2019 fév : Ile de Pâques – Passage Pitcairn

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les Moai de Tongariki

Iorana !

Ça veut dire Bonjour en polynésien (version «francisée»,  sinon c’est ia ora na…)

He bien oui,  l’île de Pâques est un territoire chilien mais ses habitants « historiques » sont originaires de Polynésie et son nom indigène Rapa Nui veut dire Grande Rapa (Rapa est une île à la même latitude, faisant partie de l’archipel des Australes en Polynésie Française). Mais elle porte aussi les noms de Mata Ki Te Rangi et de Te Pito O Te Henua à traduire respectivement par «Les yeux tournés vers le ciel» et «Nombril du monde», rien que ça!

Faisons les présentations:

Rapa Nui est l’île habitée la plus éloignée de toute terre…..

2 Pacifique Paques fléche
Pacifique….

C’est un triangle isocèle (15*15*23km) de 166km2 à 3700km du Chili, 2000 de Pitcairn, 4000 de Tahiti, 7000 de Los Angeles, 8000 de l’Australie….les distances donnent le tournis…..

Mais Monsieur GPS préférera la situer par ses coordonnées : 27°08ʼ de latitude sud (donc en dehors de ce qu’on appelle la zone tropicale située entre les deux tropiques : Cancer par 23°nord et Capricorne par 23°sud…) et 109°20ʼ de longitude ouest….tout un programme…..

3 Carte Touristique Ile de Paques
Carte de Rapa Nui

Géologiquement elle est constituée de 3 volcans, dont le Poike est le plus âgé (3 millions d’années). Ce n’est donc pas une terre dérivée d’une plaque continentale mais bien une île qui a surgi du fond de l’océan Pacifique à la faveur d’une activité sismique pour le moins intense, en témoignent la soixante de cônes volcaniques, cratères et lavatubes (tunnels de lave refroidie semblable aux tuneles des Galápagos) dispersés dans toute l’île.

Ainsi la faune et la flore ont dû y venir par leur propre moyen ! Autant vous dire que la faune y est très pauvre en raison de l’isolement de ces terres : poissons, oiseaux et mammifères marins bien sûr mais pas en quantité délirante….et à terre seul un type de lézard et un autre de gecko (appelé Al par Capʼtain Syl…). Quant à la flore originelle, il ne reste plus que de l’herbe, les arbres ayant été décimés suivant une hypothèse que nous verrons plus tard (…va falloir tout lire !).

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Oxygen devant le motu Kao Kao devant et motu Iti derrière

Ensuite aux alentours de lʼan 500, d’intrépides marins sont venus de Polynésie : des Marquises, Tuamotu, Gambier ? Ce n’est pas bien défini encore, l’ADN n’a pas encore fait  toutes ses révélations… Les polynésiens étaient de grands navigateurs se repérant aux étoiles et formant des « cartes marines » à l’aide de filets tressés en fibre de végétaux avec des coquillages attachés figurant les îles, leurs embarcations étaient rapides et sûres.

Ils se sont installés sur Rapa Nui et ont développé leur propre mode de vie et croyance tout en continuant d’échanger de temps à autres avec les autres îles polynésiennes.

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Reconstitution d’une maison « bateau »

La population était répartie en plusieurs clans. Chacun de ces derniers avait un territoire délimité avec accès à la mer pour la pêche, source d’eau douce (un peu saumâtre tout de même), arbres, culture vivrière, élevage de poules…à priori tout allait bien…. Et côté croyance il nous reste de cette époque les mystérieux Maoi !  Célèbres statues de pierre géantes.

Cʼen était à ce stade lors de la découverte de l’île par un bateau hollandais le jour de Pâques (!) de 1722. La population a été estimée à environ 2500 âmes.

Par la suite les divers bateaux (Phelipe Gonzales de Haedo en 1770, Cook en 1774, La Pérouse en 1786, Lissansky en 1804…..) notèrent que les statues étaient toutes renversées face contre terre, qu’il y avait très peu d’arbres et de cultures…..la population très pauvre, comprenez par-là aux conditions de vie rudes avec une nourriture peu diversifiée et rare.

Pour résumer, les historiens ont supposé que les conditions climatiques et l’exploitation excessive de la forêt a engendré une déforestation massive, favorisant l’érosion des sols et donc des cultures vivrières mises à mal. De plus la pêche en mer était rendue impossible puisqu’il n’y avait plus de bois pour fabriquer des bateaux….. Cette situation de pénurie extrême a engendré des tensions et des guerres intestines auraient éclatées entre les divers clans de l’île.

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Un bateau d’explorateurs gravé sur le ventre d’un Moai

A partir de là, s’ajoutent les bateaux de passage à but tantôt colonisateur, tantôt esclavagiste tantôt évangéliste et vous comprendrez que la situation alla de mal en pis pour les autochtones !

Pour aller vite, les plus gros de tous leurs drames furent :

  • la razzia péruvienne en 1862 de 1500 pascuans pour travailler dans les mines d’argent. Après un tollé international (français & anglais) le Pérou fut sommé de rapatrier les pascuans dans leur île. Mais une année s’était écoulée depuis leur capture et il n’en restait déjà plus qu’une centaine en vie. Lors du voyage de retour encore 80 périrent. Seuls 16 retrouvèrent leur île et malheureusement au cours de leur esclavage au Pérou ils avaient contracté diverses maladies dont la variole et la population pascuane fut décimée. Après ce terrible épisode il ne restait plus que 125 habitants sur toute l’île !!! C’est lors de cette tragédie que toute connaissance empirique a disparu, l’héritage culturel a été perdu (ou bien caché).
  • En 1868 un  aventurier français, Dutrou Bornier, s’installa dans l’île en s’appropriant de nombreux terrains pour y développer un élevage productif de 400 moutons. Il sʼauto-proclama roi et fit régner terreur et brutalité. A tel point que la majeure partie des pascuans s’exilèrent à Mangareva aux Gambier et à Tahiti mais Dutrou Bornier réussi à en empêcher quelques-uns de se sauver pour les forcer à continuer de travailler à l’élevage des moutons…..n’y tenant plus ils finirent par assassiner Dutrou Bornier en 1876…..Ouf !
  • En 1881 des pascuans exilés à Tahiti ont demandé à la France un statut de protectorat pour leur île, mais la France refusa (terre trop lointaine, sans abri sain, ne présentant pas de richesse naturelle…). Ce fut le Chili qui l’annexa en 1888. En 1895, le Chili confia l’exploitation de l’île à un homme d’affaires, Enrique Merlet, d’origine française, et autorisa une firme anglaise, la compagnie Williamson & Balfour, à exploiter toutes les terres pour élever des moutons, encore ! …..pour résumer, toute la population fut « parquée » à Hanga Roa (seul village de l’île) avec interdiction de sortir de ce périmètre, l’eau étant rationnée au profit des moutons……Privés de leur terre, les pascuans ne pouvaient plus cultiver et donc subvenir à leurs propres besoins, les conditions de vie furent très dures : famines, travail obligatoire, vexations, humiliations, les protestataires étaient menacés d’être déclarés lépreux par les autorités et d’être enfermés à la léproserie de l’île et de contracter pour de bon la maladie: pour résumer c’était comme un camp de détention où l’on ne mourrait pas tout à fait de faim….. La firme anglaise se retira en 1953, l’armée chilienne prit le relais mais ce ne fut pas mieux, voire pire. La population était si désespérée que certains construisirent des barques en cachettes. Au moins 8 tentatives d’évasion par la mer furent entreprises entre 1944 et 1958, toutes vers Tahiti à 4000km, ou à minima les Gambier ou les Tuamotu à 3000km. Elles se soldèrent par 4 bateaux disparus. Les  pascuans des 4 bateaux réussissant à toucher terre se virent pour la plupart renvoyés sur l’île de Pâques, à leur frais, payés en travaux forcés sur les cargos, dans l’armée chilienne ou autres.
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les Moai de Anakena, juste derrière la plage….

Cette situation cessa à la fin des années 60 seulement. Aujourd’hui les pascuans tentent de faire reconnaître leur droits et reprendre leurs terrains mais ce n’est pas si simple car d’une part l’île a été déclarée « héritage mondial de humanité » par l’Unesco en 1995 et certains terrains sont désormais inaliénables….. d’autre part, des chiliens ont achetés des terrains à l’Etat et donc sont propriétaires, impossible de les exproprier. C’est le cas d’un complexe hôtelier installé sur un terrain qu’une famille pascuane revendique, la clôture est bardée de revendications, un comité pascuan a été jusqu’à empêcher un groupe de touristes d’accéder à l’hôtel. Ils ont dû rebrousser chemin….mais la police n’a pas bougé, c’est le statu quo…..

Je sais bien que le peuple pascuan n’a pas le monopole de la souffrance, mais ça me navre d’entendre toujours l’histoire qui bégaie !!

Pour nous qui avons côtoyé des pascuans de souche et des chiliens vivant sur l’île, la  tension est palpable, souterraine…..Tout est si récent, la mémoire est vive !!

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Un pukao gravé tombé sur le site de Vaihu

On peut parler des heures de ces pascuans malmenés mais je voulais juste vous faire toucher du doigt quelques brides de leur histoire, c’est pourquoi j’ai maladroitement tenté de la résumer. Je vous recommande vivement de lire « les évadés de l’île de Pâques » de Marie Françoise Peteuil aux éditions Lʼharmattan (2004). C’est une recherche poussée de l’histoire du peuple pascuan. C’est édifiant, navrant mais captivant. Arrachez-vous de la télévision, de votre PC et tablettes en tous genres pour lire ce livre…..bien sûr les guides traitant de l’île de Pâques n’en touche mot, se conformant au discours officiel et se limitant aux magnifiques statues Moai….qui n’en sont pas moins sublimes.

Mais revenons à notre propre séjour sur cette île…..

Tout d’abord il faut savoir que l’île ne possède pas d’abri marin. Il y a en fait 4 mouillages répartis autour de l’île : Hanga Roa à l’ouest (le seul village de l’île), Anakena au nord (une des 2 seules plages de l’île), Vinapu et Hotuiti sur la côte sud. Mais tous sont ouverts à la houle principalement Sud Est, voire des 40ème rugissants, rien ne l’arrête…..c’est vous dire si elle est très….houleuse !

Donc suivant la météo il faut choisir le bon mouillage et en changer au besoin ou bien carrément ne pas s’arrêter si les conditions sont trop difficiles. Ce serait dommage après une si longue navʼ !

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La côte de Rapa Nui est pour le moins inhospitalière…….

Nous avons de la chance, les conditions météo des prochains jours nous permettent de nous arrêter sur Rapa Nui !! Faut dire que c’est l’été ici, janvier et février sont les mois offrant les meilleures conditions météo de l’année. Ça fait partie des nombreuses facettes que Capʼtain Syl travaille bien en amont des navigations entre son PC et sa cheminée : périodes à privilégier suivant les vents & courants dominants / cyclones etc etc mais aussi les  festivals / carnavals & divers intérêts culturels à terre, c’est son pʼti coté IME qui ressort de temps en temps, à bon entendeur, salut !!!

Le lundi 11 février, après avoir longé la côte sud, sur laquelle nous apercevons nos premiers Moai, nous arrivons face à Hanga Roa. Le premier challenge consiste à mouiller l’ancre dans du sable par moins de 20 mètres de fond !!! Et le seul moyen de vérifier c’est de plonger…..tout va bien, l’ancre est bien enfouie dans du sable, l’eau est limpide, chaude mais déserte, aucun poisson !

A peine 1/2h après, les autorités arrivent en barque : 6 personnes investissent Oxygen…..avec leurs chaussures sales !! Ça dure 3/4 d’heure, le temps de tamponner nos passeports, remplir la paperasse douane/immigration/portuaire et de faire un tour d’inspection au cours duquel le gars investi du contrôle sanitaire pique tous nos pamplemousses. Tous les légumes et fruits non achetés au Chili doivent être «kidnappés» quel que soit leur état…..dans ce cas ce n’est pas une décision sanitaire mais commerciale, je tente d’exposer mon point de vue mais que nenni, rien à faire !! Heureusement j’avais caché tout le reste de mon avitaillement….on commence à être rodé et on avait été prévenu….Par ailleurs ils nous préviennent qu’il est interdit de déposer nos poubelles à terre !!!

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Vache en liberté

Mais il faudra se rendre à terre dans les bureaux de la Marine pour payer et finaliser notre entrée officielle et faire la sortie du pays.

Au mouillage il y a 6 autres voiliers, uniquement des monocoques, pour vous donner une idée : 1 français venant du Chili, 1 autrichien venant des Galápagos ( qu’on a fréquenté à Bahia de Caraquez en Equateur), 1 norvégien venant du Chili, 1 hollandais, 1 allemand, 1 chilien qui fait du day-charter (ballade en journée de touristes le long des côtes).

Inspection des fonds, des cales moteur, fermeture du lazy bag de GV, rinçage des panneaux solaires etc tout un tas de pʼtites bouines et nous sommes fin prêt pour recevoir les copains autrichiens pour un apéro. On a plein de trucs à se raconter, en anglais, puisque depuis notre rencontre à Bahia de Caraquez ils ont fait les Galápagos et nous le périple à terre en Equateur et Pérou….Ensuite gros dodo, le premier ensemble depuis 19 jours !

Ce mardi nous souhaitons bien sûr aller à terre. Normalement la Marine chilienne oblige à laisser au moins un membre d’équipage sur le bateau en permanence au cas où la météo change (ça peut être très soudain ici) et nécessite de changer de mouillage….mais on prend le risque, Syl a fait un point météo et ça doit le faire !!

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Chevaux en liberté

Seconde étape trouver un pêcheur, contre rétribution bien sûr, qui nous prendrait sur sa barque pour nous amener à terre : en effet l’accès au mini port de pêche est barré d’une série de rouleaux, des déferlantes qui retournent régulièrement les annexes…. il faut un moteur relativement puissant pour foncer au travers de ce barrage …pour le moteur c’est Ok car nous avons un Yamaha 15ch enduro mais encore faut-il savoir foncer au bon moment et au bon endroit, choisir la bonne déferlante et ça seuls les locaux ont cette connaissance !! Syl ne prend jamais ce genre de risque s’il peut faire autrement et moi je suis à 200% d’accord.

Et quel plaisir d’être sur les barques des pêcheurs, j’adore. Ils les conduisent d’une main ferme, debout, le regard loin, sûr d’eux. Les barques de 6 m de long sont moulées en fibre de verre (c’est pour ça que qu’ils les appellent des fibras), munies de moteurs puissants de 40 ou 60ch, le matos de pêche bien rangé (facteur de sécurité), propres, peintures vives, elles portent souvent des noms de femmes ou à la gloire de Dieu….

Mais pour l’heure c’est Marta, skippeuse du bateau chilien day charter, et son père Francisco qui nous proposent de nous amener à terre à l’occasion de leurs allers et venues. Elle manœuvre à merveille dans les rouleaux….

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Le Moai veille sur le port des pêcheurs

Enfin nous mettons pied à terre, et déjà un Moai nous accueille….

En ce moment, c’est la Tapati, grand festival annuel pascuan, c’est pour cet événement que nous avons fait au plus vite pour partir d’Equateur. Nous voulions avoir toutes les chances de participer au moins aux derniers jours…. Le principe c’est que 2 équipes s’affrontent aux cours d’épreuves sportives (comme la descendre sur troncs de bananiers depuis le sommet Maunga Puʼi avec une pente de 45° ou courses de chevaux a cru) et culturels (comme les Kaikai, récit de légendes à l’aide de ficelles savamment manipulées, sculpture sur bois ou danses ) et ainsi l’égérie de l’équipe gagnante est déclarée Reine Rapa Nui pour l’année à venir….bien sûr ces représentantes de chacune des équipes sont de superbes filles au teint cuivré, aux cheveux magnifiques, au sourire enjôleur, habillées de seulement quelques plumes, coquillages et fleurs, se chaloupant au rythme de la musique….bref tout un programme……on espère bien assister à ces festivités.

Mais ça commence mal car tous les spectacles de danse et événements culturels sont le soir, et nous on ne peut pas car les pêcheurs le soir sont….à la pêche, pour toute la nuit. De toutes façons personne, pas même les pêcheurs, ne prend le risque de passer les déferlantes de nuit…..

Et pour ce qui est des épreuves sportives c’est l’après-midi, mais en dehors de Hanga Roa…..compliqué encore pour s’y rendre.

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Les parfaits touristes….

De plus cette année, exceptionnellement, il n’y a qu’une équipe en lice, le suspense est donc bien mince !! Résultat les locaux ne se passionnent pas pour la Tapati 2019…

On mise seulement sur le défilé de clôture que doit avoir lieu jeudi à 17h dans les rues de Hanga Roa, tout le village est maquillé et habillé haut en couleurs pour cet événement à ne pas manquer, parait-il. On s’en réjouit d’avance !!

Pour l’heure, nous déambulons dans les rues de Hanga Roa à la recherche de la banque pour échanger des us$ pour des pesos chiliens, l’agence Entel pour avoir une carte data internet, le bureau du parc national Rapa Nui pour acheter les tickets d’accès aux sites archéologiques (80$/pers, valables 10 jours après le 1er site, attention sites Raraku et Orongo visitable une seule fois), des cartes postales, le bureau de l’armée pour finaliser nos papiers d’entrée et payer. Mais pour ce dernier faut repasser le lendemain car ils n’ont pas fini….et on flâne parmi les tentes d’expositions artisanales présentes à l’occasion de la Tapati…..les rues sont fleuries de très nombreux hibiscus aux fleurs gigantesques, les caniveaux sont démesurés (preuve s’il en était besoin qu’il pleut beaucoup ici !), les maisons basses et colorées, l’atmosphère est tranquille, les gens souriants, les hommes arborent souvent de nombreux et grands tatouages, de nombreux grands chiens mais peu de chats. Les femmes portent des fleurs dans leur très belle chevelure brune, leur peau est cuivrée, et un peu d’embonpoint mais bien placé !

On sent qu’on a changé de monde, de population : on rentre dans le vrai Pacifique…. Enfin !

On a adoré l’Amérique centrale et du sud, les Galápagos, mais là encore on change d’univers….

Pour le mercredi nous louons une voiture, et partons dans la campagne de Hanga Roa à la rencontre de Tuhiira, délicieuse jeune femme pascuane dont des connaissances de bateau (Danielle et Yannick de Douarnenez, bateau Teva rencontré à Cuba) nous ont transmis le contact. Elle va venir avec nous pour nous faire découvrir son île….et nous voilà parti tous 3 sur les routes, enfin LA route puisqu’il n’y en a qu’une qui fait le tout de l’île…..Des vaches et des chevaux en grande quantité déambulent en totale liberté sur toute l’île, ils sont marqués et ont tous un propriétaire, ils broutent à leur guise…

Le paysage est vallonné, couvert d’herbe rase avec d’innombrables cônes volcaniques. Pour un peu on se croirait en Auvergne….Quelques arbres seulement sauf au centre où il y a une forêt d’eucalyptus. Et désormais il existe une zone de culture : ananas, patates douces, taro, avocats, mangues, figues, goyaves, melons, pastèques, bananes…tout pousse à merveille ici car les températures jamais excessivement froide ni chaude et une forte humidité…. Mais le vrai défi consiste à retrouver l’arbre endémique disparu, à savoir le toromiro, une espèce d’acacias.

Depuis 2000 quelques 100 pieds ont été réintroduits, mais c’est un arbre à la croissance très lente… (quelques graines ont été retrouvées chez un botaniste suédois, sans doute ramenés par des explorateurs au XIXème siècle ?)

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Les Moai renversés face contre terre  de Vaihu

On commence par le site Vaihu et son Ahu Hanga Teʼe où 8 Moai sont renversés face contre terre. LʼAhu est le socle de pierre sur lequel était disposées les statues, il est tout aussi sacré que les Moai.

Certains chercheurs pensent que ce sont des tremblements de terre qui auraient fait tomber les Moai, J’y connais rien mais je ne vois pas pourquoi ils seraient tous tombés dans le même sens pratiquement en parallèle. Dans cette hypothèse je les imaginerais plutôt disposés pèle mêle !!

Les Moai ont parfois un « chapeau ou chignon » appelé Pukao. Ils sont faits dans une pierre rougeâtre beaucoup moins dense extraite des flancs du cône Te Panu Pau alors que les Moai proviennent des flancs du cratère Rano Raraku.

Même renversées les statues en imposent, et c’est triste de les voir ainsi diminuées comme handicapées.

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Reconstitution de cultures protégées pour des murets de pierres de lave…..

On peut voir aussi sur ce site des maisons de l’ancien temps reconstituées avec sol en pierres, arceaux de bois et couverture de ramure en forme de coque de bateau renversée. Ainsi que des poulaillers en pierre (bien plus solide que les maisons !) et le procédé de protection des cultures. En effet le vent malmenait beaucoup les pieds de taro, bananiers, patates douces….les plantes poussaient donc entourées de muret d’environ 1 mètre de haut ou bien la parcelle cultivée était recouverte de pierre pour éviter l’érosion du sol. Un travail de titan….

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Moai en cours de sculpture sur le site de la carrière  Rano Raraku

Ensuite nous passons au site de Rano Raraku, en raccourci c’est la carrière principale des Moai, ils étaient taillés directement dans le flanc du cratère.

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Nos pauvres Moai qui regardent en tous sens….Mes préférés

Le site est superbe car en raison de l’arrêt subit des tailles de sculpture, tout est resté en plan, y a pas d’autres mots. On jurerait que les sculpteurs sont en pause syndicale et vont reprendre leurs ouvrages dans 20´. Mais non, c’est ainsi depuis des siècles. Il y a là tous les stades d’évolution, du Moai partiellement sculpté encore joint à la montagne à celui fini qui a déjà parcouru quelques centaines de mètres en direction de sa destination finale. Et que dire des dizaines de Moai en partie ensevelis dont ne dépassent que la tête, il en est qui regardent dans toutes les directions à la recherche de quelque chose !

Pour bien se rendre compte juste quelques chiffres :

Le site de Rano Raraku a produit 784 Moai du XI au XVIIème siècle !

Le plus grand, en cours de sculpture, fait 21,60 m et aurait pesé 180t.

Le plus grand transporté et érigé mesure 10m pour 74t (sur lʼAhu Te Pito Kura).

Face au gigantisme de ces chiffres les questions se bousculent :

Comment les transportaient-ils ? Comment les relevaient-ils ? Hypothèse la plus répandu est que les Moai étaient glissés sur des rondins (troncs d’arbre entier au besoin), ce qui aurait entraîné une surexploitation forestière…..

Pour info, les yeux n’étaient finalisés que lorsque la statue était rendue à destination, le blanc de l’œil étant en corail poli en forme d’amande et la pupille en tuf ou en obsidienne (lave qui a subi un refroidissement brutal, appelé aussi « verre des volcans »).

On peut parler longtemps des Maoi mais il y a de nombreuses publications sérieuses et je vous invite à lire ces sources plutôt que mon propos de néophyte…..je préfère juste vous dire que c’est majestueux, impressionnant, intimidant. On a presque envie de parler tout bas pour ne pas les déranger…..

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AgTemana, Cap’tain et Tuhiira

Tuhiira nous amène voir son oncle Francis ( il est français…) en sa maison au bout d’un chemin de terre avec vue sur la carrière Raraku et ses Moai dispersés. L’endroit est superbe et authentique. La maison est remplie de sculptures, pierres taillées et pétroglyphes. Mais Francis est surtout le mari de Ida Luz Hucke Atan Piru, témoin et victime du régime chilien des «années dures», elle témoigne dans le livre de MF Peteuil. Malheureusement elle est décédée en sept 2018.

Son oncle est absent mais on fait la connaissance dʼAgTemana, son voisin et ami. Un personnage de premier rang dans tous les sens du terme ! C’est un militant de la première heure qui, entre autre, œuvre ardemment à la restitution des terres aux familles pascuanes, il est allé jusqu’à discourir à l’ONU.  Il a aussi créé le drapeau Rapa Nui représentant le collier que les chefs de clan portaient. C’est un monsieur très impressionnant qui en impose ! Et qui vit dans une cabane des plus modeste…

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Les ruches de Francis, si réputées de Rapa Nui, installées devant le Rano Raraku

Sur l’île, un produit est très prisé et renommé : le miel ! Et ça tombe super car Francis et AgTemana veillent sur 7 ruches, on en achète donc un bon kilo, ça ne se perd pas. J’en ferai mon délice tous les matins…..

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Moai de Tongariki

Et comme on n’en avait pas encore assez, on va sur le site Tongariki. Nous l’avions déjà vu depuis Oxygen en longeant la côte sud. Mais maintenant depuis la terre les statues nous regardent, c’est énorme. Il y a 15 géants, magique. En plus on est vraiment gâté par le soleil qui les éclaire parfaitement….

En 1960 un terrible raz de marée emporta les ruines de ce site sur plusieurs centaines de mètres. Complément lessivé par les paquets de mer, le site fut l’objet du mécénat d’une firme japonaise, Tadano, fabricant de grues, entre 1991 et 1993. Pour la petite histoire, le slogan choisi fut «Tadano redresse même lʼHistoire» ! Quel humour….en attendant ce fut le plus grande chantier archéologique jamais entrepris dans le Pacifique sud avec 10 000 m3 de roches à trier depuis le gravier jusqu’au bloc de 80t.

Et 140 squelettes humains ont été dégagés, en majorité des enfants. Morts naturelles, sacrifices, rites : on cherche encore….

Sur le site, il y aussi un Moai couché, mais en fait il ne faisait que passer : je m’explique. Il est renversé sur le dos mais ses yeux ne sont pas encore ouverts (comprenez par là pas encore finis d’être sculptés) on sait donc qu’il est tombé au cours de son transport et s’est brisé…il a été abandonné sur place….le pauvre…..

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Dans le port, en raison des conditions météo et des mouvements de mer les barques des pêcheurs doivent être attachées à l’avant et à l’arrière……On ne voit pas ça souvent !

Forts de toutes ces infos, on rentre sur Hanga Roa pour aller manger un ceviche en compagnie de Tuhiira à côté du port Hanga Piko, autre mini port de poche. Il y a encore quelques années parfois les voiliers entraient ici, mais uniquement avec un pilote, et étaient amarrés au plein milieu avec 4 bouts qu’un plongeur devait aller fixer au fond de l’eau. Mais lorsque le vent tourne, la houle entre dans le port et les voiliers étaient pris au piège sans pouvoir ressortir du port, plusieurs ont été salement endommagés voire perdus. Désormais les voiliers sont refusés.

Il y a un cargo ravitailleur chilien mensuel, il se met à l’ancre au mouillage, comme nous, et des petites barges munies d’une grue viennent sur son flanc pour effectuer le déchargement. Mais à l’approche du mauvais temps il décampe aussi sec et tourne parfois autour de l’île plusieurs jours en attendant de pouvoir remouiller et décharger ! Quant aux barges elles sont hissées sur un plan incliné dans le port Piko.

On en profite pour passer au bureau du port pour finaliser notre entrée mais cette fois l’officier nous signifie que c’est trop tard…..fallait venir avant 14h, on doit encore repasser le lendemain donc !

La météo annonce un changement pour la nuit du jeudi au vendredi : il faut donc aller se mettre à l’abri de l’autre côté de l’île….mais pas trop tôt car la houle est encore forte de l’autre coté…. c’est subtil. La houle ne change pas aussi vite que le vent, il faut environ 4h suivant les conditions. On lève l’ancre pour le mouillage de Vinapu. Ce dernier n’a pas une super réputation quant aux fonds qui sont en grande partie rocheux, or une ancre ça se pose sur du sable… Pour sa bonne tenue il faut qu’elle s’enfouisse dans ce dernier, qu’elle «disparaisse». D’autre part, si une ancre est sur fond rocheux, il y a toutes les chances pour qu’elle se coince dans des anfractuosités, ou bien la chaine, et là vous être bien sûr de ne pas déraper mais vous ne pouvez pas non plus remonter l’ancre et s’il y a urgence à déguerpir vous êtes obligé laisser sur place l’ancre et la chaine en les désolidarisant du bateau. Vous allez me dire suffit de plonger, oui mais à Pâques les mouillages se font par 20/25 m de fond. En apnée c’est trop raide et donc faire intervenir un plongeur bouteille….c’est complexe et demande du temps, et je parle pas des couts…

Dans tout ça, au final, on ne peut pas participer au défilé festif de la Tapati qui était ce jour à 17h….vous l’aurez compris on verra rien de ce festival….Ça c’est fait !

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Arc en ciel sur les vaches de Vinapu….

Arrivée au mouillage de Vinapu, la lumière n’étant pas excellente, je vais à l’eau avec masque/tuba/palmes pour chercher un coin de sable où poser la pioche (nom intime donnée par les marins à l’ancre). Finalement Capʼtain repère une bouée, j’analyse son attache au fond et on décide d’y amarrer Oxygen. Quelle aubaine !! Mais on ne s’en vente pas à la VHF de peur que l’armée nous signifie de libérer la bouée….Par contre je n’ai encore vu aucun poisson !!

Pour info, sur ce mouillage, on est condamné à rester en mer car il y a bien un vieux ponton où débarquer avec l’annexe mais vous ne pouvez pas l’y laisser car ça bouge trop. Donc qu’en faire ? Seule solution : ne pas aller à terre….c’est plus simple. On passe une excellente nuit.

Le lendemain le voilier chilien arrive et nous signifie que la bouée lui appartient….dépités, nous repartons à la recherche d’un fond de sable…..mais Marta nous indique où chercher et surtout ne pas se rapprocher du rivage car la forme des fonds et du rivage engendre une vague mauvaise qui jette les bateaux sur la cote….ça fait froid dans le dos…..on finit par mouiller par 22m de fond, on ajoute même un bout de 50 mètres en plus de notre chaine inox de 70 mètres car des rafales jusque 40 nœuds sont prévues pour la soirée….on est un peu nerveux !

Marta est la skippeuse du bateau chilien day charter. C’est une pétillante chilienne de 26 ans qui n’a pas froid aux yeux et déborde d’énergie. Une très chic fille. Elle a eu une journée de dingue entre le changement de mouillage, plusieurs tournées de touristes, les manœuvres….au son de sa voix à la VHF on sent qu’elle a un pʼti coup de fatigue, on l’invite donc à venir se restaurer à bord dʼOxygen….on a passé une super soirée en sa compagnie. On a évoqué le manque d’infrastructure portuaire : pontons, agrandissement du port, digue ou au moins des bouées à louer. Tous les projets sont bloqués par le parlement local pascuan qui ne veut rien entendre. Perso il me semble que, ne serait-ce que pour les pêcheurs, ce serait un mieux et vu l’isolement de l’île, le nombre de plaisanciers n’augmenterait sans doute pas. Actuellement il y a environ 20 à 30 voiliers par an qui font escale à l’île de Pâques, seulement ….

Finalement tout va bien, ça a bien soufflé, mais on n’a pas dérapé, ni aucun autre bateau…ouf ! Le samedi se passe sans encombre toujours coincé à Vinapu.

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De retour à Hanga Roa le paquebot a pris notre place….

Enfin le dimanche on retourne au mouillage dʼHanga Roa. Marta, qui a 2 bouées sur ce mouillage, nous offre d’en prendre une. Super. Pas besoin de chercher un coin de sable. On arrive donc serein, l’esprit léger….mais quand on passe la pointe on se rend compte qu’un paquebot mouille en partie sur la zone des voiliers, et surtout trop proche d’une des bouées de Marta. Elle doit donc prendre l’autre et Oxygen est le bec dans l’eau. Je me mets à l’eau pour chercher un patch de sable, on ancre, on bouine et le paquebot nous appelle sur la VHF pour nous demande de bouger car trop proche ! Syl leur explique que c’est eux qui sont mal positionnés puisqu’ils touchent presque les corps morts du mouillage….mais rien n’y fait bien sûr et nous devons encore rechercher un autre mouillage….dépités, on pose la pioche à l’estime en espérant ne pas coincer l’ancre dans des roches….après coup je plonge mais la visibilité est très mauvaise, j’ai vu la chaine dans du sable mais n’ai pas réussi à localiser l’ancre….mais j’étais relativement confiante…ou ça m’arrangeait…. j’étais nase, j’avais froid….mais j’en profite tout de même pour nettoyer la ligne de flottaison. C’est à ce moment que tu regrettes d’avoir un catamaran, 2 fois plus de longueur à nettoyer !

On fait copain avec Impuls, le voilier norvégien. Kolbjorn aux nombreux tatouages et Marianne, digne représentante des femmes du grand nord, à savoir châtain clair, yeux très très bleus et silhouette filiforme….on est pas tous égaux. Mais l’essentiel est qu’ils soient très sympa. Ils envisagent d’aller à Hawaï en passant auparavant par Pitcairn. A la vue des prévisions météo on décide de partir dès le mardi matin ensemble.

 

Il nous reste donc plus que ce lundi pour compléter notre visite de l’île. Nous relouons notre voiture Suzuki 4 places pour 75$ pour la journée chez Cinco Oceanos, face au quai des pêcheurs ( Marco +569 9140 7027 ou +569 9318 6767).

On passe tout d’abord au bureau de l’armée. Enfin nous pouvons payer notre dette envers l’état chilien : 11$ . Tout ça pour ça !! Ensuite on demande à faire la sortie puisqu’on compte partir le lendemain. Et stupeur le militaire nous dit: « pas possible car le port est fermé en raison des déferlantes trop fortes donc vous n’auriez pas dû venir à terre, donc je suis sensé vous donner une multa (amende…), et donc je ne peux pas vous faire votre sortie puisque vous n’êtes pas censé être devant moi» alors là, la démo nous laisse sans voix !! Digne d’un sketch de Raymond Devos…on parlemente, sans lui dire qu’on est venu à terre avec un pêcheur (mon préféré Eo) pour que les militaires ne lui cherchent pas de noises. Un boss passe, comprenant que son subalterne fait du zèle il donne les ordres adéquat et nous demande de repasser à 16h car il doit faire venir le gars de l’immigration pour tamponner la sortie sur les passeports, ouf ! On ne demande pas notre reste….

23 bis
Eo, notre pêcheur préféré, à bord pour un p’ti café à son retour de pêche…..

Tof 23 bis Eo

On fait un peu d’avitaillement au petit supermarché proche de l’aéroport (2 vols quotidiens vers Santiago du Chili et 1 vol hebdomadaire vers Tahiti). Pour info le supermarché fait boucherie, c’est très correct. Par contre il ne vend pas d’alcool du tout, pour cela faut aller chez PatoTaxi dans la rue principale qui est bien pourvu…. Sylvain décide de provisionner en vue des tarifs prohibitifs de Polynésie Française…

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Le cratére Rano Kau , superbe de « rondeur » !!

On se dirige plein sud pour voir le cratère inondé du volcan Rano Kau, pas géant avec ses 1,6 km de diamètre mais magnifiquement rond….avec un lac et des roseaux au fond.

On peut admirer d’ici les 3 motus (îlot en français)  Iti, kao Kao et enfin Nui.

C’est sur dernier qu’un homme vaillant de chaque clan était envoyé à la nage, aidé d’un flotteur en roseau, pour trouver le premier œuf d’oiseaux marins de l’année. Il devait ensuite le ramener sur l’île, intact bien sûr, au chef de son clan qui ainsi était nommé Tangata Manu, homme-oiseau.

Il devenait le boss de tous les clans pour 1 an.

Grand privilège pour lui et sans doute son clan. Il devenait sacré et tabou et devait vivre en marge, reclus au Rano Raraku, au milieu de la carrière des Moai.

La société pascuane traditionnelle en pleine décomposition après le renversement des statues, avait tenté de se restructurer autour de ces nouvelles pratiques symbolisant la renaissance de la vie. La dernière cérémonie aurait eu lieu en 1867, mais le culte a peut-être perduré une vingtaine d’années sans témoin…..

Il y a aussi le village restauré dʼOrongo où on peut voir une cinquantaine de maisons en pierres plates, des pétroglyphes….Nous y rencontrerons Cécilia qui a bien connu le sujet des évadés durant la dure période sous le joug de l’armée chilienne. Son père, son oncle et un cousin germain ont pris la mer en 1956 avec 5 autres pascuans. Tous ont disparus. Dans le livre de MF Peteuil, c’est l’expédition VII expliquée p.135 à 143. Cécilia nous dit que depuis beaucoup de recherches ont été entreprises sans résultat…

Ensuite on rend visite à Tuhiira pour un au revoir. Vous pouvez la contacter sur l’adresse rangiakiva@gmail.com pour effectuer un tour de l’île, c’est une personne charmante, aux idées larges. Elle parle parfaitement français car elle a vécu en France sa jeunesse mais a préféré ensuite résidé dans son île d’origine. Son mari Marc, néozélandais, à une agence qui réalise des séances d’observations astronomiques et est photographe. Ils voyagent beaucoup.

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Les Maoi de la campagne:  site Ahu Atiu

Puis direction lʼAhu Atiu ou Akivi. Ce fut le premier Ahu restauré en 1960 par l’archéologue américain W. Mulloy. Cet Ahu est atypique car ses 7 Moai regardent l’océan depuis l’intérieur des terres. Alors que les autres Ahu sont situés sur les côtes avec les Moai tournant le dos à l’océan.

L’hypothèse la plus répandue est que ce serait un site d’observation astronomique. Les Moai sont alignés dos au soleil levant, orientés suivant la ligne solaire de l’équinoxe…

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La plage bondée de Anakena…..

Puis nous filons tout au nord, pour Anakena. 1 des 2 plages de l’île. Sable blanc, palmiers, eaux turquoise et touristes sur serviettes….ce sont les affreux débarqués du méchant paquebot. Mais nous on n’est pas là pour eux….non on est venu pour voir les 7 Moai bien sûr ! Sur cet Ahu Nau Nau, 4 des statues ont un Pukao. Il a été partiellement restauré entre 1978 et 1980.

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Et juste au-dessus les Maio…mais ils ne voient pas les touristes car ils tournent le dos à la plage…

Dos à la plage, les Moai regardent le terrain vallonné tout en gazon parsemé de palmiers. Il y a comme un décalage horaire à voir ainsi ces géants de pierre côtoyant les vacanciers avides de soleil ! Surtout que ce site est hautement symbolique : c’est sur cette plage qu’aurait débarqué le roi Hotu Matuʼa et sa suite entre l’an 400 et 600 après JC en provenance de Marae Renga (Mangareva aux Gambier ??). Les premiers polynésiens à investir cette île, très à l’est pour eux. La légende dit que 7 explorateurs auraient été envoyés en éclaireur…..

On en a plein les yeux….

On rentre à Hanga Roa, pour le RdV immigration / passeport. Ça y est, on est enfin ok côté papiers.

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La maison du Tatoueur…..

A force de se sentir pénétrer de culture polynésienne, Syl décide qu’il doit immortaliser cela et repartir avec une marque indélébile façon Polynésie soit : un tattoo !

Depuis 2 jours il en cause de temps en temps. Tuhiira nous avait donné le contact du seul tatoueur pascuan, les autres étant tahitiens, sans doute très bien mais notre préférence va vers le local Mokomae Araki (au croisement juste à côté du parlement pascuan. +569 7984 8986). Il nous fait très bon effet et son cabinet est nickel propre, catalogue de tatouages, dessins, photos….l’embarras du choix.

Alors on le fait où ? Et quel motif ?

Finalement Syl opte pour l’épaule droite pour une représentation de L’homme-oiseau. C’était douloureux, qu’il a dit, mais le résultat est superbe. Les filles vont pouvoir embrasser le pʼti oiseau du Capʼtain…..

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Et voilà un dernier repas à terre au resto Kaleta sur le port avec les copains norvégiens et les hollandais et retour à bord dʼOxygen avec Eo….

Le lendemain on part pour Pitcairn……mais Captʼain vous a concocté le récit de cette navigation…..A suivre ci-dessous…..

J’ai adoré vous mettre les noms des gens rencontrés et des lieux précisément car je trouve que cette langue polynésienne est vraiment dépaysante, rien que d’imaginer une personne derrière les prénoms Tuhiira ou Eo transporte dans un autre univers, et je crois que vous en avez besoin…..ça vous change des infos avec les gilets jaunes (ceci dit, même le pompiste de la station-service d’ici m’en a causé) , le Brexit ( on a pas vu de bateau anglais ici, étonnamment d’ailleurs, mais tous les équipages ont leur idées sur le sujet)….

Sachez qu’en polynésien il n’y a pas d’accent, pas de pluriel, le U se prononce OU et que l’alphabet est constitué de 10 consonnes et 5 voyelles, c’est pour ça que ces dernières reviennent si souvent !

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Oxygen en navigation

Après tant de bonheur d’avoir pu mouiller, nous rendre ensemble à terre, visiter, rencontrer, pénétrer cette île de Pâques riche de symboles et de mystères, nous poursuivons notre chemin vers un autre joyau pour les nomades à la voile, Pitcairn.

Mardi 19 février day 0

Nous quittons le mouillage rouleur de Hanga Roa sur lʼîle de Rapa Nui vers 10h. L’ancre mouillée par 20m dans des fonds incertains remonte sans accrocher les coraux, ouf.

Le temps est maussade et nous touchons 15 nds de vent portant.

Avec le code 0, précédemment hissé est déroulé, nous avançons à 8 nds vers notre prochaine escale, longtemps espérée, nommée Pitcairn. L’île de Pitcairn est distante de 1150 miles de l’île de Pâques et il nous faudra entre 8 et 10 jours de haute mer pour l’atteindre. Je dis haute mer car c’est probablement l’étape la plus éloignée de tout secours possible en mer.

Très peu de trafic par ici et l’infini de l’océan pacifique avec les quarantièmes rugissants sur notre bâbord… Les conditions météo relevées pour ce départ sont mitigées.

Les trois premiers jours devraient apporter des vents musclés portants avec beaucoup de pluie et de grains. Puis, pour les trois jours suivants, zone de calme relatif avec vents tournants variables.

Enfin, si tant est que nous puissions nous fier à une prédiction > 6 jours, nous devrions avoir de nouveau des vents musclés mais portants pour les derniers jours.

Dans l’après-midi, nous roulons le code 0 et conservons le solent, marchons à 6 nds.

La suite se corsera un peu.

Mercredi 20 février Day 1

Nuit éprouvante. Vents portants établis 26/35 nds avec mer se formant jusqu’à devenir grosse. Creux 4/5m.

La mer déferle sur les jupes et de hautes montagnes d’eau viennent caresser le cockpit…

Allure vent arrière ou grand largue, nous optons pour solent seul et nous laissons glisser et surfer sur les crêtes. Le pilote gère sans broncher.

Pluie incessante toute la nuit. Sommes humides au matin quand le soleil voilé fait enfin son retour avec vent mollissant. On met les serviettes et vêtements à sécher, diantre ça fait du bien.

Nous naviguons en escadre avec le monocoque Impuls, de Kolbjorn & Marianne, un couple de sympathiques norvégiens rencontrés à Rapa Nui. Nous échangeons par vhf ou sms Iridium. C’est cool de savoir qu’on est pas totalement seuls en cas de problème et on peut aussi échanger des best practice sur routes et météo… Ils font aussi route vers Pitcairn et Gambier. Ils nous devancent de quelques miles. Nous effectuons un nouveau changement d’heure de -2h / Paris ce qui fait -8h de décalage. Le soleil se lève à 6h et se couche à 19h. Le vent de SE de 6 à 8 noeuds apparent est un peu mou pour contrer les incessants caprices dʼOxygen malmené par la mer et la houle.

Nous parvenons à garder le code 0 pour la nuit.

Jeudi 21 février Day 2

La pleine lune se couche peu avant l’aube, elle nous aura tenu compagnie toute la nuit.

Spectacle merveilleux que ce point lumineux qui diffuse sa puissante flamme blanc chaud.

La pleine lune est toujours réconfortante et parfois comme cette nuit, le spectacle est magique, voire féérique… Une nuit merveilleuse consécutive à la dernière très agitée et humide, contraste sur 24h très prononcé.

Ce jeudi matin, nous sommes à 860nm de Pitcairn. Le code 0 est toujours à poste et semble apprécier et tolérer la grande houle de SE avec seulement 8 nds de vent apparent.

Je prends la météo, comme tous les matins.

Afin de lire avec le plus d’acuité possible les prévisions, je télécharge 3 météo distinctes.

Une première très fine sur trois jours pour avoir les détails précis de ce que nous vivons.

Une seconde couvrant notre parcours jusqu’à destination.

Et enfin une très large en basse définition pour avoir une vision des phénomènes en cours dans le Pacifique Sud.

Ce matin, je constate une nette amélioration avec des vents modérés tantôt portants tantôt travers jusqu’à Pitcairn.

Aucun coup de chien ne nous attend, de quoi donner du baume au cœur pour la journée.

Nous progressons d’environ 130 miles par jour depuis le départ de Rapa Nui.

Les voiles d’avant, tantôt le solent par bonne brise, tantôt le code 0 par petit temps, nous propulsent entre 5 et 7 nds selon l’état de la mer. Les pro en cata tireraient des bords de grand largue avec tout dessus à 10 nds et arriveraient sûrement avant Oxygen. Cependant, à bord, nous aimons notre confort et ménageons la monture qui doit nous mener sans défaillance jusqu’au bout du chemin.

Vers 23h30, panne de vent, ciel menaçant, nous sommes au centre du phénomène de hautes pressions.

Le moteur est démarré faute de vent.

Vendredi 22 février Day 3

Les impressions de la nuit se confirment. La zone de haute pression située à notre sud se recentre sur nous et nous sommes à court de vent.

L’un des deux moteurs ronronne et nous propulse à 5/6 noeuds.

A noter qu’outre bien des avantages vis à vis d’un monocoque, le catamaran est équipé de deux moteurs totalement distincts, un par coque. Ainsi, nous faisons route avec un moteur à la fois et alternons. Nous marchons à +/- 7 nds sur 2 moteurs et +/- 6 nds sur 1 moteur…Vous comprendrez que la question se pose. Sur 1 moteur, la consommation s’en trouve amoindrie et l’autonomie presque doublée.

Nous limitons aussi la chauffe et pouvons faire les contrôles de lubrifiant et état des cales moteur entre deux cycles de 6h.

De surcroît, piètre mécanicien, la hantise de la panne moteur ne m’a jamais quitté depuis que j’ai le plaisir de naviguer. Savoir que si un moteur est en panne, je dispose du numéro 2 pour m’aider à rentrer dans une marina ou encore relever mon mouillage est très confort, je suis fan.

Si le jour apporte sa part de soleil, le vent ne se montre pas. Moteur.

Nous en profitons pour remplacer les charnières de capots de plat pont qui, après 18 ans de service, ne garantissent plus l’étanchéité ni le maintien de capots ouverts.

Nous sommes au beau milieu du Pacifique, l’océan est majestueux. Personne à l’horizon. Pas de dauphins, ni baleines, ni oiseaux, ni poissons volants, ni poissons mordant sur nos lignes…

On est seul et on se sent tout petit.

Alors autant bouiner (comprendre bricoler) !

Cet après-midi, c’est le tri des photos de Rapa Nui et quand je dis tri signé Isa, c’est tri ! Car Isa prend des centaines de photos. S’ensuivent le formatage des photos via le logiciel LightRoom et la sélection rigoureuse des pépites pour la prochaine édition sur www.oxygen45.com

Lecture et farniente, la vie de marin a du bon.

A midi, nous avons eu des nouvelles de notre copain voilier Impuls, situé légèrement en arrière de nous, 30 miles dans notre nord. Ils ont explosé leur spi et je pourrai bien leur refiler l’un des miens que je n’utilise jamais compte tenu que l’utilisation des genakers et bien plus commode du fait de l’emmagasineur.

En soirée, nous ferons de multiples essais d’envoi du code 0 mais pas assez de vent pour juguler la houle SE.

Moteur.

Samedi 23 février Day 4

Ce samedi matin marque la mi-parcours de notre traversée. Il nous reste 575 miles à courir pour Pitcairn.

Nous sommes trop gâtés par la météo qui confirme un vent portant fraîchissant jusqu’à destination.

L’été austral bat son plein et les dépressions passent plus sud. C’est rassurant car j’ai lu plusieurs blogs de plaisanciers qui se sont faits chahutés sévère sur cette route. Il faut dire qu’ils n’avaient pas choisi la même période et que les coups de chien montaient plus nord avec des impacts redoutés.

Ou bien nous sommes chanceux…

Une légère brise Sud souffle et nous avons envoyé la GV avec 2 ris et conservons le code 0. Oxygen marche à 7 nds et est bien réglé. La mer est calme et seule la longue et sempiternelle houle de SE vient ballotter le bateau mais la vitesse compense cela.

Au point de 12h, nous avons parcouru 140 miles en 24h.

Bouine : Isa refait une surliure sur notre longue aussière de 50m malmenée lors du mouillage de l’île de Pâques.

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Mouss’Isa expose fièrement son épissure….

Nos voisins amis norvégiens sont 40nm derrière nous.

En soirée, le vent de secteur Sud mollit et devient variable. Nous envoyons le code 0 puis le solent. Enfin, du fait d’une houle désordonnée, nous amenons la GV et tentons le moteur.

La fin de nuit se fera sous solent seul à 4nds car de nombreux grains nous privent d’envoyer en sécurité le code 0.

Dimanche 24 février Day 5

Grisaille et bruine ce dimanche matin avec des passages incessants de grains peu humides.

La météo confirme les données d’hier.

En matinée, le vent fraîchit et passe Est.

Tout d’abord sous code 0 avec des pointes à 10nds, nous passons sous solent pour marcher vent arrière à 6/7 nds.

La mer, rendue désordonnée par ces nombreux grains et changements de direction du vent, est chaotique et peu agréable.

« C’est Dimanche » sur les ondes Oxygen et nous profitons des œufs sur le plat au bacon !

Nous avons été contactés par un journaliste du magazine Multicoques, Gilles Ruffet. Ce dernier nous demande s’il peut reprendre nos publications sur les Galápagos avec force photos. Nous lui faisons parvenir notre accord. Ce magazine récent a pour cible de futurs propriétaires de catamarans ou trimarans. Il donne beaucoup d’indications sur l’évolution de ce type de bateaux et aussi des envies de voyages…

Le soleil nous fait faux bond aujourd’hui et le crépuscule approche avec la grisaille.

Le vent passé Est conformément aux grib météo nous propulse sous solent à près de 7nds.

Nous retardons les horloges d’une heure pour passer à 9h de décalage avec Paris.

La pêche est décevante, pas une touche alors que nous trainons deux beaux leurres bien appétissants depuis Rapa Nui…

Vivement demain qu’on se réchauffe s’il fait beau !

Lundi 25 février Day 6

La nuit fut calme avec vents Est constants 20 nds.

Ce matin grains avec rafales à 30 nds.

Vive le portant, ça glisse tout seul avec un mouchoir de poche dans le solent et surfs a 7/8 nds.

Seul le pilote apprécie modérément…

Le soleil ce matin fait une timide apparition à travers une couverture nuageuse assez dense.

La récente météo confirme les précédentes et il semble que le vent choisisse de faire une pause lorsque nous toucherons Pitcairn… c’est une bonne nouvelle !

Avec ces conditions, nous prévoyons un atterrage dans trois jours.

Distance parcourue en 24h : 145 miles

Le temps restera couvert toute la journée et les panneaux solaires auront  bien du mal à justifier leur présence à bord…

Première partie de nuit sous code 0.

Le voilier Impuls navigue de concert avec nous à moins de 3 miles, nous échangeons par VHF.

Mardi 26 février Day 7

Le soleil est revenu après une seconde partie de nuit étoilée avec vent 20 nds, mer peu agitée, houle modérée.

Les batteries vont aimer après 48h de chômage technique pour les panneaux solaires…

A 6h, il reste 190 miles pour Pitcairn.

La météo confirme un vent portant jusqu’à l’arrivée. Nous sommes gâtés.

Je mets les lignes à l’eau, un peu entêté…

Impuls a disparu et doit être devant à 7nm, nous en saurons plus au point de midi.

La journée s’écoule avec une bonne brise portante.

A midi, nous avons parcouru 132 miles en 24h.

Impuls est sur notre nord à 15 miles.

En soirée, je rentre les lignes, dépité.

Mercredi 27 février Day 8

A 6h, il reste 61 miles pour Pitcairn.

Je mets les lignes à l’eau….

Le vent, conformément aux grib, mollit progressivement et nous devons rouler le code 0 et le ranger en soute.

La brise Yanmar propulse Oxygen à 7nds, arrivée prévue vers 15h.

En milieu de nuit, un paquebot nous a doublé à 16 nds, sur la route de Pitcairn…

Nous avions été informés de cette visite par les autorités de Pitcairn par mail.

Il est rare de trouver une telle amabilité de la part des autorités en abordant une île.

J’ai pris soin hier d’envoyer un mail afin de prévenir de notre venue et faire état de nos vives motivations à découvrir enfin Pitcairn et ses habitants.

Sous 24h, j’ai obtenu deux réponses nous souhaitant par avance la bienvenue !

Le premier retour du maire Shawn Christian (descendant de Fletcher Christian). Ce dernier m’a répondu qu’ils nous attendaient.

Enfin message de Brenda Christian (descendance idem), Pitcairn Islands Police & Immigration Officer, pour nous prévenir du passage d’un cruise ship ce mercredi et nous informer que nous sommes attendus et bienvenus.

Surprise à 9h, les deux moulinets sifflent ! Nos leurres ont finalement suscité l’attention…

Je freine maladroitement l’une des cannes (trop serré) et je casse, par ma faute.

Heureusement l’autre ligne nous récompensera d’un beau thon albacore de 7kgs.

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Et Syl expose fièrement sa pêche….un beau thon Albacore !

Vers 11h et à 30 miles de l’arrivée, le caillou se dessine sur l’horizon bleu.

Le thon en tartare et en steack est délicieux.

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Au fond, face à la pointe bâbord, il y a l’île des mutins : Pitcairn !!

15h45 Nous posons l’ancre dans la Bounty Bay, par 12m de fond de sable de bonne tenue, à l’endroit même ou Fletcher Christian mouilla la Bounty en 1790.

Nos amis Impuls ont mouillés quelques instants avant nous.

Nous échangeons avec les autorités et les informons que nous attendons demain matin pour débarquer.

Le paysage est juste superbe et étonnant de pureté, de nature verdoyante.

MoussʼIsa va vérifier que l’ancre est bien enfouie dans une eau à 28 degrés, d’un bleu azur et un fond de sable. Nous alignons 50m de chaine.

Un pot à bord est célébré dignement avec nos amis norvégiens.

Demain l’aventure Pitcairn commence !

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Données & Performances

Depart : Ile de Pâques, Chili

Arrivée : Pitcairn, UK

Distance totale 1150 miles

Distance parcourue en 24h

+ rapide miles 145 miles

+ lent : miles 128 miles

Durée totale : 8 jours

Heures moteur : 46h

Heures voile : 151h

Vitesse moyenne : 5.82 nds / h

Bientôt nous vous relaterons notre visite de Pitcairn…

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Pitcairn, de prés
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Pitcairn depuis le mouillage de Bounty Bay

 

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