao. Mais dans la nuit le vent tourne encore et vers 2h du matʼ nous nous retrouvons trop près dʼun Garcia (monocoque alu) et d’un Léopard (catamaran). Après avoir reculé au moteur, Oxygen revient trop près du Léopard….A 3h du mat’ on décide donc qu’il faut faire une veille : Syl assurera cette veille….et ne se recouchera qu’à 6h !

VIDEO Yukulele : Désolée le débit internet n’est suffisant pour la charger ! je fais signe quand ce sera en ligne …

Et voilà, une fenêtre météo pas formidable mais suffisante se dessine et Ratafia décide de partir le vendredi 15 mars, nous laissant orphelin en terrain presque inconnu malgré tous leurs efforts d’insertion !

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Au revoir Jane et Marc, A très bientôt

On décide de retourner à Rikitea le samedi 16 mars pour faire une bonne session internet, voir les comptes bancaires, mettre le site internet à jour pour Pitcairn, surfer sur le net, faire des WhatsApp à gogo, manger un bon bout de barbaque au snack, faire des courses, manger du frais … bref faire une plongée dans le monde civilisé, connecté … Génial,  la teuf quoi !

Mais voilà cette fois le snack est encore fermé car la cuisinière remplace la caissière de la supérette qui est absente et le wifi est aussi rapide qu’une cagouille charentaise ! C’est la cata…. Heureusement que le sourire des polynésiens et leur gentillesse rattrapent le coup !

Du coup on visite de façon plus approfondie ce petit village d’environ 700 personnes.

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Cathédrale  St Michel de Rikitea

Tout d’abord un peu d’histoire :

Les Gambier ont été découvert en 1797 par Wilson, capitaine anglais du navire Duff. A cette époque, de plus en plus de navires européens « rodent » dans le Pacifique pour différentes raisons : mission d’évangélisation, chasse aux baleines, chercheurs en mal de terres nouvelles, plantations de cocoteraies, trafic en tous genres…

Les insulaires des Gambier vivaient tranquilles, entre 2 guerres de voisinage, en autosuffisance. A savoir qu’ils exploitaient déjà la nacre des huîtres en 1822 !

Et en 1834 les Gambier se sont trouvé affublé de 2 missionnaires de la maison de Picpus à Paris, les Pères Caret & Laval (de Joimpy en St Léger en Eure & Loir !), qui avaient pour mission de remettre dans le droit chemin les « naturels » (c’est ainsi que les « européens civilisés » désignaient les insulaires).

Entendez par là : abandonner les croyances séculaires, s’habiller décemment, se limiter à la monogamie, ne plus manger son ennemi, aller écouter le curé le dimanche matin …

Les mangaréviens étaient hostiles voire carrément menaçant au début. Mais les curés ont persévéré et rendu maints petits services, notamment en soignant le fils du roi. En quelques années, toute la population était convertie au christianisme. La première messe à terre a été célébrée sur Akamaru. On ne peut nier que beaucoup de travail a été effectué ensuite : églises sur chaque île, une cathédrale à Rikitea, un couvent, des routes, des écoles, une tissanderie, fours à pain, puits, prison (!), tours de guet … en tout 116 édifices !

Par contre les constructions antérieures comme les lieux de culte marae et les tiki sont détruits !

Ensuite j’ai lu deux versions :

  • Le Roi des Gambier, Mapu Teoa, a demandé l’annexion des Gambier à la France en 1880 en raison de la tyrannie que faisait régner le Père Laval sur la population. Les Gambier préférant la tutelle de l’état à celle de l’Eglise.
  • Ou bien le gouvernement français a accusé à tort en 1880 le Père Laval de tyrannie sur la population pour le délocaliser sur Tahiti (où il est mort cette même année) et profiter du champ libre pour annexer ces îles.

En tout cas l’annexion officielle par la France eut lieu en 1881 (un protectorat non officiel avait été « accordé » dès 1844).

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Poissons à l’abri dans le corail

Aujourd’hui la majorité des habitants des Gambier vit à Rikitea, petit bourg tranquille.

S’y promener est très agréable, les habitants sont très attentifs à leurs jardins, c’est très fleuri. Il n’y a qu’une route longeant la mer, ainsi on ne peut se perdre.

Il y a une école primaire et un collège, ensuite les ados doivent aller au lycée à Tahiti (à 4h d’avion !!) et ne rentrent donc qu’aux vacances scolaires.

La majorité des habitants travaillent dans les fermes perlières disséminées dans le lagon. C’est un travail demandant beaucoup de main d’œuvre, il ne suffit pas de regarder grossir les perles !! Voir encart à la toute fin de l’article.

Le dispensaire est assuré par 2 infirmières. En cas de souci médical plus poussé c’est direct Evasane, entendez Evacuation Sanitaire par avion sur Tahiti, c’est gratuit pour les habitants mais je ne sais pas quel organisme règle la facture !

Pour les accouchements c’est aussi Evasane, et par précaution les futures mamans sont parfois évacuées plusieurs mois avant la date prévue !!

L’île est très escarpée et très boisée, point culminant mont Duff à 441m. Depuis le belvédère vous pouvez admirer les côtes est et ouest à la fois.

Sur cette dernière,  il y a le hameau de Taku, on y trouve quelques maisons, le salon de coiffure et esthétique de Vanessa, la belle pension Maroi tenue par Michel et sa femme qui ont aussi une ferme perlière. Michel nous conseille d’emprunter le chemin forestier traversier pour rejoindre plus directement Rikitea. Certes, mais ce qu’on ne fait pas en longueur, on le fait en dénivelé ! Mais c’est très praticable et agréable et la vue plongeante sur la baie de Rikitea est chouette. Ne pas oublier la bouteille d’eau !!

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Baie de Rikitea sur Mangareva

Dans le village de Rikitea, toutes les supérettes vendent en gros la même chose : des produits congelés (poulet, porc, bœuf, jambon, plus rarement agneau. Crevettes décortiquées. Légumes surgelés). Viande en conserve, poisson en conserve, beurre en conserve (ben oui !), fruits en conserve … Ensuite un tas de sucreries, gâteaux et boissons, alcool, eau, produits de toilettes et de ménages … et voilou … j’en rajoute pas, vous avez compris !

Et côté frais : beurre Président en barquette, roquefort Papillon, ail, oignons.

Ne cherchez pas le rayon des fruits & légumes : y en a pas !!

D’une part, depuis les années 70 la perliculture s’est beaucoup intensifiée aux Gambier. Ce travail étant plus lucratif que la culture vivrière …

D’autre part, les Gambier sont approvisionnés mensuellement par 2 bateaux (qu’on appelle ici goélettes, le nom est resté du temps ou c’était vraiment des goélettes à voiles, mais bien sûr ce sont désormais des petits cargos)  qui desservent plusieurs archipels depuis Tahiti. Quand Ils arrivent à Rikitea, ça fait déjà 2 semaines qu’ils naviguent. Le circuit est donc trop long pour approvisionner du vrai frais …

Donc si quelqu’un veut manger des légumes, ben il fait un potager dans son jardin, juste pour sa conso !!!!

Et pour nous les voileux en mal de verdures, ben c’est mort !!

Pour les fruits par contre ça pousse partout, les locaux sont très généreux et savent qu’on est avides de ces magnifiques pamplemousses, citrons, papayes, avocats, bananes, litchis … mais attention les fruitiers ont un propriétaire et nécessitent tout de même un entretien, une greffe donc ce ne sont pas des fruits sauvages. Il convient donc de demander l’autorisation avant de cueillir. Il ne viendrait à l’idée de personnes de rentrer dans le jardin du voisin en métropole pour cueillir des cerises ou des pommes : ici c’est pareil.

Aux Gambier il n’y a pas de pompe à essence, il faut commander un fût de 200 litres de carburant et il arrive par la goélette… ou se débrouiller avec une connaissance qui veut bien vous en vendre !

Si vous voulez venir en vacances ici, ne cherchez pas d’hôtel Accor ou autre à réserver : il n’y en a pas. Seulement quelques pensions chez l’habitant ou des bungalows genre chambres d’hôtes, mais à n’en pas douter c’est mille fois mieux  et tellement plus convivial !

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Cote ouest de Mangareva

Coté communication, Ratafia avait prévu le coup aussi et nous avait acheté avant notre arrivée une carte SIM du réseau local Vini à la Poste (vaut mieux prévoir, parfois il y a rupture, et ça peut durer ….). Ensuite il n’y a plus qu’à acheter des cartes de recharge à gratter … Ainsi on peut facilement appeler et certains jours accéder à nos mails sur l’Iphone (mais pas toujours les PJ, voire seulement les entêtes !) mais le réseau n’est pas assez puissant pour surfer !!

Par ailleurs, les jouets de Captain Syl, à savoir les Iphone et Ipad, nécessitent des MAJ et nous ne pourrons pas le faire ici, le réseau est trop faible. Idem pour télécharger les magazines auxquels nous sommes abonnés, il faudra attendre une meilleure connexion… Nous prévoyons de passer à Hao, Atoll des Tuamotu, équipé d’un câblage fibre depuis Papeete. Il parait …

Les Gambier sont le parent pauvre de l’Internet….

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Maisonnette et jardin de Rikitea

Ensuite pour tout ça il faut de l’argent. Vous vous dites ça c’est facile, c’est la France, suffit d’avoir des euros en poche. Que nenni !

La monnaie ici est le Franc Pacifique, il suffirait d’aller à la banque pour faire du change : mais il n’y a pas de banque aux Gambier et la Poste ne change pas les euros. Parfois elle change des dollars américains mais pas toujours (encore une bizarrerie des îles). En fait, officiellement, il est impossible de changer aux Gambier. Il faut arriver avec les francs pacifiques en poche ou avoir un compte postal et retirer de l’argent au guichet de la Poste. Bien sûr nous n’en avons pas, mais Ratafia en a un (depuis le temps qu’ils bourlinguent dans le coin…) et Cap’tain Syl leur avait fait un virement avant notre départ. Ainsi, encore une fois Ratafia, nous a dépatouillé !

Pour la p’tite histoire, vous ne pouvez pas non plus acheter des francs pacifiques en France métropolitaine.

Aucune banque ni bureau de change ne peut vous en fournir « officiellement » !

Connaissant bien mon bureau de change, le fréquentant régulièrement, ils m’en ont trouvé juste avant le départ en janvier. Des voyageurs revenant de Polynésie Française avaient changé des francs pacifiques pour des euros (dans ce sens c’est possible), et le bureau me les avait mis de côté !

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Chapelle de Rikitea

Pour info, Gaston Flosse, l’homme politique « manitou » de la Polynésie française, est né ici, à Rikitea. Il n’est plus aux commandes officiellement désormais mais a toujours ses entrées. Il a beaucoup fait pour le développement de la Polynésie Française et s’est bien débrouillé aussi « pour ses affaires perso » !

Le lundi 18 mars on rejoint Tao à Vaiate Keve, le motu juste au nord de l’aéroport. Pour s’y rendre on slalome entre les bouées d’huîtres perlières et on peut observer les travailleurs sur les plateformes de nettoyage.

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Plateforme de travail de nettoyage des huîtres perlières

Ce mouillage est facile d’accès et très beau. On y mouille par 2 mètres d’eau.

Tao nous entraîne à la pêche aux bénitiers. A faire par marée basse, muni d’un tournevis. Quand vous voyez un gros bénitier d’environ 20 cm, vous y introduisez le tournevis et faites levier pour le décrocher du plâtier. Pas la peine d’en prendre des tonnes, 2 ou 3 par personnes suffisent. Ensuite on les nettoie en sectionnant le muscle de fermeture de la coquille, on racle bien sur les 2 faces et on ne garde que le manteau coloré et le centre blanc, mais pas le muscle un peu trop caoutchouteux (surtout sur les plus gros coquillages). Ensuite à déguster cru avec du citron, ou une petite sauce locale. Mais cuit ce n’est pas terrible, il parait !

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A la chasse aux bénitiers au tournevis sur le plâtier !!
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Les bénitiers ont de magnifiques lèvres ici bleues, parfois vertes, roses, ou marrons…

Je précise qu’ici, il n’y a pas les énormes bénitiers de nos églises qui proviennent en fait de l’océan indien !

Le dimanche 24 mars on bouge pour le motu Totegegie, juste sous l’aéroport.

Je rappelle que ce n’est pas Roissy, il n’y a que 2 vols par semaines, donc aucun bruit !

Et pour faire une balade à pied, la belle piste d’atterrissage est aisée à parcourir.

C’est sympa, on y mouille dans un grand bassin de 12 m de fond, entouré de haut fond. On est tout seul !

La ferme perlière de Eric Sichoix, recommandée par Ratafia, est toute proche. On va donc en faire la visite. On a la chance d’assister au travail de 3 greffeurs, ce fut instructif !

Dès le lendemain 5 autres bateaux arrivent, Au secours…on se sauve …

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L’îlot de Mekiro vu depuis les hauteurs de Akamaru. A droite Oxygen et la maison flottante de Rémi & Louise !

On retourne à Akamaru en espérant retrouver facilement la passe officieuse, mais de toute façon, on a notre trace sur carto.

On est ravi de retrouver Louise, Rémi, les grosses carangues et la tranquillité de ce superbe mouillage, notre préféré pour tout vous dire… Surtout que peu de bateaux s‘y aventurent du fait du faible tirant d’eau toléré !

Je précise qu’on est dans 1.2m d’eau, il reste donc peu d’eau sous les safrans d’Oxygen. Un matin avec la marée basse, les safrans faisaient même un petit sillon dans le sable … Surtout ne pas plonger tête la première …

Rémi travaille à ses nacres de 6h du mat à 15h environ avec l’aide de sa femme Louise et de Jean Marc et Masauki (habitants de Akamaru) suivant les soins nécessaires aux nacres et la météo… Voir détail ci-dessous !

Mais dans son timing chargé, il prend le temps de partager avec nous quelques secrets locaux.

On va donc en apprentissage à la chasse sous-marine pour savoir quels poissons on peut tirer ici.

En effet il faut savoir que les poissons des lagons polynésiens sont tous sujets à la ciguatera.

C’est une toxine qui se fixe dans la chair des poissons qui mangent le corail, et toute la chaîne alimentaire s’en trouve impactée ensuite. Conclusion pratiquement tous les poissons de roches sont infectés. Et si on en mange, on s’empoisonne.

N’ayez pas peur pour nous, ce n’est pas mortel, mais tout de même douloureux et surtout très tenace. On traîne durant des mois des douleurs musculaires et articulaires, des démangeaisons incessantes (premiers symptômes dès le lendemain),  des désordres nerveux (froid quand il fait chaud et inversement etc etc …) et de très grosses fatigues… Bref c’est mieux de l’éviter.

La ciguatera existe aussi dans les Caraïbes, mais c’est beaucoup moins fréquent.

Par contre bien sûr tous les poissons pélagiques, comme les thons, en sont exempts!

Donc en Polynésie il faut bien écouter les locaux car une espèce peut être sujette à la ciguatera dans un lagon mais pas dans le lagon voisin, voire même à l’autre bout d’un même lagon … et parfois les locaux ne sont pas d’accord entre eux !!!

Je crois qu’on ne va pas manger beaucoup de poisson de notre chasse !! On est frileux sur le sujet.

Pour l’heure notre chasse a été fructueuse avec une vingtaine d’umetarei, sorte de chirurgien local, le seul poisson mangeable dans le coin sans danger !

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Retour de chasse sous-marine avec Rémi et Jean Marc.

Comme les poissons ne sont pas chassés, en raison de la ciguatera, ils sont très gros et pas craintif du tout, à se demander s’ils ne nous narguent pas ?

Les fonds sont très beaux avec des coraux à foison, des poissons multicolores et des requins pas très grands (pointes noires et pointes blanches, 1.2m de long). Par contre, contrairement aux Caraïbes, il est hors de question de promener dans le filet les poissons tirés. Il faut impérativement les porter dans l’annexe ou au moins dans une caisse flottante. En effet les requins rappliquent aussi sec et s’attaqueraient au filet, et c’est moi qui le porte !

On a mangé ces fameux umetarei qui sont de la famille des chirurgiens. A les regarder on se dit qu’il n’y a pas grand-chose à manger dessus, et finalement c’est très dodu et gras ! Préparés panés à la poêle c’est super bon.

Pour info, à Rikitea on a rencontré brièvement un équipier infirmier & plongeur (avec les poissons dans l’eau, pas pour la vaisselle !) d’une goélette à vocation scientifique qui nous a donné un scoop : le corail le plus profond au monde vient d’être trouvé aux abords des Gambier par 170m de fond. A cette profondeur la lumière doit être très faible et la température moins clémente, c’est extrême pour du corail. En tout cas on n’est pas près de l’observer en apnée !

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Les chèvres sauvages de Mekiro.

On a fait aussi de belles balades à terre sur les 2 îles du mouillage.

Sur Mekiro, îlot  inhabité de 200m de long,  il n’a que des chèvres sauvages (les locaux chassent de temps en temps pour en limiter la prolifération et faire un gueuleton…), des arbres, et une croix en alu fichée au sommet. A force de réparer et remplacer la croix en béton, ils ont fini par en implanter une en alu !

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Oxygen et la maison flottante de Rémi et Louise, superbe mouillage. On a adoré.

Par contre Akamaru est beaucoup plus grande avec ses 2.1km² !

Et c’est habité, on y voit 5 à 6 maisons dont l’atelier de Rémi (Base arrière pour l’élevage des huîtres perlières) et une église magnifique avec un triptyque en marqueterie de nacre et quantité de perles. Et les ruines des maisons construites par les missionnaires, surprenant.

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Eglise de Akamaru au bout de l’allée royale bordée de citronniers, crotons, palmiers, bananiers…

Il y a aussi des chèvres, des poules et des chats sauvages, 5 cochons d’élevage (4 après notre passage…), des ruches, une production de vanille, profusion de papayers, bananiers, pamplemoussiers, arbres à pain, cocotiers, orangers, citronniers, goyaviers, concombres/courgettes,  arbustes à piments oiseaux (tout petits piments super fort !)… conclusion : ici on ne peut pas mourir de faim !

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L’atelier de perliculture de Rémi sur Akamaru, voyez l’eau translucide !

Quand les habitants veulent mettre du poulet à leur menu, c’est pas compliqué :  il suffit, mais faut courir vite ou être rusé, d’en capturer un, de le mettre en cage durant 2 à 3 semaines en le nourrissant de noix de coco pour l’attendrir et l’engraisser, et ensuite de le tuer … Voilà la recette du poulet façon Akamaru, 100% bio !!

Rémi nous propose de l’accompagner à la chasse aux langoustes et crabes : alors là c’est carrément différent des Caraïbes. Ici les langoustes sont introuvables de jour…. Il faut y aller de nuit à la basse mer, de préférence sans lune pour mieux voir leurs yeux !

Cette plongée de nuit sans lune était spectaculaire. Non pas par le butin (1 langouste, 2 cigales, 1 crabe, Rémi espérait plus) mais par l’ambiance. Voir les poissons dormir en pleine eau c’est amusant, ils ne se réveillent que quand on est à quelques cm et les poissons perroquets forment comme une bulle protectrice autour d’eux …. On a pas vu de requin, Rémi nous dit être encore plus prudent la nuit car c’est leur moment préféré pour la chasse et ils sont encore plus avides !

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Petite cochonne de Akamaru, c’est son frère qu’on a allègrement mangé !

Les cochons de Akamaru, et plus généralement sur les îles, sont nourris de noix de coco.

Et comme le propriétaire des cochons voulait faire tuer le jeune mâle d’environ 9 mois, on a accompagné Rémi dans cette tâche. Rassurez-vous il n’a pas souffert. Pendant que les cochons mangent avidement leurs noix de coco, Jean Marc s’empare du malheureux à sacrifier, là il gueule forcément (le cochon, pas Jean Marc), il est plaqué à terre et Rémi de suite et d’un geste sûr le poignarde au cœur, c’est fini ! Ouf !

Reste à le dépecer : nettoyage à l’eau de mer bouillante pour faciliter l’arrachage des poils. Ensuite on frotte tout le cochon avec des papayes vertes coupées en 2. Ces dernières sécrètent un jus acide très agressif qui finalise le nettoyage de la couane, ensuite il faut rincer sinon cet acide continue de ronger la peau … et ensuite découpage, Rémi fait ça à la perfection en prenant soin de ne pas entailler les viscères pour ne pas souiller la viande !

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C’est son frère, rassurez vous, il n’a pas souffert, Rémi  et Jean Marc sont super rapides.

Reste plus qu’à se faire un super BBQ sur la plage tous ensembles. Damned, le lendemain matin la plage est occupée dès 7h par des inconnus venus en barque ! On mangera le gigot de cochon sur la maison flottante de Rémi et Louise avec un gratin de papayes vertes de ma confection, première fois que je me lance dans la cuisine polynésienne !

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Départ pour le festival de Rikitea : Masauki, Jean Marc, Rémi, Syl, la belle Louise et Tearai, le petit bambin de Louise et Rémi (5ans).

C’est l’effervescence aux  Gambier car un festival du 10 au 13 avril annonce la venue de groupes folkloriques des 4 coins de la Polynésie française. Nous espérons assister à cet événement.

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Jeune beauté du groupe des Marquises, île de Hiva Hoa.

Comme la météo n’est pas grandiose et que tous les voiliers sont mouillés dans la baie de Rikitea, on décide de laisser Oxygen à Akamaru et d’aller sur Mangareva avec Rémi et Louise sur leur bateau de travail en alu. Toutes les pensions de l’île étant réservées depuis des mois, la maman de Louise nous accueille pour la nuit !

On découvre que Rikitea a mis les petits plats dans les grands. Les rues sont décorées, les jardins encore plus propres que d’ordinaire et un aménagement est organisé avec stands d’artisanat, restauration gratuite pour tout le monde tous les midis, tribune d’honneur et  parterre de sable pour permettre les représentations des différents groupes de danse et sonorisation adéquat.

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Chant improvisé au festival

On a pu assister et apprécier les prestations des Gambier, des Tuamotu avec un groupe de Hao et des Marquises avec un groupe de Hiva Hoa, tous accompagnés de leurs musiciens.

Comment vous dire, on en avait plein les yeux et les oreilles : couleurs, rythme, déhanchement, chants …

Mais surtout vu de la métropole, la Polynésie peut paraître homogène, mais en fait chaque archipel et presque chaque île à ses particularités, ses légendes, ses costumes, sa langue. La seule constante est que les danses sont l’illustration d’une histoire, d’une légende. Soit un conteur la narre avant ou bien elle est chantée en même temps, en langue polynésienne bien sûr, autant vous dire qu’on ne pipe rien.

En fait c’est magique, on est transporté. Ce n’est pas du tout une démo de danse sportive ou de vulgaires déhanchés lascifs !

En tout cas ce sont les marquisiens qui remportent le plus de succès, et surtout de la part des femmes … Vanessa la coiffeuse de Rikitea m’avait prévenu que dès leur apparition les femmes siffleraient et crieraient tant elles les trouvent « virils », dixit Vanessa ! Perso, je suis d’accord, ils sont superbes et prennent les tripes par leurs chants!

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Les magnifiques danseurs des Marquises

VIDEO FESTIVAL : Désolée le débit internet n’est suffisant pour la charger ! je fais signe quand ce sera en ligne …

Malheureusement le temps s’est vite dégradé et on a dû repartir dès le second jour. En effet Rémi et nous-même n’étions pas serein quant au mouillage.

Le retour fut un peu sport, la mer avait levé et le ciel menaçait, un pur bonheur … mais c’est rapide, en 20 minutes on était sur Oxygen, ouf, tout allait bien !

On est surtout désolé pour les pauvres organisateurs de ce festival qui est l’occasion aussi pour les familles de se réunir autour d’un événement identitaire.

Les jours suivants, la météo n’est pas fameuse, pluies énormes, vent et surtout grosses rafales jusque 40 nœuds, et des éclairs tonitruants …

On a eu de telles rafales que la patte d’oie (bout qui soulage le guindeau en frappant la chaîne de l’ancre directement sur la coque) a un toron sectionné (sur 3 torons) par ragage sur la sous barbe tribord qui est en dyneema !

Après 4 jours de cette punition, le soleil revient enfin !

Du coup on en profite pour faire un excellent barbecue sur Akamaru. Rémi et Jean Marc au BBQ pour notre pauvre cochonnet et les filles préparent légumes : uru braisés (fruit de l’arbre à pain), papayes cuites au coco et patates douces à la vapeur et poissons crus selon 3 recettes différentes …. Et la tarte à la papaye de Jean Marc !

Un régal, le tout dans la bonne humeur …

Et on apprend encore un tas de chose : par exemple sachez que les mamans des fillettes leur perçaient les oreilles avec une épine de citronnier et un demi-citron derrière pour désinfectant. Ensuite l’épine était laissée en place le temps de la cicatrisation. Mais nous ne sommes pas étonnés car nous avons constaté que la cueillette des citrons est une activité à haut risque en raison des nombreuses épines très affûtées !

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Suite du p’ti cochon : Barbecue chez Jean Marc. Voyez la vue depuis son jardin, à tomber !!!

On attend désormais une fenêtre météo pour naviguer …

Et voilà, c’est fini, on part demain pour les Tuamotu.

On fait un dernier tour sur Akamaru dans le jardin d’Eden de Alexi pour faire le plein de citrons et pamplemousses en prévision de nos prochaines escales … en effet sur les atoll des Tuamotu, la terre est si pauvre et si salée que les fruitiers n’y sont pas à la fête !!

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Pamplemousses et Citrons donnés par Alexis. On les distribuera aux Tuamotu, pauvres en fruits.

Le lundi 22 avril nous quittons les Gambier après un au revoir à Louise et Rémi, Merci encore pour votre accueil XXL !

Encart : La magie des perles …Il ne suffit pas de les regarder grossir !!!

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Petite leçon de perliculture, on est sous le charme  !

Rémi, artisan perliculteur, règne sur 42 000 huîtres perlières qu’il bichonne avec passion et obstination.

Voyez ci-dessous comment sont cultivées les perles qu’on trouve ensuite dans les vitrines des plus grands joailliers ou cachées intactes dans des coffres forts en banque … en effet certaines perles ne sont jamais montées en joaillerie tant elles sont parfaites que les percer est sacrilège !

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les collecteurs sur ligne de Rémi, par 6 m de profondeur

Au commencement, les perliculteurs  disposent des collecteurs pour recueillir et développer  des naissains  de « larves, bébés huîtres », ou les achètent.

Ils sont installés sur des lignes sous-marines horizontales par 4 à 6 m de fond. Je précise que leur maintien par des bouées est assez savant car il faut tenir compte du marnage et du poids des collecteurs qui augmentent au fur et à mesure que les huîtres grandissent. Donc si trop de bouées : les huîtres seront trop proches de la surface (elles n’aiment pas être secouées par les mouvements de mer et la température de l’eau est trop élevée). De plus le bout reliant la ligne au bloc de béton du fond sera trop tendu et risque de casser ou bien ce sont les blocs de béton qui peuvent se déplacer … Et si pas assez de bouées, ben la ligne va trop profond, ça ne perturbe pas les huîtres qui s’y nourrissent mieux mais le travail des plongeurs s’en trouve considérablement compliqué. Je rappelle qu’ils travaillent en apnée. D’ailleurs Syl a tenté de descendre une bouée : pas facile ! Je peux vous dire que l’équipe Rémi/Jean Marc/Masauki a bien rigolé !

Il faut sortir les collecteurs régulièrement pour les laver sous haute pression, ainsi débarrassées des algues & coquillages opportunistes, les huîtres grossissent plus vite et ne chopent pas de maladies.

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Schéma d’accroche des ligne sous-marines

Quand elles ont vers 1 an, elles sont désolidarisées des collecteurs pour être placées dans des « sacs » en grillage plastique, protégées des poissons prédateurs, bien séparées les unes des autres pour être à l’aise et bien grandir …

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Greffeuse en plein travail. Dans les coupelles les nucléus à implanter, les perles récoltées dans le bac blanc, les outils de chirurgie et la bétadine pour désinfecter  la plaie !

Quand elles ont 2 ans environ, elles sont greffées pour la première fois, opération délicate faite par des greffeurs professionnels qui ne font que cette opération à longueur de journées. Il faut une grande pratique, le geste est délicat, il doit être précis, un véritable travail de chirurgien, ce personnel est chinois (les moins chers et les plus assidus), polynésiens ou japonais (le top du top mais taux horaire exorbitant). Ça consiste à entrouvrir la coquille (pas plus de 3 cm pour ne pas blesser le muscle adducteur), ouvrir au scalpel la gonade, une sorte de poche dans le corps de l’huître, introduire un nucléus (sphère de nacre) et le greffon constitué d’un morceau de manteau d’huître (la « membrane » qui se rétracte quand on met du citron dessus !). Tout ça très rapidement avec scalpel, bétadine… la totale… Il y a même des nucléus imprégnés d’antibiotique pour que l’huître ne s’infecte pas après cette opération chirurgicale, c’est pas une blague !

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Cette jeune femme remet les huîtres opérées  dans leur « sac » de croissance pour les remettre sur lignes sous-marines

Ensuite les huîtres sont accrochées dans des sacs en grillage plastique et remises à l’eau. Bien sûr elles sont surveillées et surtout lavées à l’eau sous haute pression en moyenne tous les 3 à 4 mois.

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Suspense  : « accouchement » d’une huître, on découvre la perle ! De suite la greffeuse va remettre un nouveau nucléus vierge que l’huître va de nouveau recouvrir de nacre.

Au bout de 18 mois elles sont sorties pour être réopérées : le « chirurgien » rouvre exactement au même endroit pour sortir la perle et immédiatement remettre un nucléus de la même taille que la perle sortie (pour ne pas perturber l’huître je pense), et rebelote : elles retournent à l’eau dans un sac grillagé et lavées régulièrement…

Au bout de 12 mois cette fois ci, elles sont encore réopérées… etc etc…

Une huître perlière est greffée 3 ou 4 fois, ensuite la nacre est sacrifiée !

Du coup, on la mange. Non pas toute l’huître mais seulement le muscle adducteur de fermeture de la coquille, on l’appelle coroli. On le mange cru, accommodé au jus de citron, c’est un peu dur, épais mais sincèrement fameux.

Et les coquilles sont vendues pour la nacre, travaillée en bouton de luxe ou pour l’artisanat.

Alors là je vous fais de la littérature, ça à l’air simple, mais en fait pas du tout.

D’abord les greffons ne réussissent pas toujours, et vous ne le savez qu’à l’accouchement !!! C’est à ce taux de réussite qu’on estime la valeur d’un greffeur.

L’huître peut rejeter le nucléus et faire tous de même une perle, mais comme il n’y a pas de noyau sphérique, la perle est petite à une forme aléatoire très biscornue, on appelle ça keshy, c’est de la nacre pure ! Sa valeur marchande est, parait-il, plus forte que celle de l’Or ! Perso je n’aime pas les keshy.

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Rémi à bord, c’est dur de choisir …

Ensuite les perles varient en taille bien sûr mais aussi en forme. Même si le nucléus est resté, l’huître a pu y déposer la nacre de façon non homogène. Dans ce cas la perle peut être en forme de poire, avoir des stries circulaires (la perle tourne dans le corps de l’huître), des tétons, toutes sortes de bizarreries…

Puis vient les histoires de couleurs, reflets…tout dépend de la partie de manteau glissé avec le nucléus. Ainsi il existe les perles noires bien connues, mais aussi vertes, champagnes, bleus métal, blanches, rosées… A choisir suivant ses goûts et à mon avis la couleur de peau de la porteuse du bijou !

Bien sûr il existe une classification et sachez que c’est la couleur, l’orient de la perle qui donne sa valeur en priorité sur la taille, la forme…mais l’épaisseur de nacre doit être au mini de 0.8mm, c’est la loi ! Et peut aller jusqu’à plusieurs mm mais pour la mesurer faut faire une radio, pas facile !

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Nettoyage des perles  au tambour chez le perliculteur Eric Sichoix

Les perles sont lavées et polies dès le jour de leur sortie d’huître et vendues ensuite à des coopératives de perliculteurs, ou directement à des bijoutiers pour montage. Un petit défaut comme un téton peut disparaître en positionnant judicieusement l’attache !

Toutes ces techniques ont beaucoup évoluées depuis les années 70’. Auparavant seule la nacre des coquilles était exploitée et de temps en temps on trouvait une perle !

Les Gambier étant la première zone de production d’huîtres perlières pour la Polynésie française, vous comprendrez aisément que, lorsqu’on y navigue, il faut constamment observer la surface de l’eau pour éviter les bouées des lignes d’huîtres. Il y en a partout et pas toujours très visibles. Par contre les lignes étant sous-marines, normalement on ne risque pas d’en prendre une dans les hélices, si les bouées sont bien équilibrées, en théorie !

Pour pouvoir cultiver des perles, il faut avoir une concession maritime définie par les autorités et le maire des Gambier. Elles sont octroyées pour 5 ans.

Mais faut surtout avoir la connaissance, être bon plongeur et pas fainéant !

Cap’tain m’a offert une très belle perle de collection mais qu’on va tout de même faire percer (Sacrilège, je crois que Rémi regrette de nous l’avoir vendu …) et de très belle boucle d’oreille. C’est challenge car cela nécessite 2 perles de même couleur, même taille et même forme !

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Atelier du perliculteur Eric Sichoix

A très bientôt !

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Oxygen est là !!!

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2 réflexions sur “Mars 2019 : Archipel des Gambier en Polynésie Française

  1. Monique et Jean Luc 19 mai 2019 / 12:33

    Les Gambiers….une île superbe qui est trop méconnue, mais plus maintenant, grâce au somptueux descriptif du mouss Isa. Photos, richesse du texte et bienveillance de ses habitants. Merci pour cette belle page.

  2. Savignac 30 avril 2019 / 07:42

    Woua quel article et que c est beaux ! On a fait 3 semaines la Polynésie mais la c est trop magnifique ! Profitez bien les amis ! Bisousss de la Smala !

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